Puerto Tranquilo

Pendant le trajet avec le couple chilien en lune de miel, on parle de sujets récurrents comme des comparaisons entre Chili et France au niveau de la culture, de l’enseignement, du système de santé et de retraite… A chaque fois que je discute avec des chiliens, j’en apprends un peu plus. La par exemple, Katarina me dit que les femmes doivent cotiser plus pour l’assurance de santé, et que si elles ont des enfants, une fille leur coutera plus cher aussi a assurer !
Elle me demande pourquoi j’ai les cheveux courts, cette question me fait toujours autant rire.
La route pourrait etre tres belle mais le temps n’est pas vraiment de la partie. Ils s’arrêtent quand meme quelques fois, le reste du temps Katarina filme la fenêtre ouverte pendant que Pablo conduit.
Quand on aborde le sujet des endroits ou on est allés au Chili, la discussion devient un peu désagréable pour moi. Ils me disent quasi systématiquement : « quoi ! Tu es allee la mais tu n’as pas vu ça ?! », en se marrant d’un air « pfff, qu’est ce qu’elle fiche celle la ! ».
Je me rends compte alors de plusieurs choses :
1- je viens de rencontrer un nouveau type de voyageurs : le couple hybride humain-4 roues qui a oublie qu’il pouvait marcher.
2- que chacun a sa manière de voyager et qu’aucune n’est meilleure qu’une autre. Certes je ne suis pas allee a la Colonia Suiza a Bariloche ni au Glacier Colgante a Puyuhuapi, par contre j’ai observé la plus belle vue du monde a Bariloche et j’ai pu gravir les flancs d’un volcan encore dévaste de sa dernière éruption. Il y a des choses qu’ils ne peuvent pas faire car ils détestent la marche a pied, et il y en a d’autres que je continuerai a louper parce que je n’ai pas de voiture et qu’on passe forcement a cote de certaines choses, on ne peut pas tout voir non plus.
3- que je me plais beaucoup a vivre lentement. Je ne suis pas pressée et j’oublie régulièrement quel jour on est. Je m’en fiche de passer 5 jours dans une ville sans rien faire de particulier, vivre au rythme de cette ville c’est aussi une expérience. C’est aussi un inconvénient, car de tous les voyageurs que j’ai rencontres pour le moment, je suis la seule je crois a prendre autant mon temps, ce qui fait que des que je rencontre quelqu’un d’intéressant, pfiuit, il/elle est deja parti(e) dans la ville suivante.

Chemin faisant, nous faisons un détour de deux heures pour faire une halte a Puerto Sanchez. La, nous prenons un petit bateau a moteur pour aller explorer les « cuevas de marmol ». J’adore ce mot, marmol. Ce sont des grottes en marbre, sculptées par l’eau du lac Géneral Carrera, le deuxieme plus grand d’Amerique du Sud apres le lac Titicaca. Et c’est impressionnant ! En plus on a énormément de chance puisque le ciel s’est dégage juste pendant cette heure la.
Le marbre est rayé de différentes couleurs, le lac est d’un bleu perçant, la lumière de l’eau se reflète sur la roche aux formes les plus variées. En s’approchant au maximum, j’effleure le marbre : il est froid et n’est pas lisse contrairement a ce que je pensais, mais comme alvéolé.

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On entre dans 3 grottes accessibles. C’est vraiment dingue que l’érosion ait sculpte la roche de cette manière.
Le guide nous dit que c’est encore mieux de venir ici l’hiver en kayak car le niveau du lac est plus bas et donc il est possible d’aller un peu plus loin a l’intérieur.

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Retour a l’avant cheveux dans le vent, puis on de refait 2h de route pour arriver a Puerto Tranquilo.

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Pablo et Katarina, et le guide en chapeau de paille, short et crocs

Apres 1h de recherche d’hospedaje/camping, on se sépare. Ils me demandent si je veux continuer la route avec eux demain. Je suis surprise ; ils ne restent pas ici ? Non, car l’excursion a la Laguna San Rafael est trop chère (c’est bien vrai, 200€ pour une journee !), et la marche sur le glacier, et bien, c’est de la marche.

Tout le monde dit que Puerto Tranquilo c’est tres tranquille comme mini-ville, mais je ne suis pas d’accord. Enfin, disons que cet endroit est rempli de voyageurs et touristes qui viennent pour les différentes attractions, et que la vue sur le lac est paisible.
Le soir j’apprends que Melanie, l’allemande avec qui j’avais fait du wwoofing au tout début vient d’arriver au Chili un peu au sud d’où je suis, mais que le lendemain elle part pour Coyhaique ou j’étais il y a quelques jours. Et voilà, on va donc se louper parce qu’elle n’a pas le temps, elle doit etre début fevrier bien plus au nord au Chili pour une nouvelle session wwoofing. Je suis franchement déçue de la louper.

Le dimanche étant donne qu’il ne fait pas beau, j’avais deja decidé de ne rien faire. Juste faire le tour des agences touristiques. En repassant sur la route principale, une forme rose s’agite dans ma direction. Tiens tiens, Inès ! (Rappel : Inès l’autrichienne de Puerto Gaviota et que j’ai revue a Coyhaique avec Julian le suisse). Julian est la aussi, ils sont en train de faire du stop pour aller a Cochrane au sud. On discute un peu et je les laisse se concentrer sur l’arrêt des voitures, tout comme la dizaine d’autres backpackers qui attendent sur le bord de la route.

