Faits divers

Parmi les petites choses que je remarque au quotidien mais dont je ne parle jamais, citons en vrac :
– Au Chili, quelque soit la taille de la ville ou du village, j’ai toujours vu des jeux pour enfants et des machines muscu plein air rutilants. Avec jamais personne dessus, mais en tout cas ils sont la.

– Les Parcs Nationaux sont toujours tres propres malgré le nombre de personnes qui y passent, et la sensibilisation aux incendies est importante. De façon générale je dirais aussi que pour le moment tous les endroits dans lesquels je suis allee sont propres, loin de l’idée qu’on peut en avoir.

– au bord des routes on croise régulièrement des petits autels, aussi bien sur des routes fréquentées qu’au milieu de nulle part.
C’est pendant mon mois a la ferme que j’avais eu l’occasion d’en apercevoir, et je remercie Laura qui m’avait alors donne plein d’explications (que j’avais réussi a comprendre mine de rien !). Je ferais quatre catégories :
1- la niche en commémoration a un accident de la route, comme en France on trouve des bouquets de fleurs.
2- l’autel en vénération a un saint populaire faisant partie de la culture du pays mais sans etre reconnu « officiellement » par l’église catholique.
3- l’autel rouge (bandeaux, voiles…) rencontré tres souvent, dedié au Gauchito Gil, le Robin des Bois argentin en quelque sorte.

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4- le sanctuaire en hommage a la Difunta Correa, un personnage emblématique des cultures argentines et chiliennes. La première fois que j’ai vu ce nom, c’était sur un autocollant colle sur la vitre arrière de la voiture de la baby-sitter.
Le mythe est le suivant : Deolinda Correa était une femme mariée et mère depuis peu. En 1840, son mari fut contraint de s’engager dans l’armée. Inquiète pour lui, elle parti sur ses traces dans le désert argentin avec son nourrisson, du pain et deux gourdes d’eau. Mais elle mourut de soif au pied d’un arbre. Quelques jours plus tard, on découvrit son corps. Le miracle fut que son bébé continuait a téter sa mère et qu’il était toujours vivant. Comme dans tout mythe, les versions divergent et personne ne sait vraiment s’il mourut ensuite ou pas.
Depuis l’endroit est devenu un lieu de recueillement et partout dans ces deux pays on trouve des autels dresses en son honneur. La tradition est d’y déposer une bouteille d’eau, pour que la défunte puisse étancher sa soif. Dans les premiers a avoir eu ce geste : des camionneurs. Laura m’a dit qu’en relation avec ça, il porte chance en achetant une nouvelle voiture d’aller déposer une bouteille d’eau au pied d’un autel.
De loin c’est étrange car ce qu’on peut prendre pour un cimetière de bouteilles plastiques est en fait un lieu important pour les argentins et chiliens.

– l’Argentine est 4x plus grande que la France mais ne compte que 40 millions d’habitants, dont 1/3 a Buenos Aires et sa périphérie. Niveau superficie, le Chili est a peu près équivalent a la France mais seulement 17 millions de chiliens y habitent, dont 10 millions a Santiago et sa périphérie.

– on peut faire 400kms de bus dans la pampa vide et longer autant de kilomètres de clôtures. Tout est parcellisé et privé.

– au Chili on peut acheter des paquets de cigarette a 2€. Comme je ne fume pas, je me rabat sur les viennoiseries et pâtisseries qui ne coutent vraiment pas grand chose. Par exemple ce soir un muffin + un alfajor + un berlin pour 1,5€. Ça encourage a la gourmandise.

– beaucoup de voitures européennes et en Argentine les garages Renault sont répandus (pensée pour Camille). J’ai aussi rarement vu autant de vieilles carcasses roulantes, on sent que les voitures sont poussées jusqu’à leurs dernières limites.

– des chiens errants, il y en a des tas et des tas dans absolument chaque ville. Étonnamment, j’ai aussi croise beaucoup de chiens et chats obèses.
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– il est possible d’aller dans des supermarchés Carrefour en Argentine. Bien sur ne pas s’attendre a retrouver des produits français sous peine d’être fortement déçu !

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Parc National Torres del Paine

Sur la route entre El Calafate en Argentine et Puerto Natales au Chili, je me dis que c’en est bien fini des montagnes verdoyantes et des lacs. C’est la pampa aride, petits buissons jaunatres, paysage monotone défilant pendant des heures entières, le long des sempiternelles clôtures. Mais c’est la première fois que j’apercois deux animaux typiques de la Patagonie : les guanacos ressemblent beaucoup a des lamas, et les nandus sont des espèces de petites autruches.  Ils ne semblent pas farouches et restent parfois tres près de la route.

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Guanacos

A Puerto Natales, rien de prévu si ce n’est planifier le trekking au parc Torres del Paine, classé réserve de biosphere par l’UNESCO et en voie de devenir la 8eme merveille du monde. Les deux randonnées les plus connues sont appellées le W et le O, de part leur forme sur une carte. Le W dure environ 4 jours, et il faut compter de 7 a 9 jours pour le grand O. Etant donne qu’il faut prévoir et porter toute la nourriture et qu’il faut aussi prévoir ou et comment dormir, je me dis que 4 jours selon largement suffisants.

