Derniers coups de pédale : J4 et J5

Jour 4 :

01h05 : Alex mon hôte se relève et décide de lire, remplir des bouteilles d’eau, fouiller dans ses tiroirs…
05h17 : Alex a décidément beaucoup de choses à faire cette nuit, il n’arrête pas de me réveiller.
07h00 : Nuit horrible, j’ai peur de mon propre reflet dans le miroir.
07h10 : Alors que je fais mon sac, Alex me dit le plus sérieusement du monde « Je ne te crois pas. Tu ne viens pas de St Etienne, tu n’as pas fait 120kms hier et tu ne vas pas refaire la même chose aujourd’hui. Dis moi qui t’envoie. Si tu me le dis, tu peux rester dormir là ce soir et ne pas faire semblant que tu vas jusqu’à Orléans ». Et là je me mets à flipper grave. J’ai eu beau rencontrer des tas d’inconnus en France ou à l’étranger, faire du stop et voyager seule, c’est la première fois que j’ai véritablement peur de quelqu’un. Peut-être que la fatigue n’aide pas non plus, normalement je ne suis pas spécialement parano. Je me dis qu’au final personne ne sait que je suis là. Qu’hier soir il m’a demandé si j’avais de quoi me défendre si on m’attaquait.
Alors je boucle mon sac le plus rapidement possible en faisant attention à toujours garder mon hôte dans mon champ de vision. Tant pis pour les bouteilles d’eau à moitié vides, tant pis pour le ventre vide. Du coup il trouve ça encore plus suspicieux que je parte faire une journée de vélo sans manger, et surtout sans boire de café. Il me dit de rester encore un peu, il ne part que dans 30mn.
07h20 : Il fait nuit noire et me voilà enfin dehors avec mes lacets défaits et mes affaires en vrac sous le bras. J’ai insisté pour qu’il ne m’accompagne pas mais il m’a quand même suivie jusqu’en bas. Enfin, il remonte et je peux respirer un bon coup. Fiou.
07h30 : Je retrouve la piste cyclable dans le noir et commence ma journée d’une humeur maussade. Pour le petit déj j’engloutis une demi-tablette de chocolat.
08h : J’ai une idée pour régler mon problème de porte-bagages qui frotte contre la roue ! Puisqu’il se déforme vers le bas, si je le retourne, il ira vers le haut ! Ni une ni deux, je pose le vélo contre un poteau (il n’a pas de béquille) et je commence le démontage. Il fait encore sombre et évidemment je fais tomber la clé allen dans les herbes et la terre. Et les orties. Gnerf. Je ronchonne.
08h10 : Le système de fixation fait que ce n’est pas possible de le mettre à l’envers. Tout ça pour rien. Il y a tout de même un point positif : j’ai tellement bien resserré le porte-bagages que j’arrive à accrocher dessus le gros sac + l’ordi, youpi !
08h10 à 12h : Ronchon

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12h-12h30 : Repas rapide dans le froid à un carrefour de centre-ville.
12h30-15h : Ronchon
15h : Un regain d’espoir me traverse ! Je viens de voir un panneau qui annonce Olivet dans 35kms alors que la piste cyclable mettait Orléans à 50kms ! Je quitte donc la piste cyclable pour couper en espérant arriver chez mon amie Laura à Olivet (juste au sud d’Orléans) vers 17h30.
16h : Hier soir je n’ai pas pu faire mon itinéraire parce que je n’ai pas pu me connecter à internet chez Alex. Je vais à présent en subir les conséquences.
16h30 : Je dois être à quelques kilomètres d’Olivet. Je suis le panneau directionnel, jusqu’à tomber sur une interdiction de passage pour les vélos. Je prends la piste cyclable qui commence à côté et…qui fait demi-tour. Ma boussole interne me dit de prendre telle route qui dois bien retomber sur la première.
17h : Mh, je crois bien que j’ai fait des zigzags et que j’aurais du prendre une autre route. Bon, on va suivre les directions pour Orléans, je devrais bien retrouver Olivet un jour.
17h30 : Je suis à Orléans, perdue. Sans surprise, je ronchonne un peu. Je finis la tablette de chocolat et j’appelle ma sœur à la rescousse.
18h45 : A force de persévérance, envoi de plans et d’un itinéraire précis par texto, j’arrive enfin chez Laura !