Je m’inscris pour la marche sur le glacier Exploradores, a 80kms de la, soit 1h30 de route. Ce jour la je suis d’une humeur exécrable, qui ne s’améliore pas quand je me rends compte que nous sommes un groupe de 30 personnes ! Le guide qui est tout devant speede comme pas possible, ça m’agace. Rappelons que j’aime bien prendre mon temps, et je n’aime pas m’essouffler a marcher vite. Ce qui fait qu’il va super vite, mais qu’on s’arrête toutes les dix minutes montre en main pour récupérer l’ensemble des 30 personnes. En plus de ça le chemin n’est pas du tout agréable car on marche sur un ensemble instables de pierres, il faut faire attention a chaque pas et avoir un bon équilibre (Léa tu aurais adoré haha). Ensuite on se retrouve sur la moraine, c’est a dire une couche de cailloux, instable elle aussi, sur la glace.

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En arrivant sur le glacier uniquement de glace cette fois, on chausse les crampons et partons voir certaines « sculptures » de glace.

P1040047C’est donc partie pour les séances photos interminables. J’attribue la palme au mec avec sa GoPro qui fera une infinie de selfies, tout en gardant ses écouteurs dans les oreilles. Puis ma mauvaise humeur commence a s’attenuer un peu, parce que c’est quand meme pas moche ici. On dirait une mer de glace, car tout est en relief, comme des vagues. Et j’aime bien marcher avec les crampons.
En tout j’ai parle a une seule personne, une française qui a du me repérer car j’avais mon pull Quechua. Et  Quechua, c’est un peu comme un panneau géant qui dit « je suis francais(e) ! »
Au bout de 10kms sur la route caillouteuse, on heurte un caillou. Et voilà, un pneu a plat. Mais ça a l’air d’arriver souvent ici, en dix minutes top chrono le pneu est change et nous pouvons repartir sans encombres.

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Le lendemain matin je me poste a mon tour sur le bord de la route et lève le pouce. Il n’y a vraiment pas grand monde qui passe. Et puis coup de bol, une voiture s’arrête, qui contient pourtant deja 4 personnes. Mais on se reconnait mutuellement : c’est une des familles qui a fait l’excursion aussi hier. Ils me laissent 1h plus loin a l’intersection et je commence a marcher les dix derniers kilomètres.

Je me dis qu’il y a plus désagréable comme endroit pour faire du stop :

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Mais on me prend une nouvelle fois en stop, et j’arrive donc rapidement a Puerto Guadal, ou les voyageurs n’affluent pas vraiment.

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Cerro Castillo : Le Mont Chateau qui en jette

Dans le bus vers le petit village de Cero Castillo, je discute avec un allemand, et me rend compte que ça y est, je commence a avoir du mal a me souvenir du nom de toutes les villes et de tous les villages dans lesquels j’ai fait une halte. Enfin, disons que je mélange un peu et que je reflechi pour suivre le fil de mon voyage. Tout comme maintenant quand je me reveille la nuit je n’arrive plus a savoir ou je suis. La Garenne ? Mendoza ? Strasbourg ? Une ile ?  Châtelet ? Flou total.

A un moment je tourne la tête et découvre qu’un condor est en train de planer a hauteur du bus, aussi vite que nous mais sans aucun effort, dingue !

Mon mini-guide gratuit dont j’arrache les pages au fur et a mesure annonce que cet endroit est aussi somptueux que le mythique parc Torres del Paine (un peu plus au sud, j’irai comparer bientôt), mais vide de voyageurs.
Et en effet, je suis la seule a descendre a Villa Cerro Castillo, bien que le mini-bus soit complet !

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Pourtant quand j’ai vu le panorama en haut au détour d’une route, j’ai bien vu que c’était définitivement un endroit ou s’arrêter, ça va me plaire je le sais. Ça me fait un peu penser aux photos que j’ai vues des canyons américains, ces grandes montagnes un peu carrées et sombres, avec des petits buissons éparpillés qui font comme des taches de rousseur.
Je tourne en rond deux heures pour trouver une chambre d’hôte puis me dépêche de retourner pres de la route ou un camping organise une cabalgata, une balade a cheval. La femme etait sympa, Marie, une américaine, et son accent est terriblement marrant. Elle vit la avec son mari chilien et leur petit garçon trop mignon.

Je me retrouve hissée sur un cheval du nom d’Indio, tout comme un couple de New-Yorkais. Enfin, pas tous sur le meme cheval hein. Marie m’a dit qu’Indio etait fainéante. Je lui ai répondu, « tres bien, comme moi ». Elle a enchaine en disant qu’elle passait aussi son temps a manger. Je lui ai redit « tres bien, comme moi ». J’ai su qu’on allait bien s’entendre.
Notre petit groupe s’est mis en route, accompagne de deux jeunes guides locaux sympas et discrets, du nom de Mario et Poncho. Si avec ça on n’est pas sur d’être en Amérique du Sud, je ne sais pas ce qu’il faut de plus.

