Etape 2 : VTT / Etape 3 : Piste cyclable de luxe

Jour 2 :
7h45 : Je remercie Sylvie encore une fois pour sa gentillesse et entame les premiers coups de pédale de la journée juste quand il se met à pleuvoir.
7h50 : Bon, on va mettre le surpantalon de pluie, un kway par dessus le coupe-vent et le sur-sac anti-pluie parce que ça tombe bien.
8h00 : Je rejoins le « canal latéral à la Loire » que j’ai décidé de prendre parce que ça réduit drastiquement les risques de me perdre étant donné que c’est toujours tout droit jusqu’à Digoin et qu’ensuite il faut juste changer de canal et continuer tout droit.
8h05 : Ah ouais, mais fausse bonne idée. Ce n’est pas une piste cyclable goudronnée, mais un chemin en terre le long du canal, avec des cailloux, des trous, de la pluie et donc de la BOUE.
8h15 : J’ai mal aux fesses.
8h30 : Et j’ai les pieds mouillés.
8h45 : Et le chemin est difficile. Mais au moins il ne pleut plus. Et j’ai de la brioche pralinée dans mon sac.

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10h00 : Je m’en vais tenter ma chance sur une route NORMALE, parce que là je n’avance pas, je n’arriverai jamais au bout ! Et tant pis si je me perds !
10h30 : Ah tiens, la route s’arrête et la route à droite ne va pas où je veux aller, et celle à gauche non plus. On va aller à droite, je le sens bien.
10h35 : Non en fait je le sens pas, demi-tour toute !
10h40 : Il suffisait de faire 100m à gauche pour retrouver la bonne route. *blasée*
12h30 : Embranchement de Digoin ! Pause sandwich puis petite sieste au soleil dans l’herbe à côté du canal. Héhé.
13h30 : Wouaaah les jambes ne sont pas contentes de repartir ! Le gros sac sur le dos m’appuie trop sur les genoux et les fesses, normal que je souffre autant. Je trouve une alternative en faisant reposer l’essentiel du poids du sac que je porte sur le sac accroché derrière. ça tire sur les épaules mais c’est un peu mieux quand même. Et c’est une vraie piste cyclable, c’est confortable ! J’en profite pour enlever mon casque et mon bonnet qui sont scotchés à mon crâne depuis le début. Aaaah les cheveux dans le vent, quel bonheur !
15h00 : Après avoir dépassé 3 retraités à vélo (ça me donne l’impression grisante d’aller supra-vite), je me rends compte un peu plus tard que l’un d’eux m’appelle de loin, en plein sprint. Il arrive haletant et près de la crise cardiaque. Il brandit avec fierté un gant rouge en me disant « vous avez perdu ça ! ». Je rigole doucement. Je n’ai pas de gants rouges. Je me dis que j’aurais du le remercier chaleureusement et partir avec, mais c’était juste trop drôle. Le pauvre.
15h30 : La piste cyclable s’est terminée, alors je me perds pour un court instant. Va pas falloir que je traîne si je veux arriver avant la nuit !
16h00 : Les 20 derniers kilomètres sont atrocement longs, et je ne me sens vraiment pas à l’aise sur les routes avec beaucoup de passages et des voitures qui me frôlent parfois un peu trop à mon goût. Je mange une moitié de tablette de chocolat pour me donner du courage.
17h30 : Ouiii j’arrive chez ma toute petite couchsurfeuse de ce soir ! C’était dur comme journée !

Cette fois ce n’est pas une maison avec étage mais un petit appartement cosy avec deux chattes dont une obèse qui aime lécher les emballages en plastique et qui est aussi très câline. Marie est généreuse et m’offre un repas de luxe : en entrée, du foie gras fait maison au gingembre et cointreau absolument merveilleux avec salade et petits dés de saumon, et en plat des crevettes au curry avec du riz. Décidément, les gens se mettent en quatre pour moi !
Elle a la particularité de faire de la couture (ce qui est assez rare chez les jeunes quand même) et de se définir comme « ancienne lesbienne » (qu’on ne croise pas tous les jours non plus). On parle en même temps que j’essaye de faire mon itinéraire du lendemain et de répondre aux sms de tous ceux qui s’inquiètent pour moi, puis je pars dormir pas trop tard tandis qu’elle reste regarder une série jusqu’au milieu de la nuit.

