Derniers coups de pédale : J4 et J5

Jour 4 :

01h05 : Alex mon hôte se relève et décide de lire, remplir des bouteilles d’eau, fouiller dans ses tiroirs…
05h17 : Alex a décidément beaucoup de choses à faire cette nuit, il n’arrête pas de me réveiller.
07h00 : Nuit horrible, j’ai peur de mon propre reflet dans le miroir.
07h10 : Alors que je fais mon sac, Alex me dit le plus sérieusement du monde « Je ne te crois pas. Tu ne viens pas de St Etienne, tu n’as pas fait 120kms hier et tu ne vas pas refaire la même chose aujourd’hui. Dis moi qui t’envoie. Si tu me le dis, tu peux rester dormir là ce soir et ne pas faire semblant que tu vas jusqu’à Orléans ». Et là je me mets à flipper grave. J’ai eu beau rencontrer des tas d’inconnus en France ou à l’étranger, faire du stop et voyager seule, c’est la première fois que j’ai véritablement peur de quelqu’un. Peut-être que la fatigue n’aide pas non plus, normalement je ne suis pas spécialement parano. Je me dis qu’au final personne ne sait que je suis là. Qu’hier soir il m’a demandé si j’avais de quoi me défendre si on m’attaquait.
Alors je boucle mon sac le plus rapidement possible en faisant attention à toujours garder mon hôte dans mon champ de vision. Tant pis pour les bouteilles d’eau à moitié vides, tant pis pour le ventre vide. Du coup il trouve ça encore plus suspicieux que je parte faire une journée de vélo sans manger, et surtout sans boire de café. Il me dit de rester encore un peu, il ne part que dans 30mn.
07h20 : Il fait nuit noire et me voilà enfin dehors avec mes lacets défaits et mes affaires en vrac sous le bras. J’ai insisté pour qu’il ne m’accompagne pas mais il m’a quand même suivie jusqu’en bas. Enfin, il remonte et je peux respirer un bon coup. Fiou.
07h30 : Je retrouve la piste cyclable dans le noir et commence ma journée d’une humeur maussade. Pour le petit déj j’engloutis une demi-tablette de chocolat.
08h : J’ai une idée pour régler mon problème de porte-bagages qui frotte contre la roue ! Puisqu’il se déforme vers le bas, si je le retourne, il ira vers le haut ! Ni une ni deux, je pose le vélo contre un poteau (il n’a pas de béquille) et je commence le démontage. Il fait encore sombre et évidemment je fais tomber la clé allen dans les herbes et la terre. Et les orties. Gnerf. Je ronchonne.
08h10 : Le système de fixation fait que ce n’est pas possible de le mettre à l’envers. Tout ça pour rien. Il y a tout de même un point positif : j’ai tellement bien resserré le porte-bagages que j’arrive à accrocher dessus le gros sac + l’ordi, youpi !
08h10 à 12h : Ronchon

P1080340

12h-12h30 : Repas rapide dans le froid à un carrefour de centre-ville.
12h30-15h : Ronchon
15h : Un regain d’espoir me traverse ! Je viens de voir un panneau qui annonce Olivet dans 35kms alors que la piste cyclable mettait Orléans à 50kms ! Je quitte donc la piste cyclable pour couper en espérant arriver chez mon amie Laura à Olivet (juste au sud d’Orléans) vers 17h30.
16h : Hier soir je n’ai pas pu faire mon itinéraire parce que je n’ai pas pu me connecter à internet chez Alex. Je vais à présent en subir les conséquences.
16h30 : Je dois être à quelques kilomètres d’Olivet. Je suis le panneau directionnel, jusqu’à tomber sur une interdiction de passage pour les vélos. Je prends la piste cyclable qui commence à côté et…qui fait demi-tour. Ma boussole interne me dit de prendre telle route qui dois bien retomber sur la première.
17h : Mh, je crois bien que j’ai fait des zigzags et que j’aurais du prendre une autre route. Bon, on va suivre les directions pour Orléans, je devrais bien retrouver Olivet un jour.
17h30 : Je suis à Orléans, perdue. Sans surprise, je ronchonne un peu. Je finis la tablette de chocolat et j’appelle ma sœur à la rescousse.
18h45 : A force de persévérance, envoi de plans et d’un itinéraire précis par texto, j’arrive enfin chez Laura !

Je suis tellement heureuse de dormir chez une amie ce soir ! Sa mère m’aide à faire mon plan de route pour le lendemain, ce qui est gentil compte tenu de mes capacités cognitives plus que réduites. On papote jusqu’à presque minuit, c’est dommage de passer en coup de vent mais cette soirée me remet de bonne humeur, exactement ce dont j’avais besoin avant d’attaquer le dernier jour !

Jour 5 :

07h : Ce matin j’ai un bon petit déj, un jus d’orange pressé frais et des sandwichs maisons, trop bien 🙂 Laura m’a dit que j’avais jusqu’à 11h pour changer d’avis car elle va justement à Paris en voiture et avec un porte-vélo, mais je persiste dans mon idée, je suis en pleine forme !
08h : Je profite encore une fois de ces petites routes de campagne calmes, de leurs odeurs et de leurs couleurs.
10h30 : Jusque là mes indications étaient très claires, pourtant je ne trouve pas la route qui va à Chaussy. Je m’engage sur une route très ventée, change d’avis et me retape le vent dans l’autre sens. Puis je trouve le petit bled suivant.
10h45 : Je demande mon chemin à un petit vieux car il y a une fourche sans aucune indication. Il ne connaît aucun des 5 prochains villages sur ma liste, mais quand je lui parle d’une petite ville il me dit « Ah oui alors il faut prendre à droite ».
10h46 : Je prends à droite. Une post-analyse google map à la maison m’indiquera que ça a été ici que tout s’est joué. Il fallait prendre à gauche.
12h : Tout va bien, je suis à Allainville, je fais ma petite pause sandwichs.