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Deux heures de montée a cheval, fastoche pour moi. A un moment je me dis meme que je pourrais piquer un petit roupillon, bercée par les balancements du cheval. Mais non, il faut descendre et finir la dernière heure a pied. C’est tres caillouteux et assez fatiguant. Mais l’environnement me plait. Et puis le Cerro Castillo (Mont Château) se rapproche de plus en plus, ses pointes rocheuses perçant le ciel et les nuages.

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Alors que je me dis que ce que j’aime dans une rando c’est etre surprise au détour d’un virage par un paysage, je vais bientôt etre exaucée.
Le Castillo est maintenant de face, et alors que je garde mes yeux rives soit sur mes pieds soit sur le sommet du château de roche, un morceau de bleu attire soudain mon œil. Un lac paisible borde les pieds du château. Mais d’un bleu ! Un nouveau bleu que je n’avais encore jamais vu ailleurs, si lisse et envoutant ! Je me suis dit que Klein devrait en faire un tableau. Et le château portait bien son nom je trouvais, je m’imaginais tres bien des tourelles et des remparts, et une vie a l’interieur de cette forteresse imprenable.
Poncho m’a demande comment je trouvais ça, je n’ai pas su quoi répondre. Beau ? Infiniment beau ? Terriblement beau ?

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On est descendu jusqu’au lac, l’américain s’est meme baigne 30 secondes, le fou. Pour de vrai c’est vrai que l’eau n’était pas glacée bien qu’elle provienne directement du glacier juste la, mais un peu fraiche quand meme.

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Sur le retour de temps en temps Indio piquait un petit trop/galop, et je me suis dit que j’avais moins peur que les deux autres fois de la vie ou j’avais fait du cheval. La j’avais juste hâte qu’il recommence.

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J’aurais voulu faire une plus longue randonnée dans le parc dont cet aperçu avait aiguise mon appétit. Mais pas possible de trouver une personne qui propose cet trek de 3 ou 4 jours annonce dans les guides.
Alors que je me demande ce que je fais, si je reste ou pas, le couple arrive la veille au soir et a qui j’ai a peine parle ce matin me propose spontanément de m’emmener a Puerto Rio tranquilo ou ils vont aussi ! Peut etre que ma tête du matin avec mes épis leur a plu, ou alors ils étaient contents que je leur allume le chauffe-eau, je ne sais pas, mais j’ai accepte avec joie

Puerto Aysen et Coyhaique

A la descente du bateau, on lève le pouce sur le bord de la route pour aller a Puerto Aysen, ici il n’y a rien a faire ou a voir. On y est rapidement, se balade un peu, petit dej dans un café sans etre pressées parce qu’ici rien n’est ouvert avant 9h30 voire 10h. Au final on se sépare car je veux me reposer un peu et prendre mon temps, et qu’elle préfère refaire du stop et aller directement a Coyhaique, LA grande ville du coin, 50 000 habitants quand meme. On se donne rdv la bas, a l’ancienne parce que je ne peux pas envoyer de SMS et qu’elle n’a pas internet.
Je me retrouve dans une auberge foireuse comme tout. Je pars faire un tour, c’est mignon ces montagnes.

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Le lendemain matin je me lève a 6h parce que je veux faire une petite rando jusqu’à un parc national avant d’aller a Coyhaique. Ok bon, 7h. Ou 8h, je ne sais plus. En tout cas a 10h toujours aucun signe de vie du petit déjeuner inclus. A l’accueil, ouvert de 9h a 19h, personne n’est encore arrive. Ils sont pas cools, je ne vais pas passer la journee a les attendre moi ! Tant pis, je me tire, et tant pis si je n’ai pas payé.

En fait quand je commence a me diriger vers la route du parc national il commence a pleuvoir. Le ciel est archi blindé de nuages, alors je decide de rebrousser chemin et de prendre le prochain bus pour Coyhaique. La bas, il faut en profiter pour retirer plein d’argent et acheter du matériel si besoin car dans le sud beaucoup de petits villages sans rien.

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Piedra de l’Indio – Trouvez l’indien

Le soir, je pars retrouver Inès et marche comme a mon habitude le nez en l’air. Une voiture est arrêtée en plein milieu de la route et klaxonne une fois, deux fois, trois fois. Puis une fenêtre s’ouvre et un bras s’agite. Et la je me marre carrément. C’est toute la famille au complet de Puerto Gaviota qui est entassée dans la voiture ! Ils m’invitent une fois de plus chez eux avant de reprendre la route. Je suis de trop bonne humeur de les avoir croisé !

Mon rendez-vous est presque a l’heure, en compagnie d’un suisse qu’elle a rencontré au camping, Julian. Il a habité un an a Nantes alors il parle un peu francais,  baragouine en espagnol, parle allemand avec l’autrichienne. Mais pour la soiree, j’avoue que pour une fois j’insiste un peu pour qu’on parle anglais. Envie de pouvoir parler sans avoir a trop réfléchir. On se commande une parrillada de deux personnes pour nous trois car de tous les avis que j’ai eu, c’est toujours bien copieux. C’est un plat a partager rempli de différentes pièces de viande, et accompagne de pommes de terre. C’est vrai que pour deux ça aurait fait beaucoup, meme si mon estomac semble sans fin ces temps ci. On a accompagne ça de vin rouge bien sur. On a bien rigolé quand j’ai attaque un petit morceau de viande, que j’ai dit avec une grimace que je n’aimais pas, et que Julian a dit que c’était de l’estomac. Apres ça on s’est tous refile le morceau, qu’on a hésite a planque sous un tapis ou dans un pot de fleurs pour rendre le plat vide. Car ça n’a pas manque, la serveuse nous a demande étonnée en regardant le misérable bout de viande si on avait fini. On s’est dit que si ça se trouve pour elle c’était la meilleure partie.
Un petit pisco sour dans un autre bar pour digérer, puis les deux compères m’ont accompagnée a mon auberge, suivis d’une meute de chiens comme il y en a beaucoup ici.