Jour 3 :
7h45 : Je n’ai pas très bien dormi mais c’est parti, je déborde d’énergie !!
9h00 : Tout se passe bien, j’ai profité du lever du soleil sur la paisible campagne française. J’entre dans la Nièvre, passe la petite ville de Dornes, et à sa sortie, en quelques mètres seulement, je me retrouve avec au moins 5°C de moins, un petit vent glacial et de la brume qui flotte à quelques centimètres au dessus des champs.
9h30 : Avec la lumière du matin, les couleurs paraissent parfois photoshopées : le vert des herbes et le marron de la terre sont très intenses. Je me demande combien de races de vaches différentes j’ai déjà croisées. Il y a aussi beaucoup d’oiseaux, et plein de buses, mais je ne m’attarde pas à les regarder par peur de quitter la route encore une fois. Le seul inconvénient, c’est que dès qu’il y a une montée le plateau 1 ne veut vraiment pas passer, et ça me complique un peu la tâche.
10h : Je rejoins un canal qui devrait me conduire tout droit jusqu’à Nevers. Quel calme.
12h : Je retrouve Audrey, une amie de la fac de Clermont, ça fait déjà quelques années qu’on ne s’est pas vues, ça me fait plaisir de voir une tête connue ! J’abandonne mon vélo là et elle m’emmène chez elle en voiture, où on mange avec ses parents et son frère, tous gentils et qui me nourrissent bien. Son père a un très beau vélo de route dans son garage, il me dit que s’il ne travaillait pas cet après-midi, il m’aurait accompagnée pour une trentaine de kilomètres.
14h : Audrey m’a emmenée avec mon vélo jusqu’au début de la prochaine piste cyclable, parce qu’ils avaient vraiment tous peur que je ne la trouve pas (je ne vois pas pourquoi…) et que la route n’est vraiment pas agréable.
15h : C’est de la piste cyclable de luxe, j’avance trop vite ! Par contre le sang ne circule plus très bien dans mes mains à force de serrer le guidon, j’ai les doigts engourdis, et mal au dos. Je me dis qu’il faudrait que j’avance la selle. Sauf qu’elle est déjà à fond. Alors je fais une mini-sieste même si le temps presse.

La Charité sur Loire
16h
: Poneys, poneys everywhere. J’hésite à laisser là mon vélo et à continuer sur un poney.

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17h
: J’arrive à Sancerre mais ne trouve pas la suite de la piste cyclable. Après un petit tour, je demande mon chemin à un couple de petits vieux assis dans leur voiture.
– Lui : Alors vous prenez là à droite et ensuite tout droit jusqu’à la grande route…
– Elle : Mais non faut pas la faire passer par là ! Faut qu’elle aille vers le canal, c’est beaucoup mieux !
– Lui : Mais non c’est plus compliqué, elle va se perdre. Et puis il n’y a pas de camions aujourd’hui.
– Elle : Ah bon il n’y a pas de camions ! Et pourquoi il n’y aurait pas de camions aujourd’hui ?
– Moi : … Hum, bon je vais prendre à droite et ensuite tout droit jusqu’à la grande route hein, le soleil se couche là faut vraiment pas que je tarde, merci !

17h15 : Au final j’ai trouvé la grande route, et j’ai trouvé aussi le chemin le long du canal 🙂 Je pédale pendant un bon moment sans croiser de panneau qui m’indique la distance jusqu’à Cosne-Cours sur Loire. Je me dis que ça doit faire 10kms, j’y serai rapidement. Ah enfin, un panneau ! Plus que 3kms ! Pas le temps de profiter du très beau coucher de soleil qui est dans mon dos, dommage.