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Le depart se fera en bas a gauche vers numero 1, puis direction 2 et 3

Pendant mes allers retours en ville je croise Pau l’espagnol, rien d’etonnant en soi, ça devient presque une routine. Je me décide pour les nuits a venir : je suis une petite chose fragile qui n’a pas envie de porter une tente, un matelas de sol et un sac de couchage pendant 4 jours de marche, alors je me décide pour l’option qui consiste a louer ces trois éléments directement sur les sites de camping. Ce n’est pas donne, presque 40€ par nuit, mais c’est toujours moins cher que de dormir dans un lit (minimum 60€ la nuit !). Je fais des courses de choc : de quoi faire 2 sandwichs jambon fromage chaque midi et un sandwich pâte le soir, des fruits secs, du chocolat, une pomme par jour, des gâteaux, des céréales pour le matin, et des barres de céréales. Et en hommage aux Custards GC qui avaient emmené une bouteille de Pisco quand ils y étaient allés, je me suis faite une petite bouteille de Pisco Sour en prévision d’un éventuel coup de froid.
Puis alors que je recherche une veste coupe vent a louer, j’entre dans une auberge qui a du matériel, pour tomber nez a nez avec Paolo l’italien. On se donne rendez vous le soir sur la place principale. A 20h on retrouve Pau et Fernando le chilien, et Paolo me dit « ah ben j’aime bien marcher avec toi alors je viens aussi faire le trek demain ». Ah. Je suis un peu prise de court mais bon.

Le samedi Jour 1 ressemble a une journee d’attente : attendre qu’un 2ème bus arrive car le premier est plein, attendre a l’entrée du parc pour payer, attendre 1h30 en partie sous la pluie que le catamaran fasse un aller retour car pas assez de place pour tout le monde. Rien que pour le bus, l’entrée et le bateau, je viens de dépenser plus de 60€. Le parc est le plus réputé du Chili, autant dire que tout le monde paye le prix pour y aller. Rien que quand on paye l’entrée je peux compter avec les bus qu’on est au moins 300 personnes juste ce matin.
En attendant pour le bateau, un asiatique fait le show a lui tout seul : il est en affaires de ville, les seules qu’il a emmenées, il a un petit sac a dos rempli de nourriture, et une boite en carton remplie de nourriture, avec juste en plus une serviette de toilette. Il a des paquets entiers de barres de céréales, un gros paquets de saucisses, des boites de conserves, des Pringles, une bouteille en verre de Pisco Sour… Je me demande jusqu’où il va bien pouvoir marcher comme ça !
Enfin a 14h30, on commence a marcher. Mon sac n’est pas trop lourd, et pas besoin s’emporter des litres de flotte, il y aura de quoi remplir la bouteille en chemin dans les nombreux ruisseaux. Je me dis qu’en plus c’est chouette, mon sac va etre de plus en plus léger, il est rempli pour moitié de nourriture.
Le temps est couvert, j’ai toutes mes couches superposées mais il ne fait pas froid. On s’elance pour la première petite marche jusqu’au camping Grey. Je prends mon temps car je tiens a économiser mes forces et profite du paysage. Jamais croise autant de personnes en marchant, c’est dingue. Aux 3/4 du chemin, je peux apercevoir le Glacier Grey qui forme un fer a cheval. Il semble bien moins haut que le Perito Moreno, par contre la lumière qui filtre a travers les nuages l’entoure d’une atmosphère bleutée agréable.

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Glacier Grey

Au camping, je me prépare psychologiquement a monter une tente toute seule (j’ai perdu Paolo en route), puis découvre avec grande satisfaction que la tente est deja prête, nickel ! Après une petite collation je me dirige vers les douches. Alors la, logique tres bizarre : des trois campings ou j’irai en tout, le premier camping était le plus rempli, et aussi le seul qui n’avait que deux douches pour les femmes et de l’eau chaude seulement 2h le soir. Mesdames et mesdemoiselles etant un peu longues a se préparer, j’ai passé une heure a attendre sagement mon tour, pendant que la file des hommes a cote avait avancé 3x plus vite.
Je me suis ensuite octroyée un repas de luxe dans ma tente : pain-paté, gâteaux et chocolat.
J’ai pense fort a ma petite sœur (si, tu es la petite) qui m’aurait dit je suis sure « mais comment t’as fait pour pas manger tout en meme temps ?! ». Et bien j’avoue que j’étais tentée, mais pas envie de mourir de faim pendant les trois jours suivants 🙂 Au pire il y a toujours des petits kiosques aux campings payants mais le choix est réduit et c’est cher, forcément.

Nuit horrible a avoir mal partout car un petit tapis de sol c’est pas assez pour moi, mais au moins je n’ai pas eu froid, youpi ! Je me lève a 6h30, mange mes céréales a la main et pars en direction du glacier. Hier le gars du camping m’a dit qu’a une heure de marche on pouvait avoir une tres belle vue sur le glacier. Je n’ai pas trouve ou était le chemin et d’autres gens étaient dans mon cas alors ça m’a un peu rassurée sur mes capacités d’orientation. Je me suis contentée de cette petite vue.
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N’ayant pas recroise Paolo, j’entame a 9h la redescente jusqu’a l’endroit ou nous a dépose le bateau la veille. C’est encore calme a cette heure, il y a juste un couple qui me suit a quelques mètres.  Dans un buisson devant moi, de l’agitation survient. Je stoppe et m’attendris devant une touuute petite chouette qui me scrute de ses grands yeux ! Une insomniaque ?
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Elle s’envole et se pose sur la branche d’un arbre, ce qui me permet de remarquer qu’elle tient quelque chose entre ses serres. Les chiliens m’ont dit « lechuza ? », j’etais fière de connaitre le mot après avoir lu Harry Potter. Je me demande si les chouettes mangent aussi des oiseaux car j’ai l’impression qu’elle tenait une hirondelle, et sur une photo on voit clairement des pattes d’oiseau qui pendent. Mystère et boule de gomme.

Je ne décris pas le paysage, quelques photos suffiront.
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J’ai croise de nouveau les frangins espagnols, qui me corrigent systematiquement quand je me trompe dans l’emploi de ser et estar.