12h30 : En fait tout ne va pas bien, je suis à Allainville-en-Beauce alors que je devrais être à Allainville-aux-Bois. Quelle idée d’avoir presque les mêmes noms de bleds, j’avais juste noté Allainville sur mes indications ! Bon, mais j’ai encore largement le temps d’arriver à la maison avant la nuit, pas de panique.
12h45 : Tacatacatacatacatac. Ceci est le bruit de ma roue arrière. Crevaison. Toujours pas besoin de paniquer, j’ai avec moi pompe et rustines !
12h50 : « Eloïse se remémore avec beaucoup de flou une scène de quand elle était petite en Normandie ou son père lui avait montré comment trouver un trou sur une chambre à air et réparer une crevaison. »
13h : C’est donc en toute logique qu’elle colle avec fierté une rustine SUR le pneu.
13h05 : Ah mais en fait la pompe n’a pas l’embout adapté pour regonfler le pneu. ça va que je suis à l’entrée d’un petit village. Qui s’appelle Andonville, ce qui est très drôle étant donné que lorsque je travaillais dans le Lean, l’andon était le système à activer en cas de problème sur la ligne de production. Juste en face il y a une maison avec un Saint-Bernard et 3 voitures, dont une qui a une carte handicapée. A priori le chien ne sera pas très utile, par contre qui dit handicapé dit possiblement fauteuil roulant, possiblement pneus qui peuvent crever et donc pompe.
14h : Excellente pioche ! La dame blonde et son père étaient adorablement gentils, ils n’ont pas hésité à se salir les mains avec moi pour enlever la roue, coller la rustine sur la chambre à air et remonter le tout, tout ça un 24 décembre. Je les ai remerciés 10 fois, on s’est fait la bise et je suis repartie, tout en me disant qu’il était encore temps d’arriver à la maison avant la nuit.
15h : Il y a un vent terrible dès que je ne suis pas dans des villages, c’est à dire presque tout le temps. ça rend ma progression très difficile. Et puis j’ai perdue ma lampe arrière. (Rappelons que j’avais cassée la lampe avant le premier jour). Faut vraiment pas que je traine. Je crie de joie en apercevant le panneau qui indique Garancières en Beauce dans 5 kms et Ablis dans 10kms, ils sont sur ma feuille de route !!
15h15 : QUOI ! Garancières 3kms et Ablis 11kms ! Non non non je ne suis pas d’accord ! Puisque c’est comme ça je prends la route à gauche par laquelle Garancières n’est qu’à 2kms.
15h20 : Bouhouhouhou, le vent est abominable ! J’hésite à refaire demi-tour, et puis non. Je préfère pester en pédalant au ralenti.
15h30 : J’arrive enfin dans ce petit village. Je continue sur une route qui devrait me mener à Ablis. Et qui me conduit tout droit à Sainville, que je ne suis pas censée traverser. Aaaaaaah !
16h : J’ai trouvé Allainville-aux-Bois !!
16h30 : Le panneau devant lequel je m’esclaffe de désespoir :

P1080342Oui, je viens de Garancières, et je viens aussi de Sainville.

17h : Je mange mes clémentines et tente un autre chemin. Cette fois c’est sûr que je n’arriverai jamais chez moi à temps, mais je voudrais au moins m’en rapprocher le plus possible.
17h30 : Cette mare me rappelle quelque chose… OH NON ! J’hésite entre rire franchement et pleurer.
Il fait presque nuit. J’ai la dalle. Je n’ai vraiment aucune idée de la route qu’il faudrait prendre. Je m’assois dans l’herbe et me résous à appeler mes parents pour qu’ils viennent me chercher. Pendant que je démonte le vélo, je rigole de bon cœur : j’ai fait tellement de détours qu’au final j’ai largement dû faire les kilomètres qui me manquent jusqu’à la maison 🙂

A gauche : mes petits détours VS à droite : ce que j’aurais du faire pour réussir au moins à traverser les autoroutes. Je me suis perdue à 30kms de chez moi, après plus de 500 kms de trajet.

21

Bilan de cette excursion : Une semaine après être rentrée, je n’ai toujours pas retrouvé la sensibilité de quelques doigts. Par contre je suis très satisfaite des performances de mes jambes. Mon genou éraflé aura une nouvelle cicatrice. Mon père a remis mon guidon droit en deux secondes. J’ai découvert que j’ai un embout dans ma pompe qu’il faut retourner pour qu’il s’adapte à mes pneus. Que ces petits machins noirs avec les rustines servent à sortir le pneu de la roue en s’accrochant aux rayons.

Si c’était à refaire : j’achèterai une carte de France précise, même si ça doit peser un peu. Et JAMAIS je ne referais plusieurs jours de vélo avec un porte-bagages comme ça. Une selle avec un trou, ça aurait été cool. Et je voudrais faire du cyclotourisme plutôt que de courir toute la journée pour arriver avant la nuit, parce que finir à 17h30 ce n’est quand même pas super pratique. Les galères ont peu contribué à rendre ce voyage agréable. Je n’ai pas eu de grands moments d’émerveillement, mais tout de même des petits moments beaux et simples où j’ai pu profiter de ma liberté dans cette belle campagne française.

 

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