P108033817h30 : Il fait bien sombre, ça va que c’est une piste cyclable et que ma lampe frontale éclaire suffisamment. Je devrais arriver d’une minute à l’autre !
17h31 : Un panneau ! QUOI ??!! Cosne : 5.5kms ??!! Bon ben allez on se dépêche on pédale fort !
17h45 : Enfin j’arrive dans la petite ville de nuit et textote Alex, mon couchsurfeur du soir dont je n’ai pas l’adresse.

Il vient me chercher à pieds et je descends donc de mon vélo. J’en profite pour faire tomber mon sac avec l’ordi une énième fois. Si je le casse le 5ème jour je serai agacée de l’avoir trimballé tout ce temps c’est sûr !
Alex habite au dernier étage d’un petit immeuble, dans un petit studio incroyablement bordélique, et pas très propre. Ce n’est que pour une nuit, peu importe, et puis c’est sympa de sa part de m’avoir acceptée au dernier moment (je lui ai écris la veille au soir). J’essaye de faire la discussion mais il n’est vraiment pas bavard. Soit il ne répond pas, soit il répond 10mn plus tard, soit il répond autre chose. La soirée va être longue. Il part faire quelques courses, j’en profite pour me doucher.
Il me file une part de pizza trop bonne achetée à la boulangerie, et j’essaye d’en apprendre un peu plus sur lui. Il travaille dans les vignes et il va démissionner. Voilà. Lui, ne croit pas que j’ai fait 120kms dans la journée et que je refais ça demain. Ensuite on sort 10mn pour qu’il me montre les éclairages de Noël sur la mairie, et nous revoilà dans l’appart à ne rien dire. Il allume la télé : un reportage animalier, ouiii 🙂 A 21h, il annonce qu’il est fatigué, il va bientôt dormir. Bon et bien tant mieux.

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Quelques coups de pédale

Dans le dernier article qui date de mai, je disais que je voudrais aussi visiter la France. On peut dire que cette petite aventure cycliste était une tentative. Tentative parce que c’était en mode supra-rapide et que ce n’était vraiment pas du tourisme.

Mais d’abord, posons le contexte.

J’étais en train de terminer mon semestre de cours à St Etienne et j’allais remonter mes affaires en voiture une semaine avant la fin de mes cours. En septembre j’avais acheté un vélo sur le bon coin pour aller à la fac, ce que j’ai fait assidument pendant 4 mois (25mn de montée le matin et 15mn de descente le soir). Un détail me turlupinait : comment remonter mon vélo maintenant ? Il n’allait pas passer dans la voiture, je n’avais pas envie de le revendre, et le trimballer dans le train avec un changement à Paris m’ennuyait profondément. Et là, en réfléchissant du fond de mon lit dans le noir inspirateur de la nuit, une petite voix a dit « ben et ton vélo, il roule non ? T’as qu’à remonter en pédalant ! ». Et voilà, l’idée s’était posée et n’est pas repartie. Même si j’allais partir en décembre, que c’était un vélo d’occas avec un plateau 1 qui rechigne souvent à passer, que je n’ai pas de GPS et qu’il me restait quand même quelques affaires à remonter.

Etapes prévues : St Etienne – Roanne – Moulins – Cosne Cours sur Loire – Orléans – Rambouillet, soit environ 115kms par jour pendant 5 jours. Etant donné mes problèmes de genoux (c’est ça d’avoir marché pendant 6 mois, bien fait pour moi), je n’étais même pas sûre de pouvoir pédaler plus de deux heures, aussi je comptais sur la première journée pour étalonner la suite du périple.