Je suis tellement heureuse de dormir chez une amie ce soir ! Sa mère m’aide à faire mon plan de route pour le lendemain, ce qui est gentil compte tenu de mes capacités cognitives plus que réduites. On papote jusqu’à presque minuit, c’est dommage de passer en coup de vent mais cette soirée me remet de bonne humeur, exactement ce dont j’avais besoin avant d’attaquer le dernier jour !

Jour 5 :

07h : Ce matin j’ai un bon petit déj, un jus d’orange pressé frais et des sandwichs maisons, trop bien 🙂 Laura m’a dit que j’avais jusqu’à 11h pour changer d’avis car elle va justement à Paris en voiture et avec un porte-vélo, mais je persiste dans mon idée, je suis en pleine forme !
08h : Je profite encore une fois de ces petites routes de campagne calmes, de leurs odeurs et de leurs couleurs.
10h30 : Jusque là mes indications étaient très claires, pourtant je ne trouve pas la route qui va à Chaussy. Je m’engage sur une route très ventée, change d’avis et me retape le vent dans l’autre sens. Puis je trouve le petit bled suivant.
10h45 : Je demande mon chemin à un petit vieux car il y a une fourche sans aucune indication. Il ne connaît aucun des 5 prochains villages sur ma liste, mais quand je lui parle d’une petite ville il me dit « Ah oui alors il faut prendre à droite ».
10h46 : Je prends à droite. Une post-analyse google map à la maison m’indiquera que ça a été ici que tout s’est joué. Il fallait prendre à gauche.
12h : Tout va bien, je suis à Allainville, je fais ma petite pause sandwichs.

12h30 : En fait tout ne va pas bien, je suis à Allainville-en-Beauce alors que je devrais être à Allainville-aux-Bois. Quelle idée d’avoir presque les mêmes noms de bleds, j’avais juste noté Allainville sur mes indications ! Bon, mais j’ai encore largement le temps d’arriver à la maison avant la nuit, pas de panique.
12h45 : Tacatacatacatacatac. Ceci est le bruit de ma roue arrière. Crevaison. Toujours pas besoin de paniquer, j’ai avec moi pompe et rustines !
12h50 : « Eloïse se remémore avec beaucoup de flou une scène de quand elle était petite en Normandie ou son père lui avait montré comment trouver un trou sur une chambre à air et réparer une crevaison. »
13h : C’est donc en toute logique qu’elle colle avec fierté une rustine SUR le pneu.
13h05 : Ah mais en fait la pompe n’a pas l’embout adapté pour regonfler le pneu. ça va que je suis à l’entrée d’un petit village. Qui s’appelle Andonville, ce qui est très drôle étant donné que lorsque je travaillais dans le Lean, l’andon était le système à activer en cas de problème sur la ligne de production. Juste en face il y a une maison avec un Saint-Bernard et 3 voitures, dont une qui a une carte handicapée. A priori le chien ne sera pas très utile, par contre qui dit handicapé dit possiblement fauteuil roulant, possiblement pneus qui peuvent crever et donc pompe.
14h : Excellente pioche ! La dame blonde et son père étaient adorablement gentils, ils n’ont pas hésité à se salir les mains avec moi pour enlever la roue, coller la rustine sur la chambre à air et remonter le tout, tout ça un 24 décembre. Je les ai remerciés 10 fois, on s’est fait la bise et je suis repartie, tout en me disant qu’il était encore temps d’arriver à la maison avant la nuit.
15h : Il y a un vent terrible dès que je ne suis pas dans des villages, c’est à dire presque tout le temps. ça rend ma progression très difficile. Et puis j’ai perdue ma lampe arrière. (Rappelons que j’avais cassée la lampe avant le premier jour). Faut vraiment pas que je traine. Je crie de joie en apercevant le panneau qui indique Garancières en Beauce dans 5 kms et Ablis dans 10kms, ils sont sur ma feuille de route !!
15h15 : QUOI ! Garancières 3kms et Ablis 11kms ! Non non non je ne suis pas d’accord ! Puisque c’est comme ça je prends la route à gauche par laquelle Garancières n’est qu’à 2kms.
15h20 : Bouhouhouhou, le vent est abominable ! J’hésite à refaire demi-tour, et puis non. Je préfère pester en pédalant au ralenti.
15h30 : J’arrive enfin dans ce petit village. Je continue sur une route qui devrait me mener à Ablis. Et qui me conduit tout droit à Sainville, que je ne suis pas censée traverser. Aaaaaaah !
16h : J’ai trouvé Allainville-aux-Bois !!
16h30 : Le panneau devant lequel je m’esclaffe de désespoir :