Le lendemain matin je suis partie depuis mon auberge en plein centre ville jusqu’au Parc National Coyhaique, direction le Cerro Cinchao. Le muchacho de l’office du tourisme m’avait dit que c’était un peu loin d’aller au parc et que c’était mieux de prendre un taxi, mais niet, c’était le matin, j’avais envie de marcher. Deja une heure pour y arriver, puis j’entame la rando a proprement parler. C’est calme, il n’y a pas grand monde. A part des taons, sans surprise.

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Les paysages evoluent au fur et a mesure des heures. Je retrouve encore une fois ces lichens filandreux qui envahissent chaque arbre et donnent a l’ensemble de la forêt un aspect marrant.

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Vers la fin de la rando, c’est presque lunaire, entièrement minéral. Quelques oiseaux planent la aussi, ça donne une ambiance spéciale.

La vue a 360 degrés fait aussi qu’on ne sait pas trop ou regarder, il y a trop a voir. La ville en bas, et je me dis qu’avoir tout fait a pied ça faisait pas mal de chemin ! Les montagnes d’en face zebrees de couleurs, les petits lacs verts perdus au milieu d’arbres, la ligne tres nette ou le végétal reprend vie, le ciel immense, l’éternelle et infinie Cordillère.
Le vent souffle, et je m’asseois presque les pieds dans le vide pour manger mes sandwichs et la banane écrasée. Une descente en parapente d’ici ça serait tellement style !

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Apres 4 autres heure de marche, me revoilà de retour en ville.
Je reste encore ici le jour suivant parce que je dois revoir la famille de Gaviota. Mais juste 1h avant, Vicki me dit qu’en fait ils vont tous chez la grand-mère. Et j’ai un bus le lendemain matin. Je suis triste de ce rendez-vous loupé, et de ma bouteille de vin rouge que je voulais leur offrir.

Mais dans le ciel il y a une méduse enflammée, ca me remonte un peu le moral.

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Puerto Gaviota épisode 2

Le vendredi nous avons eu de la chance d’avoir du beau temps pour la pêche. Ici il pleut 300jours par an, 5 mètres en tout. Et ça ne m’étonne pas. Nous sommes donc samedi matin, et il pleut. Le bateau ne passe que tous les 3 jours, il faut rester ici encore tout le week-end. Mais comme ils disent ici. « El que se apura pierde el tiempo », qu’on peut traduire par « celui qui est pressé perd du temps ». Dans l’apres-midi, le ciel s’est un peu éclairci et on nous propose de la pêche a la ligne dans le port histoire de se détendre un peu. A peine le temps d’enfiler ma sardine et de jeter la ligne a l’eau, que quelqu’un dit qu’il y a une activité prévue la tousuite et que ça serait cool qu’on y aille. On nous débarque donc, Inès et moi, et on retrouve Blanca qui nous emmene a l’école primaire. Il faut savoir qu’ici sont scolarises en tout et pour tout…deux enfants ! On se retrouve assises dans la salle de classe, sur des petits pupitres en bois. Mis a part nous, il y a Borgo, 3 pêcheurs, une mère, et une ado de 15 ans. Les animatrices sont une presque-obèse, et une carrément-obèse. Je suis curieuse de savoir ce que ça va etre, mais deja c’est sur que ce n’est pas du sport, zut.
Ok, les nanas lancent un powerpoint, ça commence mal. Intitule de l’activité « l’insecurite alimentaire ». Ok, ça va etre drôle peut etre.

Pour de vrai, les gens ont parle pendant 2h30 des problèmes qu’il y a sur l’île : connectivité, émigration, alcoolisme, ravitaillement alimentaire.
Pour etre honnête, je ne comprenais que le thème général, et meme si c’était intéressant d’être au cœur de la vie du village, j’ai trouve ça plutôt inutile et beaucoup trop long. Tout ce temps de parole pour ne proposer aucune solution a aucun problème, je trouve ça dommage. Pendant la dernière demi-heure, les femmes ont décortique les résultats d’un questionnaire qu’elles avaient fait passer dans la journee sur l’alimentation et auquel avaient répondu 12 personnes.
Pour nous remettre de nos émotions de cette « activité sur l’insecurite alimentaire » nous avons mange…tadadam…des completos ! Voilà le topo : completo = hot dog chilien = pain, ketchup, saucisse, tomate, avocat, mayo, et encore une autre sauce.
Avec ça on est sur que le taux d’obésité va diminuer.

Apres cette petite completo party, nous rejoignons notre antre, mais pas pour longtemps. Une famille nous a invité a prendre le café. Peu importe qu’il soit 21h et que je ne boive pas de café, c’est leur façon d’inviter les gens chez eux.