Lors d’une pause au camping italiano, archi rempli car il est gratuit, je suis assise tranquillement sur une barrière.
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A un moment je tourne le regard vers la gauche d’où un gars arrive, au meme moment ou lui meme tourne la tete dans ma direction. Et la je m’exclame en me levant « oooooh Julian ?! Mais qu’est ce que tu fiches la ? ». Il me retourne la question et on se fait un hug. Il était bien remonte au nord a Bariloche ou il a fait de l’escalade avec une allemande, et ensuite il a tout redescendu jusqu’ici avec elle. On papote 15mn, en français parce qu’en plus de parler allemand, anglais et espagnol il parle bien français, et on se sépare de nouveau. La deux options se présentent a moi :
– laisser mon gros sac a dos au camping et faire tout de suite la branche du milieu du W, soit 2h aller-retour en bonne montée pour ensuite marcher une dernière heure jusqu’à mon camping
– marcher jusqu’à mon camping maintenant, me lever tres tôt le lendemain matin pour revenir sur mes pas, faire les 2h aller-retour, revenir a mon camping et reprendre le W vers la droite.
Tres fatiguée bien que je n’ai pas tant marche que ça et que ça ne soit pas si dur que ça, je continue en direction de mon camping. S’il y en a qui se demandent pourquoi je ne restais tout simplement pas au premier camping, c’est parce que c’est un site gratuit pour les gens qui ont leur tente. Et je n’ai pas de tente.

Mon camping n’est pas indique sur la plupart des cartes car il n’a ouvert que depuis décembre. Il y a des sanitaires gigantesques et déserts, et pas encore de coin pour manger. Du coup je me fais une deuxième soirée pain pate sous ma tente, et me couche encore plus tôt que la veille.
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Pendant la nuit je suis réveillée par le vent qui souffle fort et la pluie. Et la, je me souviens que le jeunot tout a l’heure m’avait dit en me montrant la tente « oh j’ai oublie d’attacher ce truc la mais bon… ». Je me demande maintenant, horrifiée, si la tente est bien fixée dans la structure en bois. Car il est important de savoir : y a-t-il un risque que je m’envole avec la tente ? Je me rhabille, m’equipe de la frontale et sort affronter les éléments rugissants. Heureusement tout est en ordre, je peux me rendormir sereinement.

Jour 3 : au réveil a 6h, j’ai change d’avis : finalement je ne vais pas faire l’aller-retour super long car il fait trop froid et que je vais deja avoir une journee chargée le lendemain et je ne veux pas enchainer. Après 2h de sommeil en plus, j’attaque les 15kms de la journee. La majorité du temps je longe un beau lac sur lequel le vent se déchaine.
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Revu un frère espagnol. Je lui ai dit qu’honnetement j’avais du respect pour ceux qui se trimballent tout le matos de camping, ça fait beaucoup de poids. Il me repond que si j’avais a le faire j’y arriverais aussi. Je suis sceptique, je suis deja quasi morte de fatigue et j’ai les coutures du sac incrustées dans les hanches qui me font mal.

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J’ai décidé que comme jamais 2 sans 3, je n’allais pas commencer a sociabiliser ce soir. J’écris sur mon cahier, réfléchis a la vie, et mange du paté. Ça va bien ensemble je trouve.
Au milieu de la nuit, comme d’hab je m’équipe pour aller jusqu’aux toilettes quand je tombe sur un ciel étoilé gigantesque. Je m’allonge 30mn dans l’herbe pour profiter du spectacle, et voit meme deux petites étoiles filantes.


Le jour 4, je suis sur le pied de guerre a 6h tapantes pour commencer a marcher dans la semi-obscurité. Apparemment je suis la seule.
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Mon objectif : faire l’aller-retour jusqu’aux fameuses Torres, les tours qui ont donne leur nom au parc, et revenir a temps pour le bus de 14h. Je marche d’un bon pas, avec un temps qui s’annonce agréable.
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1h30  jusqu’au refuge El Chileno, puis 1h jusqu’au camping gratuit Torres, et j’attaque les dernières 45mn qui grimpent bien. A ce moment la je suis entrée dans une zone nuageuse, et en montant la pluie se met a tomber. Je monte encore, et la pluie se transforme en neige ! Je me marre. Tout en haut, la neige tombe vraiment bien meme si les flocons ne sont pas tres gros, et en marchant je n’ai pas l’impression qu’il fait si froid.

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Pour tous ceux qui pensent encore que je me dore la pilule au soleil : NON ce n’est pas vrai !

J’arrive enfin au mirador pour voir :

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Les fameuses Torres del Paine

Allez un peu de bonne volonté, les Torres sont juste la, derrière le lac !
Échec ! L’avantage c’est que je ne suis pas tentée de rester la une heure.
La descente se fera un peu plus doucement que la montée, j’ai les jambes en vrac. Et bien evidemment je retrouve le beau temps que j’avais quitté le matin.
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Et enfin, c’est l’arrivée ! C’est la fin ! Youhouuu ! Je ne pensais pas que j’aurais autant de mal, je m’accorde en conséquence une photo victorieuse :
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En rentrant j’avais un email de Paolo me disant : « je ne t’ai pas trouvée au premier camping, et pas non plus au camping du deuxième soir (il n’est pas allé au bon), alors je suis rentré »…

El Calafate

Calafate, c’est aussi le nom d’une petite baie qui se mange, typique de la patagonie chilienne et argentine. Ils en font beaucoup de confitures notamment. Un proverbe dit que celui qui mange des calafates, reviendra en Patagonie.
En parlant de nourriture, j’ai ajouté des petites choses dans les rubriques culinaires Argentine ET Chili.

Etonnée en arrivant a El Calafate, je pensais me retrouver encore dans une mini-ville touristique, en fait c’est une super grande ville !
Je suis ici uniquement pour une chose : aller approcher le glacier Perito Moreno, qui doit son nom a un explorateur argentin du nom de Francesco Moreno. Et « perito » signifie « expert ».
A l’arrivée au célèbre glacier Perito Moreno : bruit de tonnerre et oiseau qui fait du surplace dans les airs. Pas de tonnerre, ce sont juste les craquements de la glace, et j’adore ce bruit. Autre similitude avec les orages : on voit la chute de la glace avant de l’entendre. Hauteur gigantesque du glacier, comme des grands immeubles. Couleur blanche, couleur bleue glacier. Le vent est frais. Un morceau qui se détache et tombe dans un fracas assourdissant, créant une vague qui se propage doucement.