Après avoir réglé quelques détails, fait une révision complète de mon vélo chez Décathlon qui m’a coutée plus chère que le prix de ma bécane, planifié bien comme il faut la première journée de trajet et la première nuit en couchsurfing, je suis partie le 20 décembre, dans la quiétude d’un dimanche matin au lever du soleil.
Avec moi : mon sac de 60L sur le porte-bagages, mon petit sac sur le dos, et ma feuille de route scotchée au guidon.

Jour 1 :
7h45 : Départ.
8h30 : Problème d’itinéraire : je n’avais pas prévu de me retrouver sur une 2×2 voies. Mh. Bon,  on va faire ça rapidement, pas grand monde à cette heure là.
9h : Petite route tranquille, le soleil se lève au dessus des collines et les oiseaux piaillent gentiment autour de moi. Je souris.
9h30 : Première ville : je me perds et ne trouve pas la route par laquelle je dois continuer.
9h45 : J’ai retrouvé la route, par contre le gros sac est trop lourd pour le porte-bagages qui est seulement fixé à la tige de selle : ça frotte sur la roue arrière. Erf. Je m’arrête et le sac tombe. Je prie le Saint de l’Electronique que mon PC portable reste vivant. J’essaye de remettre ça au mieux et repars.
9h55 : Non vraiment ça ne va pas le faire. Je prends le gros sac sur le dos et accroche le petit derrière.
10h00 : Oh, je vois dans mon ombre qu’une bretelle du sac derrière volette dans le vent. Je tente de remettre ça bien sans m’arrêter. Parfois je ne sais pas pourquoi, je me figure que je suis capable de faire deux choses en même temps. Je regarde la route asphaltée et la roue avant est déjà partie copiner avec la bande herbeuse à côté. Je me vautre royalement. Nouvelle prière au Saint de l’Electronique, au Saint de la Mécanique cycliste.  J’ai un genou bien écorché et un poignet pas très content, mais ça va. Le vélo a l’air pas trop mal, à part que j’ai cassé le phare avant. Je rigole toute seule de ma débilité profonde. Je re-re-remets mes affaires comme il faut et repars. Ah tiens c’est marrant, le guidon est de travers. J’essaye de le remettre (en m’arrêtant, OUI), mais j’ai beau forcer, il ne bouge pas. Bon tant pis, ça n’empêche pas de rouler.
12h : Pause repas dans le petit village bucolique de Boën-sur-Lignon.

12h45 : Je repars super en forme, avec 15mn d’avance sur mon planning.
13h : Erratum, je n’ai pas pris la bonne route, je repars dans l’autre sens et attrape la bonne direction.
15h30 : ça monte sacrément, mais le petit village en pierre de St Germain-Laval est vraiment mignon. Il y a même un petit château, et une vue sur le relief vallonné autour.

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17h : Arrivée à Roanne, pile à l’heure ! Youhou, j’ai fait plus de 100kms en vélo, je me dis que c’est possible que j’arrive au bout ! Je fais la rencontre de Sylvie qui va m’accueillir pour la nuit. C’est marrant parce que j’avais contacté Dagmar, une psy slovaque sur le site couchsurfing, mais comme elle ne pouvait pas pour cause de maison remplie (c’est ça de voyager à Noël), elle a demandé à une de ses amies de m’héberger, qui a accepté bien qu’elle n’ait jamais fait ça avant. Mais il paraît que j’ai une bonne tête et que Dagmar lui a dit de ne pas s’inquiéter.

Après une douche réparatrice, on discute autour d’une tarte aux pommes qu’elle a faite spécialement pour moi. Et Dagmar passe une heure pour me rencontrer et m’apporter une grosse praline, spécialité de Roanne. Oui, je suis gâtée ! Du coup je repartirai le lendemain avec les pâtisseries que j’avais achetées pour la remercier de son hospitalité + la praline + une mini-tarte aux pommes. On mange un repas entièrement végétarien pour lequel je ne râle même pas, et on papote encore. Elle travaille dans une entreprise qui fait des papillotes, alors elle en a des tas partout 🙂