On se retrouve dans la maison de Miguel, un des pêcheurs avec qui etait allee pêcher Inès. Le village étant minuscule, pas besoin de faire les présentations. J’ai deja croise sa femme Jessica 5x, je suis allee pêcher avec Alexis le fils ainé, salué Virginie alias Vicki 10x aujourd’hui, et le petit dernier de 7 ou 8 ans est en permanence dehors. Il y a aussi Erwin avec qui on etait montees sur le bateau tout a l’heure.
Mais en fait des présentations ne sont jamais de trop, parce que quand Erwin demande comment je m’appelle, le père répond aussitôt : « Frassia ! ». Éclats de rire. En fait la moitié de l’île croit que je m’appelle comme ça, téléphone arabe de quand j’ai dit une fois  » Eloise, de Francia ».

On nous sert un the, puis de la cola de mono, un alcool aromatise au café (ah si tiens j’ai bu du café finalement), des crêpes aux épinards absolument délicieuses, du pain avec fromage et jambon…on est gâtées oui, ce n’est pas une moitié d’hospitalité. Et puis bien sur on parle. Énormément. De la demographie au Chili en France et en Autriche, de langues, du prix de la vie (question sur laquelle j’ai cale : combien coûte une grande télé écran plat en France ?), des deux guerres mondiales (car Top Gun a la télé), de politique, de la dictature de Pinochet, d’immigration, de la retraite, de foot et de sport, de techniques de vols, des attentats en France, d’homosexualité, de technologie et son devenir, de religion, de Puerto Gaviota, de drogues…
Au fur et a mesure de la soiree, chacun part se coucher.
Il ne reste plus que Miguel, Inès, Vicki qui nous écoute allongée sous des couvertures, et moi.
J’apprends énormément de choses, je leur en apprends aussi.

Entre autres, un peu d’explications sur la vie de Puerto Gaviota. Ce village existe depuis une trentaine d’années, et officiellement depuis 1999. Un jour il n’y a pas si longtemps que ça, il etait tres compliqué de venir amarrer sa barque au port tellement il y avait de monde. 1500 personnes habitaient ici ! Dur a croire quand l’effectif est maintenant de 38 personnes. Quasiment que des hommes, coupes du monde. Bientôt ils auront le téléphone et internet, ils ont hâte.
Un jour le gouvernement a impose des quotas de pêche pour chaque personne, pour ne pas faire un trou dans la biomasse des poissons. Les quotas étant tres bas, ça ne suffisait pas a un pêcheur pour nourrir sa famille. Alors ils sont tous partis. Ceux qui restent pêchent leur quota, argent pour eux, et le quota d’autres personnes pour lequel ils touchent un pourcentage.

On discutait, discutait, et je me disais que de toute façon a 1h on allait partir parce que le générateur de l’île est coupé de 1h a 13h tous les jours pour ne pas consommer inutilement de diesel, et donc on n’aura plus de lumiere.
Aussi, j’ai eu du mal a croire Miguel quand il nous a annoncé qu’il etait 3h30. Ah oui quand meme ! Pour ca que je commencais a fatiguer ! Ils ont leur propre générateur, c’est un peu le grand luxe.
Sûrement la discussion la plus longue de la vie, et en espagnol qui plus est ! En sortant pour rejoindre notre maison, le village etait plonge dans le noir complet, et mine de rien ce n’est pas fréquent de voir ça de nos jours.

Le lendemain on s’est levées a 10h parce qu’on voulait aller marcher en montagne. Mais pluie pluie pluie torrentielle toute la journee. Au final on est restées a l’intérieur, a cote d’un bon feu et avec du the chaud. Qui a dit que c’était l’été ?

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Pas facile de s’occuper, et le bateau etait prévu pour 23h. On a lu, écrit, parle, j’ai dormi sur la table aussi un peu. Le soir on est parties a la recherche de pain, sans succès. Nous avons visite le resplendissant gymnase, j’ai tape dans un ballon, j’etais contente. On a ensuite passé 1h a ouvrir une boite de conserve de pêches en jus pour transvaser dans une bouteille, en vue de notre diner/petit déjeuner a venir dans le bateau.
Puis j’ai refusé l’aimable proposition de Blanca de manger de la viande, le morceau énorme étant laissé la dehors a coté du feu depuis 3 jours. Je me suis demandée a un moment si elle voulait m’empoisonner.
Un peu avant l’heure prévue on est toutes allées chez Jorge, qui fume clope sur clope des Lucky Strike qui puent. Avec Inès on échange bâillements intempestifs et regards désesperes : hier on a eu beau parler presque 7h en espagnol, on n’est pas fichues de comprendre un traitre mot de ce que dit Jorge. Mais meme pas le sujet hein, rien de rien ! On laisse tomber, et hochons la tête de temps en temps.

Enfin c’est l’heure ! Dure nuit dans le bateau forcement. Au petit matin en arrivant a Puerto Chacabuco, il fait un temps magnifique ! Je peux enfin admirer les fjords magistraux ensoleilles.

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En sortant du bateau, deux grands oiseaux planent avec classe au dessus de nous. Han ! Je mettrais la main a couper que ce sont des condors ! Les fameux ! J’ai vu des condors ! Qu’est ce que c’est grand !