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THE glacier Perito Moreno

32 morts entre 1968 et 1988 a cause de morceaux de glace projetés a plusieurs mètres, c’est pour ça qu’on ne peut plus s’approcher aussi près aujourd’hui. C’est un des rares glaciers au monde qui avance, sous l’effet de la gravite. Environ deux metres par jour ! Petit a petit il ferme le petit bras d’eau entre les deux lacs. Puis la pression de l’eau devient de plus en plus forte au fil des mois, voire des années, et une rupture fait s’effondrer la glace, réouvrant le passage. Et ça recommence.

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Ca me fait penser a un champ de meringues. Oui j’ai faim.

P1040663Une femme qui dit a son mari « donne moi la camera. Donne moi la camera, tu loupes tout.  Comment ça marche ça ? Pourquoi ça me fait ça ? Voilà, il n’y a plus rien maintenant ». Ils sont partis.
Une minute plus tard, un gigantesque pan de glace s’est détaché. On dirait presque que ça se passe au ralenti. Puis les blocs de glace remontent a la surface.

Je me suis imaginée Scrat de l’âge de glace avec sa noisette.

El Chalten : de la marche encore et encore

El Chalten, la capitale Argentine de la randonnée. Petite ville enclavée au milieu des montagnes et d’où la vue depuis le centre ville est deja terrible.
Arrives le mardi soir, pas le temps de faire grand chose, a part discuter. Je fais donc la rencontre de deux français, Charlotte et Pierre. Des Bretons de Saint Malo pour etre plus exacte. Ils sont frère et sœur et ça me fait plaisir parce que ce sont les premiers de la meme fratrie que je rencontre en voyage. En plus Charlotte est en train de parler de la série Orange is the new black lorsque je m’incruste a leur table, je suis deja contente. En plus de m’incruster je finis leurs pâtes et je les maintiens debout tard alors qu’ils avaient prévu de se coucher tôt. Mais ils sont super sympas, et ça faisait plusieurs jours que je n’avais pas parlé français.
Dans l’auberge je me rends compte d’une nouvelle différence par rapport au mois passe au Chili : ici beaucoup de touristes, dont des chinois/japonais, américains, anglais… Du coup il faut repasser a l’anglais pour se faire comprendre.

Le mercredi repos aussi, bien que le temps soit magnifique. Le soir on a prévu de se retrouver avec Paolo, Pau et Otto pour manger ensemble. Au final ils viennent dans mon auberge pour cuisiner tranquillement. Enfin, pour que Paolo cuisine.
J’ai invite ma voisine de lit, une fille d’Amsterdam qui s’appelle Chantale. Elle ne parle pas espagnol mais je lui ai dit que ça irait quand meme. Une fois avec les trois autres gars, je me suis aperçue qu’aucun d’entre eux ne parlait anglais. Qu’a cela ne tienne, je me suis improvisée interprète pour la soirée, et on s’est bien marrés. En plus de ça je me suis souvenue a quel point la viande Argentine est un délice absolu, et qu’ici meme une brique de vin rouge a 1€ est tout a fait buvable. Un festin a 4€ et un super moment.

Le lendemain matin, un jour de la semaine probablement, on s’est levés pas trop tard pour faire notre première randonnée, et pas n’importe laquelle : celle qui mène jusqu’au pied du Fitz Roy et de son lac, Lago de los Tres.

A la Laguna Capri sur le chemin, je revois ces arbres penches par le vent, au tronc noueux et aux toutes petites feuilles. On dirait des bonsaïs géants, et moi je me sens grande a cote.
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Le soleil tape et il est dangereux ici car apparemment on est au dessous d’un trou dans la couche d’ozone. Meme apres trois mois j’arrive encore a prendre des couleurs. Mais y a un bon vent, qui a aussi l’immense avantage s’éloigner tous les taons. Et ça c’est carrément génial, vous ne vous rendez meme pas compte.

On marche on discute et on marche, je pratique mon espagnol au grand air c’est parfait. Je pratique mon anglais aussi avec Chantale qui me dit a un moment « Eloise ? Tu parles espagnol la ». Ça me fait rire et plaisir de voir que l’espagnol est devenu plus automatique que l’anglais.
Au bout de 8km, on se sépare : Paolo et moi partons pour les 2 derniers kilomètres en bonne montée, tandis que Chantale et Pau se sentent plus de continuer tranquillement jusqu’a une rivière.
La fin de cette rando est annoncée de difficulté +++, mais tout compte fait ce n’est pas si hardcore. En y allant lentement ça passe. En chemin on croise le couple de chiliens rencontres a la frontière, puis un ami de Paolo, puis mes 2 français bretons. L’autoroute quoi.
Une fois en haut, ah non on découvre que ce n’est pas fini, un dernier effort a faire.
Puis c’est la bouche qui s’ouvre devant la proximité avec les aiguilles rocheuses et le lac a leurs pieds. Lac agité par les vagues, le vent souffle encore plus en haut. Ça me fait beaucoup penser au Cerro Castillo, avec plus de gens autour. Et le bleu n’est pas pareil, forcément.
On se cale contre des cailloux. Je chausse mes lunettes de soleil, enfile mon bonnet (que j’ai vraiment bien fait d’acheter en route) et mon kway pour me protéger un peu du vent et du sable qui vole. On reste la une heure sans parler, chacun dans nos pensées.

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Après une autre journee de repos, je pars avec juste Paolo pour aller observer le lac Torre du Mont Torre de plus près. Lui, il est deja allé la veille mais il n’a pas pu voir le Cerro Torre a cause des nuages alors il y retourne avec moi. Manque de chance, encore plus de nuages aujourd’hui. On mange pain et pâte au bord du lac, en plein vent.

