Un guépard sur un îlot romantique

Au petit matin donc, je range la voiture – je suis organisée maintenant, et très efficace – et entame la fin de cette route très reposante. Je franchis le grand pont, et ça y est, me voilà de retour sur l’île, la gigantesque. Au lieu de continuer sur la route principale, je bifurque sur une petite route, parfois à double voie, parfois non. C’est très calme, je traverse des bois et des villages qui semblent encore endormis et peu fréquentés. De manière surprenante, une (petite) ligne de chemin de fer suit la route.

Une petite escale est prévue à Plockton, village mignon au bord du Loch Carron, et aussi petit port de pêche. Les maisons collées les unes aux autres sont colorées, des  îlots sur le loch sont recouverts d’arbres, la rue principale est assez animée, et moi je m’élance pour une courte promenade pittoresque que je viens de découvrir sur un panneau explicatif. En passant par un sous-bois et montant sur quelques rochers, je me retrouve face à un paysage magnifique et désert, où tout bruit humain a disparu. Ça ressemble à la vue depuis le village, mais en plus grand et plus impressionnant. Le temps est très gris, il pleut même un chouïa, un bateau à voile passe sans un bruit, puis se dessine un arc-en-ciel qui semble tout pile relier un îlot à un autre. Pour une fois, je m’assois d’une demi-fesse sur un banc mouillé, et reste là, mi-songeuse mi-rêveuse, pendant un long moment.

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Puis je concentre toute l’énergie en moi et réussi à me lever et retourner à la voiture. Là je décide que les toilettes publiques sont supers, et que c’est l’occasion de se brosser les dents et faire un shampooing dans le mini-lavabo. Propre comme un sou neuf, me voilà repartie vers le nord. Toujours en longeant le Loch Carron (certains lochs sont immenses), je m’arrête un peu plus loin, à Attadale Gardens. C’est une propriété privée, mais la propriétaire a décidé il y a juste quelques années d’ouvrir les jardins au public (contre rémunération, of course). Ce fut une tranquille balade, dans la continuité de cette matinée mignonne. Quelques statues étaient parsemées à droite et à gauche, et je me suis demandée comment faisait ce guépard en bronze pour tenir sur une patte.

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Le soleil s’est invité et j’étais terriblement bien, à marcher comme ça au ralenti au milieu des arbres et des fleurs.

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La prochaine étape était une single-track road sinueuse, partant du niveau de la mer pour monter jusqu’à 600m d’altitude, faisant de cette route l’une des plus hautes d’Ecosse. Les caravanes et camping-cars sont interdits car même avec les encoches il n’est pas facile de se croiser. Mais évidemment il y a toujours des gens qui s’en fichent, ce qui m’a permis de démontrer mes talents en marche arrière sur route montagnarde. Enfin de toute façon j’avançais au ralenti, mon bolide n’étant un bolide que sur du plat ou en descente. Le point culminant est atteint à Bealach na Ba, et toute la route est une merveille pour les yeux. J’étais contente qu’il y ait si peu de touristes, la conduite était vraiment agréable. Arrivée de l’autre côté à Applecross, au bord de la mer, j’avais quand même les yeux un peu fatiguée de toute cette concentration. Je me suis dégourdie les jambes, en profitant par la même occasion pour acheter de quoi me sustenter le soir. Ensuite j’ai continué sur ma lancée autour de la péninsule peu fréquentée, jusqu’à tomber sur une énorme passing place en hauteur sur une petite péninsule et un plus grand loch de l’autre côté. Il n’était que 17h30, mais je me suis dit que tant pis, je n’avais plus envie de conduire. J’ai regardé le paysage au chaud dans la voiture sans rien faire d’autre, puis j’ai fini mon roman, et bientôt c’était déjà l’heure de passer ma dernière nuit dans la voiture si confortable.

Le dernier jour (ou demi-jour) a été principalement de la conduite. Avec tout de même des petits arrêts. Par exemple à Balmacara, où je me suis dit « Ah chouette, une autre propriété de l’organisation pour laquelle je travaille, pour une fois je vais pouvoir entrer gratos ! ». Sauf qu’il n’y avait pas besoin de payer pour faire cette petite balade en forêt, ça m’a un peu déçue. Mais la promenade étant très mignonne et exactement le type de pause dont j’avais besoin, j’étais contente.

L’autre arrêt s’est fait à Eilean Donan où se trouve un très romantique château (Eilean = île).