Il y a espagnol et espagnol

Petit point sur ma progression en espagnol : je m’améliore chaque semaine, je maitrise maintenant a peu pres le présent, le passe et le futur, parfois je tente un petit subjonctif ou un conditionnel au présent. Par contre pour le conditionnel passe ou le plus que parfait, je m’arrache les cheveux et je ne suis pas sûre de me faire comprendre.
Je continue aussi a étoffer mon vocabulaire au fur et a mesure.

Je ne me facilite pas la tache en passant du Chili en Argentine et vice versa toutes les deux semaines. Leur accent est différent, leur vocabulaire un peu aussi, et chacun a ses propres expressions.

Dans ce qui est commun aux deux pays et qu’on ne nous a jamais appris a l’ecole :
– la 2ème personne du pluriel n’existe pas. Ils le remplacent par la 3eme personne du pluriel. Ils ne disent pas : « sois franceses ? » (vous etes francais ?) mais « son franceses ? » ou « ustedes son franceses ? » (ils sont francais). Un peu étrange au début, mais au final c’est plus facile a conjuguer comme ça.
– le passe compose n’est presque jamais utilise, ils préfèrent employer le passe simple. Ce qui est bien dommage, le passe compose est super simple !
– employer les verbes coger (prendre) ou acabar (terminer) peut amener a des regards amuses car contrairement a l’Espagne ou ils sont employés couramment, ici ils ont une connotation sexuelle. On préfèrera dire tomar ou terminar.

Ensuite en Argentine, surtout dans la province de Buenos Aires, ils ont également raye le « tu » de la conjugaison ! Ils le remplacent par « sos ». Idem pour le eres. Ainsi, au lieu de dire « y tu, de donde eres ? » (et toi, d’où es tu ?), ça donne « y vos, de donde sos ? ». En prononçant tous les s, alors que dans plein d’autres cas leurs s sont presque muets.
Le « ll » ne se dit pas « y » comme en Espagne ou au Chili, mais « ch ».
Et en parlant de « ch », ils disent souvent « che » en fin de phrase. C’est de la qu’Ernesto Guevara a gagne son surnom, el Che.
Mine de rien ça fait beaucoup de petites différences que j’essaye d’intégrer en Argentine et que je tente d’abandonner des que je repasse au Chili.

Au Chili, ils ont tellement de spécificités locales de langage que l’autrichienne avait carrément un dico chilien et non espagnol.
On notera le « arto » qui veut dire beaucoup, mais a la façon dont ils l’emploient je pense qu’on peut le traduire par « carrément ».
Le « catchai » a la fin des phrases, qui veut dire « pige ? ».

Lost, les disparus

Apres Chaiten, je suis passee a La Junta, ou je n’ai pour ainsi dire rien fait. Mon moral et ma motivation suivent la météo, et n’ayant pas envie de faire une journee de marche sous la pluie, je suis restee la a lire (en espagnol, of course).
En me renseignant pour les prochains bus qui vont a Puerto Cisnes au sud, on me dit qu’il y a un bus le lendemain mais qui est plein, et un autre 3 jours plus tard. Non non non, meme si la grand-mere de l’hospedaje est tres gentille et qu’elle fait des milcao (galettes de pomme de terre bien grasses) délicieuses, je ne veux pas rester aussi longtemps ici, c’est vraiment mort.
Mon plan est le suivant : prendre un bus a 5h du matin qui va au sud, descendre a la jonction qui va vers Puerto Cisnes. A 8h, sous un ciel menaçant, j’entame les 32kms plus pour me réchauffer que pour vraiment marcher, j’espère bien me faire prendre en stop.

Bon, plus que 31 kms !

Bon, plus que 31 kms !

A 8h30, une premiere voiture me dépasse, mais ce sont des policiers a fond avec le gyrophare. A 8h45 pile en face du kilomètre 3, je rejoins 3 autres auto-stoppeurs dans le pick-up d’un gentil monsieur.

A Puerto Cisnes, contrairement a ce que le nom veut dire, il n’y a pas de cygnes. C’est une petite ville de pêcheurs de 2500 habitants, assez calme.

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Je pars me renseigner pour les bateaux qui vont sur l’île Magdalena en face, et me heurte a une difficulté récurrente dans la region : il est assez difficile d’obtenir facilement des informations logistiques. On te dit a peine ce que tu demandes, et pour avoir des infos spontanées c’est encore autre chose.
Aussi, quand je demande a la compagnie de bateau combien coûte un billet de bateau pour aller sur l’île et quels sont les horaires, on me répond : « Il faut voir directement avec des gens qui ont un bateau, mais si vous voulez y aller seule ça va vous couter tres cher !! ».
Apres etre rentrée a l’auberge et avoir relu les indications pour ce que je veux, j’y retourne en demandant cette fois un billet pour Puerto Gaviota, qui est l’unique village de l’île. Cette fois on me répond « le ferry part demain soir, et ça coûte 2900 pesos ». Et ben voilà !..