P1080342Oui, je viens de Garancières, et je viens aussi de Sainville.

17h : Je mange mes clémentines et tente un autre chemin. Cette fois c’est sûr que je n’arriverai jamais chez moi à temps, mais je voudrais au moins m’en rapprocher le plus possible.
17h30 : Cette mare me rappelle quelque chose… OH NON ! J’hésite entre rire franchement et pleurer.
Il fait presque nuit. J’ai la dalle. Je n’ai vraiment aucune idée de la route qu’il faudrait prendre. Je m’assois dans l’herbe et me résous à appeler mes parents pour qu’ils viennent me chercher. Pendant que je démonte le vélo, je rigole de bon cœur : j’ai fait tellement de détours qu’au final j’ai largement dû faire les kilomètres qui me manquent jusqu’à la maison 🙂

A gauche : mes petits détours VS à droite : ce que j’aurais du faire pour réussir au moins à traverser les autoroutes. Je me suis perdue à 30kms de chez moi, après plus de 500 kms de trajet.

21

Bilan de cette excursion : Une semaine après être rentrée, je n’ai toujours pas retrouvé la sensibilité de quelques doigts. Par contre je suis très satisfaite des performances de mes jambes. Mon genou éraflé aura une nouvelle cicatrice. Mon père a remis mon guidon droit en deux secondes. J’ai découvert que j’ai un embout dans ma pompe qu’il faut retourner pour qu’il s’adapte à mes pneus. Que ces petits machins noirs avec les rustines servent à sortir le pneu de la roue en s’accrochant aux rayons.

Si c’était à refaire : j’achèterai une carte de France précise, même si ça doit peser un peu. Et JAMAIS je ne referais plusieurs jours de vélo avec un porte-bagages comme ça. Une selle avec un trou, ça aurait été cool. Et je voudrais faire du cyclotourisme plutôt que de courir toute la journée pour arriver avant la nuit, parce que finir à 17h30 ce n’est quand même pas super pratique. Les galères ont peu contribué à rendre ce voyage agréable. Je n’ai pas eu de grands moments d’émerveillement, mais tout de même des petits moments beaux et simples où j’ai pu profiter de ma liberté dans cette belle campagne française.