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Le château a été plusieurs fois construit et détruit à partir du XIIIème siècle, la dernière destruction datant de 1720. Heureusement, le clan MacRae l’a racheté et l’a reconstruit à l’identique ou presque, selon d’anciens plans, entre 1912 et 1932. C’est surprenant car quelques murs extérieurs sont faits avec des matériaux modernes, et ça pique un peu les yeux. La visite était sympa et donnait l’occasion de visiter les cuisines, la salle principale à haut plafond, les chambres avec les couvertures en tartan aux couleurs du clan. Ce qui permettait d’en savoir un peu plus sur la façon dont les gens vivaient à l’époque, c’était assez bien fait.

J’ai attaqué la dernière portion de route jusqu’à Fort William. Et là, juste aux portes de la ville, des troooombes d’eau se sont abattues sur moi (enfin, moi au sec dans la voiture), et je me suis dit que ça marquait avec un timing parfait la fin de ces vacances ensoleillées.

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Neist Pool et Fairy Point, ou l’inverse

Jour 4, commençant avec un joli lever de soleil. Préparation, rangement de la maison-voiture, et départ vers l’ouest de l’île. Début de journée où le plan 1 tombe à l’eau, puis le plan 2 aussi. Je m’élance vers le plan 3 sur une single-track road. Arrivée au bout de la route, je suis à Neist Point, l’endroit le plus occidental de toute l’île. Un phare est situé en contrebas sur un morceau de terre semblable à un iceberg immergé dont un des côtés remonterait à la surface. J’ai déjà une surprise en me garant, puisqu’en entre-ouvrant la portière, celle-ci m’est arrachée des mains par un vent violent. Je remercie ma chance qu’aucune voiture ne soit garée à côté de moi à ce moment-là, enfonce mon bonnet jusqu’aux yeux et sort affronter le vent. Je commence par marcher en hauteur, jusqu’à un petit observatoire un peu plus loin. A certains endroits, le sol est découpé de manière très régulière et j’en déduis que dans le temps des gens venaient ici pour découper des blocs de tourbe pour s’en servir comme combustible. Ça souffle tellement que je ne peux m’empêcher de penser à la Patagonie, et je souris.

Après une petite marche jusqu’au phare dont la moitié des bâtiments a l’air abandonné, et l’autre moitié en meilleur état mais pas plus occupé, je reviens à la voiture, où m’attend ma deuxième surprise. En effet, je suis du regard  un écossais aux longs cheveux blonds qui s’en va vers son minibus, que je reconnais parce qu’il est guide et que je le vois régulièrement au Visitor Centre où je travaille. Comme d’habitude il a son kilt. Et voilà que, eh oui on s’en doute, une rafale de vent s’invite et me permet de vérifier qu’en bon écossais, il ne porte rien sous son kilt.

Direction ensuite les Fairy Pools, à une heure ou deux au sud. A ce moment-là, le ciel s’est couvert et il y a même des gouttes de pluie qui s’invitent. Déjà au départ, ça me donne l’impression d’être de retour à Glencoe, avec des hautes montagnes et une large vallée glaciaire « en U ». Ce qui est impressionnant ici, c’est qu’en plein milieu coule une rivière, coupée par plein de petites cascades tombant dans des bassins au fond bleuté. Et là, ma photo ne rend absolument pas aussi joli que dans la réalité, mais pour illustrer un peu quand même :

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Une dame s’est trop approchée du bord et est tombée dans une des Fairy Pool. Je me suis demandée si elle avait trouvé la baignade féerique. En « été » il paraît qu’il y a plein de gens qui font trempette ici.

Puis je décide que c’est mon dernier jour sur Skye, parce que dans mon petit guide de l’île il n’y a pas tant de randonnées que ça qui ont encore l’air intéressantes. Je pars donc, ayant comme plan de me rapprocher du pont pour quitter l’île, tout en restant à proximité d’une route secondaire plus propice pour garer la voiture.

Je trouve un endroit, en hauteur sur un loch, où pas une voiture ne passe jusqu’au moment de me coucher. Un tel calme, et une vue merveilleuse au petit matin.

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Les montagnes vertes

Pour ce troisième jour, j’ai un choc en sortant de l’auberge : Mon Dieu, le ciel est encore bleu, que se passe-t-il en Ecosse ?!

Je conduis un peu vers le nord, pour une randonnée costale. En arrivant sur le petit parking, je me rends compte que les deux filles garées à côté de moi étaient aussi dans la vallée féerique la veille. Ça me donne une bonne raison pour entamer la conversation et rattraper mon échec social de la veille. Evidemment elles repartent aujourd’hui, même qu’elles prévoient de passer par Glencoe. Je prends quand même un ou deux conseils pour la suite de la journée, et m’en vais marcher.