J’embarque donc sur le ferry a l’heure annoncée. Il y a environ 3h de bateau, ce qui me fait arriver vers 23h30 a Puerto Gaviota (gaviota = mouette). Pour une fois j’ai bien fait de prévoir l’hebergement avant (c’est a dire le jour meme) car il se trouve que c’est un tout petit village, qu’il n’y a que 2 endroits ou dormir (et encore je crois que l’autre a fermé), l’hôte de l’auberge ne vient sur l’île que quand des clients réservent, et quand elle est sur l’île elle n’a pas internet.
Le trajet devrait etre magnifique, sauf que les nuages ont volé la vedette au paysage de fjords.
A la sortie du bateau, je fais donc la connaissance de Señora Blanca, l’hôte du « complexe touristique » qui n’en est pas vraiment un, et d’Ines, une autrichienne qui a aussi réserve le jour meme.

Le village est construit en arc de cercle autour de la petite crique. Aucune rue, aucune voiture, ici on marche sur une passerelle en bois mouillée par l’éternelle pluie. Il n’y a qu’une rangée ou deux de maisons, en tout j’en compterai une centaine plus tard. De nuit, nous entamons donc une petite marche sur passerelles mouillees, montant et descendant des marches, jusqu’à a arriver aux « cabanas ».

Apres une fraiche nuit de sommeil ou pour la premiere fois je me sers de mon sac de couchage pour ajouter un peu de chaleur aux 5 couvertures deja présentes, nous prenons un petit déjeuner tous ensemble.
Blanca nous propose ensuite une petite balade en forêt, et nous prête généreusement des bottes. Et en effet, elles sont indispensables ! Je les garderai meme tout le séjour ici, parce que la pluie n’est pas une denrée rare.
Je suis absolument crevée, ce qui fait que Blanca pense que la marche est trop difficile pour moi. Pour de vrai, je suis capable de marcher plus de 30mn sans etre fatiguée, mais ça a l’air de lui faire plaisir de penser ça.
Et pour tout dire, je suis franchement déçue de la balade. Ce chemin a été fait pour construire a coté de la riviere le dispositif nécessaire pour traiter et acheminer l’eau jusqu’au village, rien a voir.

Il faut savoir que l’ile est classée Parc National, mais qu’en fait ce n’est qu’une facon de dire qu’elle est protégée (encore une action de Tompkins), autant dire qu’elle n’a rien de spécial, et qu’elle n’est pas aménagée non plus pour visiter.

Blanca nous emmène par un chemin que je vais tenter de décrire : une bande de 5m de large au milieu des arbres, rasée par une machine et sur laquelle plein de gens ont marché maintes et maintes fois, le tout généreusement arrosé par la pluie. Ca donne une bouillie moche et boueuse.

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En prime il y a des déchets de tout genre éparpillés un peu partout. Et chose étrange, c’est beaucoup trop calme pour une foret. Aucun bruit d’oiseau ou d’animaux.

Avec les montagnes et la foret a moitié dissimulées dans les nuages, l’ile depuis le rivage me fait penser a celle de la série télévisée Lost, on se dit que plein de choses bizarres doivent s’y passer. La foret ne rassure donc pas vraiment.

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Heureusement en revenant de cette charmante excursion, le soleil a fait son apparition ! Cela donne un tout autre charme au petit village.

Puerto Gaviota

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Au moment de manger, Ines demande a Blanca si elle pourrait s’arranger pour qu’on aille faire un tour en mer avec les pecheurs. Cette dernière dit « mmh, oui, peut-etre », d’un air de dire que ca ne va pas etre facile. Mais cinq minutes plus tard, un pecheur vient spontanément nous proposer qu’on vienne pecher avec eux !

Il faut dire qu’avec 50 personnes en tout ici, et des voyageurs une fois tous les quatre du mois, ils sont contents de nous voir. Ni une ni deux, on mange vite fait et on embarque chacune a bord d’un petit bateau en bois avec moteur, toutes excitées, avec un capitaine de bord et deux jeunes. Je me retrouve donc avec Omar, Alexis et Borgo.

On s’en va un peu au large, puis on recupère au fur et a mesure des bouées sur lesquelles sont accrochées les lignes. Omar et Alexis attrapent donc chacun une bouée, et tirent sur le fil de peche pendant un bon moment, jusqu’a ce qu’apparaissent les premiers hamecons. Il y a en tout une 50aine d’hamecons par ligne, espacés d’un metre chacun. Parfois il n’y a rien sur l’hamecon, parfois il reste un appat (sardine), et parfois on remonte un poisson huhu ! La peche d’ici rapporte essentiellement des colins, et des congres de temps en temps.

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Alexis

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On lui enleve l’hamecon, et ensuite c’est Borgo qui s’en occupe. Il fait partie d’un organisme qui analyse les populations de poissons depuis plusieurs années pour suivre leur évolution, poids, taille…

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Borgo et le plus grand colin du jour (1m)

 

Il pèse chaque poisson, le mesure, de temps en temps pèse aussi son appareil reproductif, vide les organes internes, et récupère les otolithes, une sorte de petite dent osseuse qui servira ensuite a déterminer l’age du poisson !

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Otolithes : en haut ceux du colin d’1m, en bas ceux d’un colin moitié plus petit

J’ai aussi eu le droit de travailler un peu, et c’était plus fatiguant que ca en avait l’air !

On a passé pres de 5h en mer, on parle de foot, de l’etude de Borgo, du Chili…et a la fin la caisse était presque pleine de poissons. Ils ont dit que c’était une excellente journée et que je leur avais porté chance 🙂

Pêche à Puerto Gaviota

Ensuite de retour au port ils ont préparé tous les poissons pour en faire des filets a vendre directement.