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Paolo, ou ce qu’il en reste

Puis on marche un peu sur la moraine aux abords du lac pour s’approcher encore un peu plus.P1040552Il y a un vent a décorner les bœufs. J’entendais presque Golgoth gueuler des injures a la Horde du Contrevent, en train de contrer un furvent. Lors d’une rafale (hehe) encore plus forte que les autres, je tente un truc dont je rêve depuis longtemps : me laisser tomber en avant pour voir si le vent me rattrape. Désolée pour ceux qui voulaient une gamelle, mais ça a marche quelques secondes ! J’etais trop huhu !
De retour a l’auberge, j’ai du troquer le dortoir de 6 contre une minuscule chambre de trois. Normalement ça rend les rencontres plus faciles. Celle ci est différente des rencontres faites jusque la :
Elle, entrant dans la chambre : « Hola, tu parles castellano ? » (enfin, castechano avec l’accent)
Moi, fière : Oui
Elle : Tu veux pas faire sécher ton linge ailleurs, il y a une sale odeur dans la chambre depuis que tu es la.
Moi : …

Pour le dernier jour, je suis allee marcher toute seule jusqu’au mirador Loma del Pliegue, la colline du pli. Chemin moins fréquenté que les autres, et toujours du vent mais juste comme il faut.

P1040572La derniere demi-heure consiste a une petite grimpette sur couche instable de cailloux, posés sur un fond de tuiles minuscules qui partent en morceaux. L’effort en vaut la peine.

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Ne reste plus qu’a monter la petite colline a gauche

Je suis plus stupefaite que la veille, surement parce que c’est un paysage nouveau, que je n’ai pas deja vu 20x sur des brochures. Pourtant le Cerro Torre fait toujours son timide, et le temps n’est pas magnifique. Mais c’est l’ambiance, paisible et majestueuse.

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P1040591 Je discute avec un espagnol, quand un bruit bizarre nous interromp. ca s’approche rapidement, on scrute les environs, mais toujours rien. Et la, oh ! Je vois : des cailloux qui tapent les uns contre les autres sous l’effet d’une mini tornade qui passe a 5m de nous !

Puis l’espagnol m’apprend qu’hier un américain, de l’Alaska est mort, sur la rando pres du Fitz Roy. Il a voulu traverser une riviere, a glissé et s’est retrouvé coincé entre deux gigantesques rochers. Et sa femme était la, a quelques mètres de lui. Encore une fois je me dis que c’est tellement facile de mourir. Et puis ca fait encore plus bizarre parce que c’est tellement touristique ici, qu’on ne se dit pas que les accidents arrivent quand meme.

Je me suis remise a gamberger un peu, parce que ca me prend de temps en temps maintenant, jusqu’a ce qu’encore un de ces faucons vienne tournoyer autour de nous, cherchant sans doute des restes de nourriture. J’aurais préféré montrer une photo en plein vol, c’est trop classe, mais j’y arrive jamais. Mais pour mon frérot :

P1040602Le soir je suis allée faire un tour au camping de Paolo oú ils faisaient un « cordero al palo », une facon typique argentine de cuisiner l’agneau.

P1040614Il ne faut pas etre pressé, ca prend environ 2h par coté a cuire.

 

Petite marche du Chili a l’Argentine

Lundi matin, 2 février pour resituer les dates, nous y voilà. A 8h le bus part, pour effectuer les 7 derniers kilomètres de la Carretera Australe.
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J’aurais pu aller d’Esquel a El Chalten en 1 nuit de bus, au lieu de ça j’ai mis 1 mois pile poil a parcourir environ 1800kms avec mes quelques détours.

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La carte de la région qui m’a accompagnée pendant le mois (en toute logique j’aurais du la présenter au début)

Je suis un peu triste, elle était spéciale cette région XI d’Aysen. Une région oú on prend son temps, oú les touristes sont peu nombreux, ce qui fait qu’on les croise régulièrement, une region a la fois magnifique et un peu coupée du monde, oú on se sent privilégie d’en profiter. Et une region oú j’ai eu quasiment tout le temps une chambre privative, le grand luxe. Bientôt ça sera le retour aux dortoirs remplis et aux nuits perturbées par les bruits divers.

Un peu méditative donc pendant les trois heures de bateau. On est quelques pèquenots a débarquer a Candelario Mancilla. Si le bateau est plein, c’est qu’il continue ensuite en excursion au pied d’un glacier. Paolo l’italien va jusqu’au glacier et revient ensuite, ce qui fait qu’il entamera la route a 17h au lieu d’11h30 pour nous. Mais Pau l’espagnol me dit que c’est une flèche, il nous rattrapera. Quant a l’autrichien, il dormira a l’auberge, parce que « pour un gars c’est plus dur de se faire offrir une place en tente ». N’empêche qu’il n’a pas pensé a demander.
Je hisse mon sac sur mon dos. Ce qui est drôle, c’est que la seule fois oú je dois marcher longtemps avec, il est plus lourd que d’habitude car j’ai de la nourriture pour 2 jours et 2L d’eau. Je prévois de remplir mes bouteilles avec les rivières que je croiserai. Mais bon ça va, ça reste léger et au final je n’ai meme pas senti mon sac. Je marchais lentement, faisant des pauses avec Pau qui galerait un peu avec son vélo et ses 4 sacoches.
A 17h, nous croisons deux panneaux nous indiquant qu’on sort du Chili et entrons en Argentine. Et on s’arrête la juste après, sur un bon spot pour planter la tente.
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On est bientôt rejoints par un vieux danois, Peter. Il a une barbe avec des élastiques, un bandana bleu pétant, et un vélo avec une petite remorque derrière. Il a l’air un peu fou, mais il n’est pas méchant. Puis c’est Paolo qui arrive. Il a fait en 2h ce qu’on a fait en 5h, en effet il est rapide !

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Paolo l’italien et Pau l’espagnol

On se fait a manger et puis au dodo a 22h. Juste a ce moment la, un couple de chiliens arrive, Benjamin et Nicole, que je serai amenée a croiser plus tard a de multiples reprises.