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Au retour, ô chance ! J’aperçois deux auto-stoppeurs ! Je les interpelle et leur dis que je vais les emmener. Comme c’est drôle, il se trouve qu’ils viennent de passer la nuit dans un bothy avec les deux filles rencontrées tout à l’heure. Un bothy, c’est le nom d’une veille maison écossaise, souvent sombre et sans confort. Il y a tout un réseau de bothy/gîtes sommaires en Ecosse où il est possible de dormir gratuitement. Je les emmène donc vers Quiraing, ma destination suivante. Pendant le trajet, je me rappelle subitement que j’ai toujours eu du mal à conduire et parler en même temps.

Quiraing, endroit montagneux d’une splendeur à couper le souffle, et une des raisons qui m’a faite choisir de venir sur l’île de Skye. Galère sans nom pour se garer, avancer et faire demi-tour, alors je laisse là les auto-stoppeurs et je fais demi-tour pour trouver le chemin alternatif décrit par les filles. Après deux-allers retours, je trouve enfin le bon parking et m’attaque à la randonnée. Le temps est parfait, le chemin est agréable, ça monte mais pas trop, je marche vite pour être un peu fatiguée, je regarde la vue en arrière sur les lochs, et je suis contente de tant de beauté.

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Je prends un vrai plaisir à marcher ici, ma meilleure randonnée de la semaine. Et même si le parking principal était blindé, il n’y avait pas tant de monde faisant la boucle entière. Etrangement, parfois je peux marcher pendant des heures, être heureuse mais ne pas me poser du tout. Une pause pomme et ça repart. Peut-être que ce qui me rendait heureuse à ce moment c’était de marcher, et non pas de méditer contemplativement, le menton dans la main.

C’est aussi le rythme de ce genre de voyage je crois. J’ai fait des progrès par rapport à l’Islande où je conduisais trop tous les jours, mais j’ai quand même du mal à trouver un rythme qui me convient. Parce que c’est plus facile de conduire que de trouver une randonnée à faire, que j’ai toujours l’impression qu’il faut continuer à avancer pour voir plus de choses, que contrairement à un long voyage avec des étapes en bus, je n’arrive pas systématiquement dans le centre d’un village/ d’une ville avec l’office du tourisme comme premier point de chute. Alors je vais vite, vite, pas le temps de ne rien faire. Ne rien faire c’est perdre du temps, et du temps il n’y en a pas assez en six jours de vacances.

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Et donc sitôt redescendue à la voiture, je conduis vers le sud. En route, je m’arrête pour me trouver un sandwich pour le soir. Le monsieur très gentil me dit que oui, il peut me faire un burger à emporter si ça m’arrange. Je pars heureuse de cette barquette qui sent bon les frites et le burger, je la planque dans le coffre parce qu’il est trop tôt pour dîner et que comme ça l’odeur va m’ouvrir l’appétit. Je continue à rouler, jusqu’à ce qu’il soit assez tard mais pas trop pour se mettre en quête d’une bonne place pour la nuit. Ça m’a pris du temps et des déceptions, puis finalement j’ai trouvé THE place, sur une route secondaire, à côté d’un petit ruisseau.

Là, je sors ma barquette qui avait eu le temps d’embaumer dans toute la voiture. Affamée, je l’ouvre délicatement, puis, histoire de préparer mes papilles gustatives au joyeux festin, je soulève le chapeau du hamburger pour voir toutes les bonnes choses cachées à l’intérieur. Oh non ! Horreur ! Stupéfaction ! Déception ! Je rigole bêtement. Un steak au milieu d’un pain, that’s it.

Mais quand on a faim on mange, j’ai donc tout englouti, même la barquette. Puis petite préparation de la journée du lendemain, lecture à la lampe frontale et enroulage dans la couette pour une nuit longue et calme. Que demander de plus ?

Blue Skye

Après une nuit pas si mauvaise, debout à 7h pour prendre le premier ferry. « Il fait beau, c’est surprenant », est ma pensée principale pendant le trajet. Arrivée à Armadale, je prends la single-track road qui va au bout du sud-ouest de l’île pour faire une petite randonnée. Les single-track road sont un peu un cauchemar pour les touristes, parce qu’il faut toujours être vigilant, que c’est une route à une voie avec des « passing place » (encoches) à intervalles réguliers pour permettre le croisement avec les voitures venant en sens inverse. Du coup ça peut être perturbant de se mettre dans l’encoche de gauche pour laisser passer quelqu’un, ou de rester au milieu de la route si l’encoche est à droite, pour que la voiture en face passe dans l’encoche.