Et le soir venu, qu’avons-nous mangé ? Oui, du colin fraichement peché ! Et moi qui d’habitude rechigne devant tout produit de la mer, j’ai englouti sans me faire prier mes deux filets de colin.

 

Chaiten, le village a moitié ressuscite

De Futaleufu a Chaiten, la route s’est faite dans un petit van inmanquable, sur un chemin plein de cailloux et de poussière.

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La sieste, ça sera pour une autre fois. Les deux premières heures jusqu’au village perdu de Santa Lucia sont cahotantes mais n’entament pas ma bonne humeur. Encore une heure de petite route, puis la derniere heure suivante se fait sur une route goudronnée, avec seulement le chauffeur, un sympathique couple venant d’Alaska, et moi. C’est bien la premiere fois que je rencontre des personnes d’Alaska, tout arrive dans la vie. Nous apercevons des fjords, un glacier, des sommets enneiges ou pas, je suis deja contente d’avoir choisi de venir a Chaiten.

Une fois dans la petite ville, je galère un peu a trouver une auberge, et puis je trouve ça trop cher : 12 000 pesos la nuit ! Ok je fais exprès de mettre le prix en pesos chiliens, parce qu’au Chili on se sent millionnaire en allant au distributeur. Donc 12 000 pesos font environ 16€. Et pour une ville morte, a moitié en ruine et sans aucun moyen de divertissement, je trouve ça beaucoup.

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Mon auberge

 

Pour l’histoire, Chaiten etait une petite ville tranquille au bord de l’Ocean Pacifique, tout au nord de la route australe et assez isolée de tout. Tranquille jusqu’au 2 mai 2008, quand le volcan « inactif » Chaiten, s’est reveille apres un repos de…9000 ans ! Enfin de toute façon au Chili avec la Cordillère des Andes, le Pacifique, la jonction de la plaque de Nazca et Sud-américaine, et la multitude de volcans (plus de 3000 pour toute la Cordillère, dont 500 actifs), les risques sont nombreux : tremblements de terre, tsunamis et éruptions volcaniques…

En 2008 donc, il y a d’abord eu un petit tremblement de terre (terremotto pour ceux qui suivent), puis une premiere explosion volcanique. Le truc c’est qu’ensuite il s’est forme un dôme volcanique au dessus du volcan, et les fois suivantes ça a fait des explosions sur les cotés du volcan. Heureusement les villes de Chaiten et Futaleufu ont pu etre évacuées a temps, vers la grande ile de Chiloe a quelques heures de bateau de la. Les cendres sont montées jusqu’à 20kms de hauteur, ce qui est énorme ! Le nuage a traverse le continent jusqu’à Buenos Aires, ca fait quand meme une petite trotte. Autour du volcan, le souffle de l’explosion a arrache le sommet des arbres, on voit très bien la délimitation des zones touchées et intactes.

L’excursion au volcan était beaucoup plus intéressante que ce que je pensais, d’une part parce qu’il y avait quelques personnes super droles et sympathiques (dont la canadienne avec son accent trop drole et encore une allemande avec qui j’ai pu bien parler en espagnol), d’autre part parce que je ne me rendais pas compte des dégats que pouvait faire un volcan.

Il a fallu deux ans pour faire un peu de tri dans le Parc Pumalin et le réouvrir au public, ca a du etre un boulot monstre. Par contre, celui qui a fait les marches était un géant, je lui en ai beaucoup voulu.

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Le volcan Chaiten qui fume, et l’arete avec la délimitation entre les arbres arrachés et ceux encore debout

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Apres l’eruption, certaines parties se sont retrouvées sans plus aucune végétation. Ce qui est un peu dur a imaginer maintenant puisque, bien que les arbres soit réduits a l’état de troncs décharnés, il y a en revanche une végétation géante de fougères et espèces de plantes (nalca, ou pangue) ressemblant a de la rhubarbe. La nature a vite repris des droits. Les taons aussi d’ailleurs.

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Oui, je pense a manger des légumes de temps en temps.

Maintenant, le volcan fume toujours, et il fait 200m de plus de hauteur qu’avant l’éruption.

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A Chaiten, les nuées ardentes ont dévasté en bonne partie le village, qui s’est quand meme assez bien remis maintenant, meme si certaines maisons feraient de bons spots de films d’horreur.

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Maison ensevelie sous un bon metre de cendres

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Le soir avec Kathi l’allemande qui devait attendre minuit et son bateau, on est allées faire un tour « a la mer ». La plage est toujours grise de cendres et est remplie de branches et morceaux d’arbres gris aussi.

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Ensuite on s’est assises par terre sous un grand abri bus, et on s’est fait le repas du siècle avec son mini réchaud et sa casserole : du boulgour mélange avec des amandes salées + des pêches en boite avec leur jus. Oui tout a fait, tout ça en meme temps dans la casserole, sans assiette et avec une cuillère pour moi, le couvercle de la boite de conserve pour elle. Et bien c’était délicieux, et ça nous a change des pâtes, sandwichs et empanadas. A refaire !

Le lendemain quand j’ai repris un bus vers le sud, devinez ce qui est arrivé ?

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