 

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Etape 2 : VTT / Etape 3 : Piste cyclable de luxe

Jour 2 :
7h45 : Je remercie Sylvie encore une fois pour sa gentillesse et entame les premiers coups de pédale de la journée juste quand il se met à pleuvoir.
7h50 : Bon, on va mettre le surpantalon de pluie, un kway par dessus le coupe-vent et le sur-sac anti-pluie parce que ça tombe bien.
8h00 : Je rejoins le « canal latéral à la Loire » que j’ai décidé de prendre parce que ça réduit drastiquement les risques de me perdre étant donné que c’est toujours tout droit jusqu’à Digoin et qu’ensuite il faut juste changer de canal et continuer tout droit.
8h05 : Ah ouais, mais fausse bonne idée. Ce n’est pas une piste cyclable goudronnée, mais un chemin en terre le long du canal, avec des cailloux, des trous, de la pluie et donc de la BOUE.
8h15 : J’ai mal aux fesses.
8h30 : Et j’ai les pieds mouillés.
8h45 : Et le chemin est difficile. Mais au moins il ne pleut plus. Et j’ai de la brioche pralinée dans mon sac.

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10h00 : Je m’en vais tenter ma chance sur une route NORMALE, parce que là je n’avance pas, je n’arriverai jamais au bout ! Et tant pis si je me perds !
10h30 : Ah tiens, la route s’arrête et la route à droite ne va pas où je veux aller, et celle à gauche non plus. On va aller à droite, je le sens bien.
10h35 : Non en fait je le sens pas, demi-tour toute !
10h40 : Il suffisait de faire 100m à gauche pour retrouver la bonne route. *blasée*
12h30 : Embranchement de Digoin ! Pause sandwich puis petite sieste au soleil dans l’herbe à côté du canal. Héhé.
13h30 : Wouaaah les jambes ne sont pas contentes de repartir ! Le gros sac sur le dos m’appuie trop sur les genoux et les fesses, normal que je souffre autant. Je trouve une alternative en faisant reposer l’essentiel du poids du sac que je porte sur le sac accroché derrière. ça tire sur les épaules mais c’est un peu mieux quand même. Et c’est une vraie piste cyclable, c’est confortable ! J’en profite pour enlever mon casque et mon bonnet qui sont scotchés à mon crâne depuis le début. Aaaah les cheveux dans le vent, quel bonheur !
15h00 : Après avoir dépassé 3 retraités à vélo (ça me donne l’impression grisante d’aller supra-vite), je me rends compte un peu plus tard que l’un d’eux m’appelle de loin, en plein sprint. Il arrive haletant et près de la crise cardiaque. Il brandit avec fierté un gant rouge en me disant « vous avez perdu ça ! ». Je rigole doucement. Je n’ai pas de gants rouges. Je me dis que j’aurais du le remercier chaleureusement et partir avec, mais c’était juste trop drôle. Le pauvre.
15h30 : La piste cyclable s’est terminée, alors je me perds pour un court instant. Va pas falloir que je traîne si je veux arriver avant la nuit !
16h00 : Les 20 derniers kilomètres sont atrocement longs, et je ne me sens vraiment pas à l’aise sur les routes avec beaucoup de passages et des voitures qui me frôlent parfois un peu trop à mon goût. Je mange une moitié de tablette de chocolat pour me donner du courage.
17h30 : Ouiii j’arrive chez ma toute petite couchsurfeuse de ce soir ! C’était dur comme journée !

Cette fois ce n’est pas une maison avec étage mais un petit appartement cosy avec deux chattes dont une obèse qui aime lécher les emballages en plastique et qui est aussi très câline. Marie est généreuse et m’offre un repas de luxe : en entrée, du foie gras fait maison au gingembre et cointreau absolument merveilleux avec salade et petits dés de saumon, et en plat des crevettes au curry avec du riz. Décidément, les gens se mettent en quatre pour moi !
Elle a la particularité de faire de la couture (ce qui est assez rare chez les jeunes quand même) et de se définir comme « ancienne lesbienne » (qu’on ne croise pas tous les jours non plus). On parle en même temps que j’essaye de faire mon itinéraire du lendemain et de répondre aux sms de tous ceux qui s’inquiètent pour moi, puis je pars dormir pas trop tard tandis qu’elle reste regarder une série jusqu’au milieu de la nuit.