Mais bref, moi j’aime bien ces single-track road, on ne s’y ennuie pas. D’ailleurs un jour on a rigolé avec une dame qui arrivait en face de moi, attendant toutes les deux que le mouton au milieu de la route finisse de se gratter la tête.

Me voici à Aird of Sleat, où je déambule tranquillement, le paysage encore illuminé par le doux soleil matinal. Vaches, moutons, un fermier, des petites ardoises d’encouragement indiquant que la fin est proche. Sur la plage au sable blanc et aux falaises escarpées, il fait bon et le bruit des vagues est reposant.

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De retour au bolide, je reprends la route en sens inverse, puis une autre single-track road pour aller à Elgol, où j’ai vu qu’il y avait une magnifique randonnée à faire. La route longe les montagnes Cuillin qui sont impressionnantes, plusieurs lochs, et c’est merveilleux par ce temps. Mais c’est aussi l’inconvénient quand on conduit : est-ce qu’il faut s’arrêter n’importe où sur la route pour prendre des photos dès que c’est beau ? Parce que je sais que je ne peux pas vraiment regarder et conduire en même temps, j’ai encore en mémoire ma gamelle à vélo parce que je regardais derrière moi. Alors je me frustre un peu, je fronce les sourcils à cause de tout ce soleil qui me fatigue les yeux, et au bout de 45mn je décide que c’est encore trop loin, je fais demi-tour, une pause, et voilà que deux heures et quelques pauses plus tard je suis…à Uig, presque tout au nord de l’île.

C’est mon instant sociabilité, je m’arrête dans une auberge qui figure dans mon guide, flambant neuve, avec des petits rideaux écossais mignons à chaque lit et une vue à couper le souffle. Par chance, alors que c’est toujours plein, il reste une place. Mais je ne traîne pas, je veux aller marcher dans la Fairy Glen (la vallée féerique). Quel endroit surprenant ! Des monticules recouverts d’herbe, qui semblent avoir été formés par un géant s’ennuyant et faisant d’absurdes gros pâtés bien coniques, disposés les uns à côtés des autres et agrémentés autour de petits lochs. En y ajoutant la lumière du soir et les fougères qui deviennent maintenant oranges, c’était une bonne surprise.

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Par contre j’ai également été stupéfaite de l’impact des gens sur le site. C’est un aspect qui est très surveillé là où je travaille et où la maintenance des sentiers de randonnée est un travail à part entière. Ici, le site arbore des chemins cicatriciels partout, tellement que c’en est absurde. Et c’est un problème que je vais rencontrer partout sur l’Ile de Skye. Trop de chemins parallèles, de végétation détruite, d’endroits boueux et non entretenus, devenant impraticables et forçant les gens à emprunter encore d’autres accès. Cercle vicieux. Alors je pense à nos beaux chemins de randonnées à Glencoe, et je suis contente que l’environnement soit préservé au mieux malgré le nombre de personnes foulant ces montagnes.

A l’auberge, échec de l’instant sociabilité. Trop de gens sur leur smartphone dans la pièce commune, trop de gens en général. Résultat, couchée avec les poules et réveil en conséquence par toutes les personnes se couchant les unes après les autres dans le dortoir. Au matin, décision est prise que quitte à ne pas parler avec des gens, autant dormir confortablement dans la voiture le reste de la semaine, sauf cas de force majeure.

Mission accomplie par la suite avec brio, j’ai d’ailleurs trouvée la banquette arrière plus confortable que le matelas de ma chambre !

Alba

Déjà plus de six mois en Ecosse, sans aucun article ici parce que je n’ai pas envie de mélanger vie professionnelle et personnelle. Mais voilà qu’enfin une semaine de vacances se profile, après un intense été ! Ni une ni deux, location de voiture et ébauche de plan.

Plusieurs objectifs : me rendre dans des coins reculés, ne pas conduire trop chaque jour, prendre en stop tous les pouces en l’air que je croiserai, dormir un jour sur deux dans la voiture, sociabiliser dans les auberges les autres nuits, et randonner un peu.

En apparence ce voyage devrait ressembler un peu à l’Islande, où j’avais aussi passé six jours avec une voiture, une carte routière et pas trop de plan défini.