Je choisis la tente de Paolo parce qu’apparemment Pau ronfle. Paolo me prête un sac a viande pour mettre dans mon petit sac de couchage et gagner 8 degrés, et Pau me file son matelas pour que je sois isolée du froid du sol. Oui, je suis chouchoutée et ok, j’aurais sûrement pas eu autant d’attentions si j’avais été un mec.
A 22h05, Paolo dort deja. Et il ronfle, erf. Moi, je n’arrive pas a dormir, et puis j’ai froid. Jusqu’à 00h30, j’enfile au fur et a mesure tout ce que j’ai : un pantalon par dessus mon short, puis mon écharpe, puis un sous pull manches longues, puis mon pull, puis mon bonnet. La je commence a avoir moins froid et m’endors pour une heure. Et mince, j’ai les pieds congelés. Je tourne en rond. Puis a 3h je me lève pour aller voir les étoiles et marcher un peu pour ne pas perdre mes pieds. Je m’attends a voir une infinité d’étoiles car pas de nuages et on est vraiment au milieu de nulle part, mais j’avais oublie la lune, quasi pleine, qui illumine le ciel.
Je me rendors un petit peu, puis a 5h J’écris sur mon téléphone, ecoute de la musique, réfléchis a des tas de choses, regonfle le matelas. Puis j’enroule les deux derniers tee-shirts qu’il me reste autour de mes pieds, ce qui me permet de dormir 30mn de plus. Quelle nuit de folie. Je me souviens pourquoi je n’aime pas le camping.

Paolo se réveille et sort de la tente a 6h30, en forme. Moi je reste a l’intérieur jusqu’à 8h30, froid de dingue pas question que je lâche mon sac de couchage. Puis un argument me fait céder : les gars ont fait un feu. Avec un thé chaud en plus, et le soleil qui passe la montagne a 9h30, ça y est ça va mieux, et mes pieds sont sauves. Paolo a un GPS qui fait aussi thermomètre, et a 7h il faisait 2 degrés et les feuilles des arbres étaient gelées. J’ai beau etre frileuse, la c’était justifie quand meme.

On part a 10h pour les 7 derniers kilomètres. On est laaaarges. J’essaye le vélo de Pau quelques minutes histoire de voir a quel point c’est difficile. Et bien meme avec 25kg de bagages, ça avance tout seul ! Je suis un peu moins impressionnée de leur performance du coup. Bon, un petit peu quand meme, je pense qu’au bout de 15mn je serai fatiguée, et on ne parle meme pas des bras quand il faut pousser le vélo.
Et ok je me suis vautrée mais c’est parce que dans les chemins étroits les sacoches tapent partout. Ah et ils ont donne un nom a leur compagnon de voyage : la Poderosa (la puissante, comme la moto du Che quand il avait entrepris son voyage le long de la Cordillère), et j’ai oublie l’autre aha.

Maintenant le chemin est étroit, serpente a travers une jolie forêt qui laisse passer la lumière.
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Pour les cyclistes c’est beaucoup plus dur car il y a des racines d’arbres, des grosses pierres et plein de petits ruisseaux a traverser en équilibre sur des troncs d’arbres, ils doivent souvent descendre et pousser leur vélo.
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La première fois j’hesite, je me dis que je vais tomber c’est oblige. Puis je me dis que quand meme si j’ai réussi en septembre a parcourir toute une slack Line de 5cm de large, je devrais bien etre capable de marcher sur des troncs d’arbre.
En arrivant au Lago del Desierto, ça diffère de l’image désertique qu’on en avait. Un joli lac avec un ponton et le bateau des gendarmes de la douane. entoure d’arbres, et au fond le Mont Fitz Roy, le grand le fameux.
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Ils sont trois douaniers a vivre ici par période d’un mois, avec une vue magnifique mais coupes du monde. On discute avec eux, de leur vie ici, et j’ai du mal a me souvenir que ça y est je suis en Argentine. On se fait un baby-foot France-Espagne contre Autriche-Italie. On les a écrases. Puis babyfoot avec une règle en plus ajoutée par moi meme (parce que je perdais un peu beaucoup) : celui qui tue un taon marque un point en plus.
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Puis c’est l’heure du bateau. De l’autre cote du lac, ça y est la vie est différente. Deja ici les touristes et les voitures affluent, j’avais perdu l’habitude de voir autant de monde. Les deux garçons s’elancent a vélo pour les 40kms de route tandis que j’attends le bus avec Otto l’autrichien. La route est belle, ça promet ! On dépasse les cyclistes a peine 5mn avant la ville, ils ont été rapides !
Une fois en ville, je me rends tout de suite compte que cette ville a été créée pour le tourisme. Des randonneurs partout.
Bienvenue a la civilisation.

Villa O’Higgins, la fin d’une route

Dans ce bus rempli a destination de la dernière ville de la Carretera Australe, je n’arrive toujours pas a apprécier le paysage. 4h de route sans ceinture de sécurité, ça m’a entaillée le moral pour la journee a flipper a chaque virage.
Ariela la propriétaire de l’auberge est super sympa, et ses filles m’offrent une petite gourmandise en guise de bienvenue, ca me remonte legerement le moral.
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A Villa O’Higgins, j’ai quelques petites balades au programme. Avec en main un mini bout de papier avec les gribouillis du gars de l’office du tourisme pour me guider, je me dirige résolument vers le glacier submarino. Le temps n’est pas vraiment au rendez-vous, mais peu importe.
Je fais comme on m’a dit, et arrive comme indique devant une maison ou deux chiens viennent m’aboyer dans les oreilles. Le vieux monsieur qui habite la sort de sa maison et m’accompagne 10mn pour me montrer le chemin a suivre ensuite. Les chiens comme d’hab sont marrants : ils sont presque la a te mordre les jambes et la seconde d’après ils gambadent a tes cotes comme si tu les connaissais depuis perpet. Le vieux me dit ensuite « tu vas par la, les chiens vont y aller avec toi ». Bon, « par la » n’est pas facile a trouver, mais je compte bien sur les cabots pour me guider. On a donc marche 2h ensemble, jusqu’à ce que je me rende compte qu’en fait ils ne savaient pas plus que moi par ou passer. Aucun semblant de sentier dans la forêt, obligée de se baisser, contorsionner, escalader des tas de trucs, s’ecorcher sur les innombrables buissons épineux : j’en peux plus moi. Enfin eux n’ont pas l’air plus fatigues que ça, les enfoires.
Je me dis que je pourrais continuer a errer éternellement dans cette forêt flippante jusqu’à trouver le glacier, ou bien rebrousser chemin. Après tout les indications pour arriver au glacier sont simples : « dans la forêt tu essayes d’aller la ou tu penses qu’il y a un chemin, meme s’il n’y en a pas, et ensuite dans tous les cas il faut monter ».
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J’ai rebrousse chemin. J’etais pas mécontente d’avoir les chiens avec moi mine de rien.
Ils m’ont encore précédée/suivie jusqu’en bas, et m’ont escortée quasi jusqu’à la porte de mon auberge, des bons gars. Un bel échec cette rando !