Jour 3 :
7h45 : Je n’ai pas très bien dormi mais c’est parti, je déborde d’énergie !!
9h00 : Tout se passe bien, j’ai profité du lever du soleil sur la paisible campagne française. J’entre dans la Nièvre, passe la petite ville de Dornes, et à sa sortie, en quelques mètres seulement, je me retrouve avec au moins 5°C de moins, un petit vent glacial et de la brume qui flotte à quelques centimètres au dessus des champs.
9h30 : Avec la lumière du matin, les couleurs paraissent parfois photoshopées : le vert des herbes et le marron de la terre sont très intenses. Je me demande combien de races de vaches différentes j’ai déjà croisées. Il y a aussi beaucoup d’oiseaux, et plein de buses, mais je ne m’attarde pas à les regarder par peur de quitter la route encore une fois. Le seul inconvénient, c’est que dès qu’il y a une montée le plateau 1 ne veut vraiment pas passer, et ça me complique un peu la tâche.
10h : Je rejoins un canal qui devrait me conduire tout droit jusqu’à Nevers. Quel calme.
12h : Je retrouve Audrey, une amie de la fac de Clermont, ça fait déjà quelques années qu’on ne s’est pas vues, ça me fait plaisir de voir une tête connue ! J’abandonne mon vélo là et elle m’emmène chez elle en voiture, où on mange avec ses parents et son frère, tous gentils et qui me nourrissent bien. Son père a un très beau vélo de route dans son garage, il me dit que s’il ne travaillait pas cet après-midi, il m’aurait accompagnée pour une trentaine de kilomètres.
14h : Audrey m’a emmenée avec mon vélo jusqu’au début de la prochaine piste cyclable, parce qu’ils avaient vraiment tous peur que je ne la trouve pas (je ne vois pas pourquoi…) et que la route n’est vraiment pas agréable.
15h : C’est de la piste cyclable de luxe, j’avance trop vite ! Par contre le sang ne circule plus très bien dans mes mains à force de serrer le guidon, j’ai les doigts engourdis, et mal au dos. Je me dis qu’il faudrait que j’avance la selle. Sauf qu’elle est déjà à fond. Alors je fais une mini-sieste même si le temps presse.

La Charité sur Loire
16h
: Poneys, poneys everywhere. J’hésite à laisser là mon vélo et à continuer sur un poney.

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17h
: J’arrive à Sancerre mais ne trouve pas la suite de la piste cyclable. Après un petit tour, je demande mon chemin à un couple de petits vieux assis dans leur voiture.
– Lui : Alors vous prenez là à droite et ensuite tout droit jusqu’à la grande route…
– Elle : Mais non faut pas la faire passer par là ! Faut qu’elle aille vers le canal, c’est beaucoup mieux !
– Lui : Mais non c’est plus compliqué, elle va se perdre. Et puis il n’y a pas de camions aujourd’hui.
– Elle : Ah bon il n’y a pas de camions ! Et pourquoi il n’y aurait pas de camions aujourd’hui ?
– Moi : … Hum, bon je vais prendre à droite et ensuite tout droit jusqu’à la grande route hein, le soleil se couche là faut vraiment pas que je tarde, merci !

17h15 : Au final j’ai trouvé la grande route, et j’ai trouvé aussi le chemin le long du canal 🙂 Je pédale pendant un bon moment sans croiser de panneau qui m’indique la distance jusqu’à Cosne-Cours sur Loire. Je me dis que ça doit faire 10kms, j’y serai rapidement. Ah enfin, un panneau ! Plus que 3kms ! Pas le temps de profiter du très beau coucher de soleil qui est dans mon dos, dommage.

P108033817h30 : Il fait bien sombre, ça va que c’est une piste cyclable et que ma lampe frontale éclaire suffisamment. Je devrais arriver d’une minute à l’autre !
17h31 : Un panneau ! QUOI ??!! Cosne : 5.5kms ??!! Bon ben allez on se dépêche on pédale fort !
17h45 : Enfin j’arrive dans la petite ville de nuit et textote Alex, mon couchsurfeur du soir dont je n’ai pas l’adresse.