Je me rends en bus à trente minutes de chez moi (Glencoe), avec presque autant d’affaires que si je partais pour un an, étant donné que j’ai ma couette et de la nourriture. Après une première galère pour me rendre à l’agence de location, puis une seconde en me rendant compte qu’en payant l’acompte en cas de dégâts je viens d’atteindre mon plafond de dépense de carte bancaire, j’oublie ces soucis mineurs, balance les sacs dans le coffre et part en trombe avec ma Ford Focus.

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Je file sur la « route des îles », très fréquentée en été. Heureusement en septembre plus beaucoup de touristes, ce qui me rendra la conduite agréable toute la semaine. J’ai l’intention d’aller à Mallaig pour prendre un ferry ce soir ou demain matin vers la fameuse Ile de Skye. En route, je m’arrête pour voir de plus près un manoir abandonné du XIXème siècle, aperçu il y a quelques mois lors d’une excursion lors d’une mini formation dans le coin. Le bâtiment a été réquisitionné par l’armée pendant la seconde guerre mondiale pour entraîner les troupes anglaises et françaises à l’espionnage, techniques de sabotage etc, et a ensuite servi de bureau de poste pendant un temps. Depuis 2010, plus rien apparemment.

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Après une entrée discrète dans la propriété par un côté du mur principal bordant la route alors qu’il suffisait d’entrer par le chemin piéton principal,  je fais le tour de tous les bâtiments et ne trouve pas un seul accès possible à l’intérieur du manoir. Toutes les fenêtres ont été remplacées par des vitres plexiglas, toutes les portes sont solidement fermées et résistent à ma force titanesque. Tant pis !

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Je reprends la route splendide, et bien sûr loupe le parking d’où commence une petite rando que je veux faire. Ça sera une chose récurrente cette semaine : une fois sur deux je devais faire demi-tour plus loin pour prendre la route manquée au premier passage.

J’attaque la promenade qui doit me mener jusqu’à une baie et un joli rivage. Mais le chemin est tellement boueux et désagréable qu’après trente minutes et moult tergiversions, je décide que zut, pas envie de marcher dans ces conditions, je rentre ! Hop, c’est plié ! Trop tard pour prendre un ferry ce soir, mais ça me laissera le temps de trouver un coin où poser la voiture cette nuit. J’arrive donc littéralement au bout de la route des îles, à Mallaig. Là, j’ai beau prendre chaque petite route que je croise, impossible de trouver cette route secondaire qui doit mener à de belles plages. Je ne vais quand même pas me garer en ville à côté des maisons, ça craint, pas du tout le genre d’arrêt nocturne poétique que j’avais en tête. La nuit tombant, je finis donc par me résigner à me garer à un endroit sans maison certes, la mer à trente mètres certes, mais aussi la route principale à deux mètres de moi.

La routine du voyageur

Pré-scriptum : C’est drôle, je reviens ici et WordPress me fait savoir que je n’ai toujours pas publié ce brouillon d’article écrit il y a deux ans quelque part en Argentine ou au Chili. Il n’est pas très intéressant ni très excitant à lire, mais comme je n’ai pas envie de le supprimer, je le publie, histoire de me remémorer le bon temps. 

Parce que oui, même en voyage on retrouve une certaine forme de routine, et on prend des habitudes.

Le backpacker lambda apprend au fur et a mesure des jours et des semaines qui passent des nouveaux automatismes. Voici un exemple des miens, pour vous dévoiler un peu les dessous du voyage :
Tout d’abord en arrivant dans une nouvelle ville, je récupère un plan des environs a la gare si c’est une grande ville ; dans les petites soit j’en récupère a l’auberge, soit l’office du tourisme deviendra une de mes destinations du jour. Ensuite, je cherche (et trouve bien sur) mon auberge histoire de faire le check-in et de déposer le grand sac a dos. Je me renseigne sur les horaires du petit déj (super important) et de ce qu’il y a a faire dans les environs. En général, le jour d’arrivée est plutôt tranquille parce que j’ai fait du bus, que je déballe mes affaires et que je repère les points essentiels autour de moi, a savoir : supermarché, poste, arrêts de bus et distributeur.

Tous les 3 jours, je suis de corvée lessive. J’en profite donc pour étendre l’ensemble de ma garde robe dans la chambre, c’est a dire 3 tee-shirts et 3 sous-vêtements, plus un short ou pantalon a l’occasion.