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Mes potes de balade, x et y (ils n’ont pas voulu me donner leur nom)

Le lendemain matin mon humeur est de nouveau en bas, les montagnes russes ces temps ci. Enfin elle suit pas mal la météo aussi. Après une journee a grommeler, je sors tout de meme prendre l’air. Je vais faire un sentier FACILE et bien indique : celui de la bandera, c’est a dire qui va jusqu’au drapeau chilien la en haut de la montagne.
C’est un peu fatiguant comme chemin, mais au moins je ne me perds pas, et c’est court.
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Je suis tranquille ici sans personne, et comme il est 20h je me dis que je pourrais attendre jusqu’au coucher de soleil, tard en Patagonie. Je me cale confortablement contre des cailloux, un peu a l’abri du vent.

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Les arbres penchés par le vent

  Un peu plus tard, je me souviens que dans mon kit survie j’ai une petite couverture de survie. Je me dis que c’est l’occasion de l’essayer. Et ben c’est sacrement bien plie comme machin, je pensais pas qu’elle était aussi grande ! Je me suis enroulée dedans, et j’ai continue a attendre patiemment. Et verdict, pour 50g, peu de place, et 5€ chez Décathlon, c’est pas mal efficace, j’aurais pas pense.

Le soleil s’est cache petit a petit derrière une montagne, laissant un peu trainer ses rayons par ci par la dans la vallée.
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Vers 21h30 j’ai attaque la descente en trottinant avant qu’il ne fasse trop nuit. Et bien a 22h avec la lune bien visible pas de problème en zone découverte, par contre dans les parties boisées j’ai termine avec la lampe frontale, histoire de ne pas me gameller juste avant la fin.
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Pour mon dernier jour j’aurai pu partir marcher de l’autre cote, mais la flemme, une mini marche digestive ce sera. Autant que je garde mes forces pour la suite.
Car le lundi matin je pars de bonne heure pour traverser a coup de bateaux, bus et pieds la frontière. Aucune route carrossable. Heureusement que maintenant je sais qu’il faut s’y prendre tôt et que j’ai réserve ma place de bateau. Car le billet se paye uniquement le dimanche soir, et nombreuses sont les personnes qui apprennent que c’est complet et qu’il faudra attendre jusqu’au mercredi.
Je retrouve ici deux cyclistes rencontres a Caleta Tortel, et Otto l’ autrichien a qui j’ai parle l’autre jour en faisant la resa.
On discute car l’attente est longue – il faut imprimer les billets et payer tout de meme – et on partage nos plans pour traverser la frontière.
Avec les infos recueillies jusque la, mes possibilites sont les suivantes :
– prendre le bus puis le bateau qui arrive vers 11h15 a Candelario Mancilla, passer la douane sortie du Chili, marcher 22kms, entrer en Argentine et prendre le dernier bateau sur le Lago Desierto a 17h pour traverser le deuxième lac, suivi d’un autre bus pour rejoindre la ville d’El Chalten. Le truc, c’est que 22kms en 5h30 max avec une dizaine de kilos sur le dos, je n’y crois qu’a moitié.
– ou attendre a la sortie du premier bateau dans un refuge, a priori une simple cabane pour s’abriter (dur de savoir ce que c’est vraiment) puis me lever tôt le lendemain matin pour m’enfiler d’une traite les 22kms.

Alors que j’attends mon tour j’apprends deux nouvelles choses : il y aurait bien une auberge de jeunesse a la sortie du premier bateau a Candelario Mancilla, et de toute façon pas de 2ème bateau le lundi. Bon donc le choix est encore plus simple, je suis obligée de faire ça sur deux jours.
Mais nouvelle opportunité : les deux cyclistes, Pau l’espagnol et Paolo l’italien ont tous les deux une tente et m’offrent généreusement une place. Parfait, ça me coupera les 22kms, j’accepte avec joie.

Le soir alors que je sors juste pour voir si la proprio est dehors, je me retrouve scotchée par le ciel, j’en avais encore jamais vu un comme ça !
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Caleta Tortel

Arrivée a Cochrane, rien envie de faire, mon moral est retombé a zéro. J’achete un billet de bus pour repartir directement le matin suivant.

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La maison maté

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Il ne me reste plus que deux étapes dans cette magnifique région d’Aysen sur la carretera australe : Caleta Tortel, et Villa O’Higgins.

A Caleta Tortel, je n’attendais rien d’extraordinaire car ce village de 500 habitants est surtout connu pour une chose : son absence de rues, remplacées par des passerelles en bois. La, les fidèles lecteurs s’exclament alors aussitôt : « Comme a Puerto Gaviota ! ».
Et en effet, Caleta Tortel c’est un peu Puerto Gaviota en plus grand, un peu plus pimpant, et un peu plus vivant aussi.