Il vient me chercher à pieds et je descends donc de mon vélo. J’en profite pour faire tomber mon sac avec l’ordi une énième fois. Si je le casse le 5ème jour je serai agacée de l’avoir trimballé tout ce temps c’est sûr !
Alex habite au dernier étage d’un petit immeuble, dans un petit studio incroyablement bordélique, et pas très propre. Ce n’est que pour une nuit, peu importe, et puis c’est sympa de sa part de m’avoir acceptée au dernier moment (je lui ai écris la veille au soir). J’essaye de faire la discussion mais il n’est vraiment pas bavard. Soit il ne répond pas, soit il répond 10mn plus tard, soit il répond autre chose. La soirée va être longue. Il part faire quelques courses, j’en profite pour me doucher.
Il me file une part de pizza trop bonne achetée à la boulangerie, et j’essaye d’en apprendre un peu plus sur lui. Il travaille dans les vignes et il va démissionner. Voilà. Lui, ne croit pas que j’ai fait 120kms dans la journée et que je refais ça demain. Ensuite on sort 10mn pour qu’il me montre les éclairages de Noël sur la mairie, et nous revoilà dans l’appart à ne rien dire. Il allume la télé : un reportage animalier, ouiii 🙂 A 21h, il annonce qu’il est fatigué, il va bientôt dormir. Bon et bien tant mieux.

Quelques coups de pédale

Dans le dernier article qui date de mai, je disais que je voudrais aussi visiter la France. On peut dire que cette petite aventure cycliste était une tentative. Tentative parce que c’était en mode supra-rapide et que ce n’était vraiment pas du tourisme.

Mais d’abord, posons le contexte.

J’étais en train de terminer mon semestre de cours à St Etienne et j’allais remonter mes affaires en voiture une semaine avant la fin de mes cours. En septembre j’avais acheté un vélo sur le bon coin pour aller à la fac, ce que j’ai fait assidument pendant 4 mois (25mn de montée le matin et 15mn de descente le soir). Un détail me turlupinait : comment remonter mon vélo maintenant ? Il n’allait pas passer dans la voiture, je n’avais pas envie de le revendre, et le trimballer dans le train avec un changement à Paris m’ennuyait profondément. Et là, en réfléchissant du fond de mon lit dans le noir inspirateur de la nuit, une petite voix a dit « ben et ton vélo, il roule non ? T’as qu’à remonter en pédalant ! ». Et voilà, l’idée s’était posée et n’est pas repartie. Même si j’allais partir en décembre, que c’était un vélo d’occas avec un plateau 1 qui rechigne souvent à passer, que je n’ai pas de GPS et qu’il me restait quand même quelques affaires à remonter.

Etapes prévues : St Etienne – Roanne – Moulins – Cosne Cours sur Loire – Orléans – Rambouillet, soit environ 115kms par jour pendant 5 jours. Etant donné mes problèmes de genoux (c’est ça d’avoir marché pendant 6 mois, bien fait pour moi), je n’étais même pas sûre de pouvoir pédaler plus de deux heures, aussi je comptais sur la première journée pour étalonner la suite du périple.

Après avoir réglé quelques détails, fait une révision complète de mon vélo chez Décathlon qui m’a coutée plus chère que le prix de ma bécane, planifié bien comme il faut la première journée de trajet et la première nuit en couchsurfing, je suis partie le 20 décembre, dans la quiétude d’un dimanche matin au lever du soleil.
Avec moi : mon sac de 60L sur le porte-bagages, mon petit sac sur le dos, et ma feuille de route scotchée au guidon.