Quand je reste 3 jours ou plus au même endroit je fais des courses onéreuses et lourdes a porter, soit un paquet de pâtes, des bananes, de quoi faire des sandwichs, et un paquet de gâteaux. Ah et si, bien sur j’achète systématiquement une courgette ou des épinards, ça pourrait servir en cas de grande famine.

En général j’essaye de prévoir en arrivant quel sera mon programme excursions pour cette étape, mais ça peut aussi se faire le soir pour le lendemain, ou le matin pour la journée, ou même le soir pour la journée qui vient de se terminer.

C’est aussi le soir que je planifie à plus long terme, c’est à dire pour l’escale suivante. Il faut donc trouver dans quelle ville aller, trouver et réserver une auberge de jeunesse (en décidant au hasard du nombre de nuits ou je vais y dormir) ou du Couchsurfing, et comment y aller. Et donc il y a un moment ou je passe forcément à une agence ou à la gare routière pour acheter mon billet de bus.

Et puis je lis mes messages et y répond, je sauvegarde mes photos un peu partout, j’actualise l’endroit où je suis, et quand j’ai du temps et un ordinateur à disposition (ou alors passage au cybercafé le plus proche), j’écris un article pour le blog.

ça fait beaucoup de choses mine de rien, les journées se remplissent vite ! Heureusement que je me lève tôt tous les jours. Et oui, je me lève toujours avant 9h parce que je ne veux pas louper le petit déj (ou qu’il n’y ait plus rien), et que c’est rare qu’il n’y ait aucun bruit au point de pouvoir faire une grasse matinée.

Vendanges en Bourgogne

Pas mal bougé depuis le dernier article, entre le stage à La Roche-sur Yon, les excursions à droite et à gauche à Angers, Bordeaux, Nantes, Paris, en Corse, en Bretagne, à Annecy… Et me voilà posée deux semaines près de Dijon, mi-septembre, pour voir ma famille et faire quelques jours de vendanges.

Les vendanges, j’y vais en vélo, c’est déjà un bon point. Trente minutes le matin, dans le froid et la fin de nuit, 23mn le soir, sous une douce lumière de fin de journée.
Ça commence un vendredi après-midi. Quand j’arrive, il y a déjà plein de vieux, et un groupe de cinq nanas maquillées comme pour sortir en boîte. Une fille arrive, l’air un peu paumé, gros tatouage de serpent sur un bras, petite et musclée, poils sous les bras et œil qui louche fortement. Elle a un accent bien prononcé, que je devine espagnol, ce qui me permet de réviser un peu ma pratique.
Une heure plus tard, on part enfin dans les vignes. Je prends une caisse, un sécateur, des gants, et c’est parti. Je m’attendais à un semblant de formation accélérée pour les petits nouveaux, mais non, rien. C’est simple : il faut couper les grappes de raisin et les mettre dans une caisse. Pousser la caisse, recommencer. Quand la caisse est pleine, appeler le porteur et lui poser sa caisse sur le dos. Les parcelles sont petites et vite finies, alors on change d’endroit. Les gens disent qu’il fait chaud, mais la seule fois où j’ai travaillé dehors de mes mains, c’était en Argentine, et il faisait une chaleur atroce. Je suis donc ici tout à fait satisfaite du temps. Pas trop parlé avec les gens, je ne sais pas trop comment les aborder.