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Université

P1040385Les passerelles sont en cyprès, il y a quelques commerces, des petits restos, plusieurs hospedajes ou dormir.
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Et le must du must : Caleta Tortel est accessible par bateau évidemment, mais aussi par avion, et meme par la route depuis 2003 !

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Pour ma part, j’ai decide de m’y arreter pour trois raisons. Petit 1, j’aime bien couper les journées de route. Surtout maintenant que j’ai peur a chaque virage, ça fait beaucoup d’émotions. Petit 2 : il y a deux glaciers accessibles en bateau pas loin. Petit 3 : a proximité il y a aussi l’Isla de los Muertos, ou l’île des morts, c’est un nom qui m’attire.

Maaais ce n’est pas si simple que ça d’aller voir les choses pour lesquelles on est venue.
Une difficulté a laquelle je me suis deja heurtée en voyageant seule, c’est que j’ai beau avoir une carrure imposante, je ne fais pas un groupe a moi toute seule.
Et pour les excursions, le système c’est un prix total, a diviser par le nombre de personnes présentes. Et donc pour les glaciers, euh, il faudra repasser avec plein d’amis. Et pour l’île des morts, j’ai essuyé deux échecs et une aprem a patienter avant de pouvoir enfin embarquer sur un bateau a moteur en compagnie de 3 jeunes acteurs de theatre de Santiago, et un autre couple de Santiago.

Après 1h froide de bateau, nous débarquons sur l’île.

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P1040306On lit les panneaux explicatifs. Chaque histoire sur l’île diffère. Ce qui est sur c’est qu’en 1905, environ 200 travailleurs chiloteens (de l’île de Chiloe, la plus grande ile du Chili) ont été envoyés par une compagnie sur cette ile deserte jusque la. Le but de leur présence était selon les chroniques historiques, d’ouvrir une voie a travers forêt et monts qui irait du Pacifique et quasiment jusqu’à la frontière Argentine, pour faciliter le transport et l’exportation de laine et de viande depuis des régions plus au nord de l’Argentine.
A partir de la les hypothèses divergent. La plus plausible raconte qu’en 1906, une épidémie de scorbut a décime 120 des 200 travailleurs. La cause initiale serait le naufrage du bateau devant les approvisionner en aliments frais et objets de premiere necessite. Ajouté au travail difficile et aux conditions extremes de vie sur l’ile, la maladie s’est vite propagee parmi eux.
Les victimes furent enterres le plus simplement possible, des croix sans noms ni date marquant l’emplacement des tombes.
En octobre 1906, un autre bateau est enfin arrive pour secourir les survivants. Dont la plupart moururent lors de la traversée du retour, etant trop malades pour recouvrer la santé.
De nombreuses autres théories existant, le mystère reste entier.

Aujourd’hui on peut observer 33 croix restantes dans le cimetière, les autres ayant disparu peu a peu au cours du siècle a cause des différentes crues du fleuve Baker.
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Je m’attendais a trouver aussi un reste de village, quelque chose, du coup meme si l’histoire mystérieuse attise forcément la curiosité, je suis restée sur ma faim.

En fin de journee après une petite sieste, j’ai réussi a me motiver pour une petite marche. Et ben c’était une petite marche avec pleins de petites marches. Mieux vaut ne pas etre handicape ici.
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J’etais super fatiguée alors que ce n’était pas si dur que ça. J’ai été d’autant plus contente d’arriver en haut. Surtout que c’était plus joli que ce a quoi je m’attendais.
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Le prochain bus pour Villa O’Higgins etant encore 2 jours plus tard, je me décide a quitter le village des le matin suivant. Il me faut débusquer au plus tard a 9h30 une voiture pour m’emmener jusqu’au croisement 25kms plus loin pour pouvoir attraper le bus qui vient de Cochrane et va a Villa O’Higgins.
Je suis a 8h tapantes dehors pour découvrir que ça y est c’est aujourd’hui que le soleil a décide de revenir, et aussi que s’il faisait si froid dans la chambre cette nuit, c’est qu’il doit faire environ 5 degrés dehors.
Il n’y a deja pas foule au village, des voitures qui partent encore moins, a 8h encore moins que moins. En 45mn seulement une voiture, qui a deja pris un autre auto-stoppeur. Heureusement, j’entends des claquements de portière et me pointe l’air de rien pour voir que c’est le vieux couple qui était dans la chambre adjacente qui s’en va. Grace a mon charme légendaire et mon parfait espagnol, ils m’embarquent avec eux.
Une fois au croisement de routes, j’ai pu compter facilement les voitures. Jusqu’à ce que le bus arrive, seulement 3 autres voitures auraient été susceptibles de me déposer ici, et une seule venant de l’opposé a continue dans la bonne direction.
Pendant l’heure et demie a attendre le bus, j’ai eu la chance de faire une rencontre surprenante qui m’a rendue toute contente. Alors qu’un nuage de moucherons me tournait au dessus de la tete (promis je m’étais lavée depuis moins d’une semaine), j’apercois sur l’abribus une ombre plus grande qu’une libellule mais plus petite qu’un condor au dessus de ma tete. Je reste immobile. L’ombre est accompagnée d’un bruissement étrange. La chose se déplace sacrement vite, par saccades, et fait du surplace. Une idée ?
Et bien quand il s’est retrouve a 50cm de moi pile en face, j’ai été ébahie de voir un colibri ! Tout petit tout mignon a faire du surplace et a battre des ailes a une allure incroyable !
Il est vite parti, mais je suis restée immobile, je n’avais pas grand chose d’autre a faire de toute façon.
Il est revenu deux fois, et j’ai réussi a prendre une petite photo, sans bouger en attendant qu’il vienne en face de l’objectif. On ne voit pas ses ailes tellement elles vont vite.
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Bien sur je n’ai pas oublie le bus. Qui était plein. Mais une fois de plus, grace a mon charme légendaire et mon parfait espagnol, on a réussi a me  trouver une petite place, ouf.