Le lendemain matin, le mal de dos se fait ressentir quand on commence à couper à 8h. A 9h, c’est déjà l’heure de la pause. Vin rouge, pain, cervelas et pâté, rien d’attrayant pour moi qui ait petit-déjeuné il n’y a pas longtemps. Je bois un verre de rouge, pour la forme, que ma vessie me fera regretter les trois heures suivantes. Je suis assise par terre au soleil, seule, et je me dis que pour l’instant je ne me sens pas très à l’aise dans ce groupe. J’entends une vieille aigrie responsable du groupe, se plaindre qu’on est trop nombreux, que ça n’avance pas, blablabla. L’espagnole traîne souvent autour de moi, mais je n’ai pas trop envie de l’écouter. Et voilà qu’on vient me voir pour me demander si ça me dérangerait de changer de groupe avec Sara l’espagnole et deux autres gars car on est trop ici et il n’y a pas assez de monde dans un autre groupe. J’accepte bien volontiers, ça ne pourra pas être moins bien. Je termine la matinée, sans parler plus aux gens. J’ai cette désagréable impression d’être de retour au lycée, avec cette ambiance colonie qui ne me plaît pas.
Vient l’heure du repas. On mange à de grandes tables montées dans un gymnase. La nourriture est…euh…comment dire…pas terrible du tout. Ou présentée par l’espagnole : « C’est inhoumain dé servir oune nourriture pareille ! ». On me montre ma chef des jours à venir. Elle s’appelle Clémentine, et elle est canon. Ça sera déjà ça de gagné.
Quand la pause est finie, elle m’appelle avec l’espagnole, me demande mon prénom, elle a l’air sympa en plus. Je vois bien que depuis midi les deux autres garçons cherchent à moitié à se cacher, je devine qu’ils ont du créer des affinités avec les filles pendant le repas et qu’ils n’ont plus vraiment envie de changer de groupe. Ça me fait un peu me sentir une paria avec l’espagnole, qui est un peu dans son monde et parle toute seule la moitié du temps.
Je monte en voiture avec un retraité du nom de Jean-Louis, un autre mec, et Sara l’espagnole s’extasiant sur les sièges en cuir de la voiture. Arrivés sur le site, je vois le petit groupe et devine aussitôt que l’ambiance ici est différente. J’attrape une caisse, commence ma rangée et à papoter avec le gars de la rangée adjacente, Achille. Ça fait deux minutes qu’on parle et je me sens déjà bien, ça va aller ici. Au fil des rangées et des parcelles, je discute petit à petit avec les gens. Achille, charpentier qui fait les vendanges juste ce week-end pour gagner un peu d’argent. Clarence, une blondinette américaine de l’Ohio, prof d’anglais, mariée avec Nicolas, qui travaille aussi ici. Kévin, comédien qui a un pull du même vert que le mien. Yannick, qui travaille à La Poste mais est passionné de biodiversité depuis qu’il est gosse, il est d’ailleurs volontaire à la LPO, spécialiste des orthoptères. Sa femme Claire est ici, elle a travaillé dans l’hôtellerie mais s’est reconvertie comme consultante pharmaceutique, ou quelque chose dans le genre. Pendant que je fais sa connaissance, Sara nous interrompt pour parler de l’hôtellerie, étant donné qu’elle est femme de ménage, exploitée et qu’elle le fait savoir bien fort. Je ne finirai jamais ma conversation avec Claire tellement Sara est envahissante. Elle parle vraiment sans cesse, aux autres ou à elle-même, et c’est fatiguant. Elle chante aussi, à longueur de journée. Rigole comme une tarée à des moments impromptus. Rote et pète comme un ogre des marais. Les gens réclament le silence, elle leur refuse ce privilège.
Les gens coupent très vite ici, et je me sens en permanence sous pression. Je vais du plus vite que je peux et pourtant je coupe deux fois moins vite que certains. Comment c’est possible ? Parfois je me traîne les fesses sur les cailloux pour reposer un peu mon dos, et je coupe, coupe, coupe.
Après ce samedi, je rentre en vélo, fatiguée et le dos en vrac. La promenade en vélo me fait plaisir, et la route des Grands Crus que j’emprunte est vraiment belle. Gevrey-Chambertin, Brochon et son château, Fixin, Couchey, Marsannay la Côte, Chenôve. Des vignes de chaque côté de la route, toutes espacées de la même façon, leur hauteur homogène, des rangées à l’infini. Et cette lumière du soir qui amène tant de douceur à la scène.
La nuit est réparatrice et j’attaque le dimanche matin en forme. Pendant l’heure du midi, je fais connaissance de Vincent, qui est aide-soignant et va partir le mois prochain faire un service civique d’un an en Roumanie. Il a un pantalon militaire, une casquette, des yeux clairs et une barbe rouquine. Il me fait un peu penser à un slovaque que j’avais rencontré en stop en Belgique. Il a le même air doux et calme et semble assez en retrait des gens. Pendant un semblant de sieste par terre dans le gymnase, nous parlons, et je suis contente d’échanger avec lui. Je lui dis que pour moi, le voyage c’est de rencontrer des tas de gens, que bien souvent on n’aura l’occasion que d’une conversation par personne, et que pourtant elles sont importantes. Que chaque personne peut nous apporter quelque chose, nous permettre d’avoir une conversation inédite, différente de celles qui reviennent sans cesse et qui sont parfois ennuyantes. Je vois bien que ça a du lui demander du courage, d’accepter ce service civique. Bien qu’il ait cet air baroudeur détendu, je comprends aussi qu’il n’a jamais trop quitté la Bourgogne, (même s’il est déjà allé en Roumanie), et qu’il se pose des questions sur son voyage à venir.
Je termine la journée du dimanche encore pleine d’énergie, travailler une heure de plus ne m’aurait pas dérangé. Enfin, visiblement je suis quand même un peu fatiguée puisqu’après la dernière pause je remonte les vignes jusqu’en haut avant de me rendre compte que j’ai oublié mon sécateur en bas. Après un aller-retour au petit trot, je réalise cette fois que le sécateur n’a pas de ressort… Tant pis, je me débrouillerai comme ça.

Lundi, il y a moins de monde, car tous ceux qui n’étaient là que pour le temps d’un week-end sont repartis travailler. L’espagnole reste fidèle au poste. Un ou deux jours avec elle, c’était marrant et divertissant, plus longtemps c’est horrible. En même temps, je suis ébahie de sa capacité salivaire lui permettant de chanter et parler une journée complète sans interruption, le tout en coupant aussi vite (lentement ?) que moi. Jean-Louis le retraité, que j’aime bien, essaye de corriger son français et de répondre à ses questions. Et essaye aussi de lui expliquer un après-midi en plein travail, qu’il aimerait profiter du silence. Et elle de crier de manière tout à fait outrée et surprise « Pourrrquoi fairrre ?! ». ça m’a faite rire de désespoir. Il a essayé de lui expliquer patiemment qu’il avait besoin de silence pour se concentrer et couper ses raisins. Elle a dit que « aaaah oui oui yé comprrrends », sans pour autant réduire son flot de paroles par la suite.

Finalement on a fini les vendanges au bout de 4 jours et demi, alors qu’on m’avait dit que ça durerait 5 à 6 jours. La faute à ceux qui coupent beaucoup trop vite ! Le lundi soir en rentrant ça n’allait pas trop, fatiguée, des coups de chaud et de froid dans mon lit, je dors mal. Le dernier jour est très difficile, je n’ai pas envie de parler, des douleurs au dos qui ne me lâchent pas de toute la matinée, je me traîne douloureusement de pied de vigne en pied de vigne. Pendant l’heure de midi, je peux m’allonger par terre un temps suffisamment important pour que mon dos se détende un peu et entamer l’après-midi de meilleure humeur et avec un regain d’énergie. C’est aussi speed que toutes les autres demi-journées, mais cette fois c’est la dernière, et je ne regrette pas d’avoir changé de groupe pour avoir profité de la bonne ambiance avec toutes ces personne.
Enfin on finit et on rentre au domaine. Où on attend une heure et demie que l’apéro post-vendanges commence. Le bilan de la chef Clémentine, c’est qu’on a coupé en quatre jours environ 16 tonnes de raisin, ce qui fait environ une tonne par personne. Ah oui quand même.
J’ai appris beaucoup de petites choses à droite et à gauche pendant ces quelques jours. Sur le raisin, notamment qu’on a coupé des raisins pour faire du vin de premier cru, dont certaines bouteilles se vendront à 350€ la bouteille. Que chaque année il faut racheter tous les fûts pour faire le vin de cette qualité, et à 500€ le tonneau ça fait cher. Que dans une combe pas loin de Gevrey, il y a une plante qui n’existe qu’à cet endroit sur Terre. Elle s’appelle la lunetière de Dijon, et il n’y en a que 70 pieds. Que le château de Gevrey qui part en ruines a été racheté par un chinois venant de Macau qui vient de passer un an en prison pour diverses fraudes. Les asiatiques achètent beaucoup de domaines par ici, au risque que le traditionnel vin de Bourgogne perde son ancestrale manière d’être fait.
On a commencé à manger du gâteau et à boire le crémant de Bourgogne qui nous faisait de l’œil depuis 30 minutes sur la table. J’avais remarqué qu’une caisse pleine de raisins avait été placée à côté de la grande table. Je me doutais bien que ça avait quelque chose à voir avec les nouveaux vendangeurs du domaine. A genoux devant la caisse, les nouveaux devaient s’agenouiller, puis un porteur de l’autre équipe déclamait une petite bénédiction et faisait un shampooing de raisin au nouveau baptisé. Quand on est venu m’attraper, à la fin, il ne restait plus vraiment de raisins, surtout du jus. C’était bien rafraîchissant. Le retour en vélo m’a permis de sécher, de profiter une dernière fois du magnifique paysage, et d’arriver avant que mes quelques verres d’alcool ne me tournent la tête.

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Vignes autour du château de Brochon (photo Google)