Jour 1 :
7h45 : Départ.
8h30 : Problème d’itinéraire : je n’avais pas prévu de me retrouver sur une 2×2 voies. Mh. Bon,  on va faire ça rapidement, pas grand monde à cette heure là.
9h : Petite route tranquille, le soleil se lève au dessus des collines et les oiseaux piaillent gentiment autour de moi. Je souris.
9h30 : Première ville : je me perds et ne trouve pas la route par laquelle je dois continuer.
9h45 : J’ai retrouvé la route, par contre le gros sac est trop lourd pour le porte-bagages qui est seulement fixé à la tige de selle : ça frotte sur la roue arrière. Erf. Je m’arrête et le sac tombe. Je prie le Saint de l’Electronique que mon PC portable reste vivant. J’essaye de remettre ça au mieux et repars.
9h55 : Non vraiment ça ne va pas le faire. Je prends le gros sac sur le dos et accroche le petit derrière.
10h00 : Oh, je vois dans mon ombre qu’une bretelle du sac derrière volette dans le vent. Je tente de remettre ça bien sans m’arrêter. Parfois je ne sais pas pourquoi, je me figure que je suis capable de faire deux choses en même temps. Je regarde la route asphaltée et la roue avant est déjà partie copiner avec la bande herbeuse à côté. Je me vautre royalement. Nouvelle prière au Saint de l’Electronique, au Saint de la Mécanique cycliste.  J’ai un genou bien écorché et un poignet pas très content, mais ça va. Le vélo a l’air pas trop mal, à part que j’ai cassé le phare avant. Je rigole toute seule de ma débilité profonde. Je re-re-remets mes affaires comme il faut et repars. Ah tiens c’est marrant, le guidon est de travers. J’essaye de le remettre (en m’arrêtant, OUI), mais j’ai beau forcer, il ne bouge pas. Bon tant pis, ça n’empêche pas de rouler.
12h : Pause repas dans le petit village bucolique de Boën-sur-Lignon.

12h45 : Je repars super en forme, avec 15mn d’avance sur mon planning.
13h : Erratum, je n’ai pas pris la bonne route, je repars dans l’autre sens et attrape la bonne direction.
15h30 : ça monte sacrément, mais le petit village en pierre de St Germain-Laval est vraiment mignon. Il y a même un petit château, et une vue sur le relief vallonné autour.

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17h : Arrivée à Roanne, pile à l’heure ! Youhou, j’ai fait plus de 100kms en vélo, je me dis que c’est possible que j’arrive au bout ! Je fais la rencontre de Sylvie qui va m’accueillir pour la nuit. C’est marrant parce que j’avais contacté Dagmar, une psy slovaque sur le site couchsurfing, mais comme elle ne pouvait pas pour cause de maison remplie (c’est ça de voyager à Noël), elle a demandé à une de ses amies de m’héberger, qui a accepté bien qu’elle n’ait jamais fait ça avant. Mais il paraît que j’ai une bonne tête et que Dagmar lui a dit de ne pas s’inquiéter.

Après une douche réparatrice, on discute autour d’une tarte aux pommes qu’elle a faite spécialement pour moi. Et Dagmar passe une heure pour me rencontrer et m’apporter une grosse praline, spécialité de Roanne. Oui, je suis gâtée ! Du coup je repartirai le lendemain avec les pâtisseries que j’avais achetées pour la remercier de son hospitalité + la praline + une mini-tarte aux pommes. On mange un repas entièrement végétarien pour lequel je ne râle même pas, et on papote encore. Elle travaille dans une entreprise qui fait des papillotes, alors elle en a des tas partout 🙂

Bonus en dessin

happiness in 46 steps

Après « quelques » heures de gribouillage dans mon carnet de route, mon résumé de ce voyage est enfin terminé !
46 éléments sont cachés dans ce dessin, chacun représentant une étape de mon parcours, sans les doublons bien sûr. Certains ne peuvent se trouver qu’en ayant lu assidûment le blog, d’autres n’ont été montrés que sur les photos de facebook, d’autres nulle part, et d’autres encore n’ont rien à voir avec le voyage. Autant dire que moi seule détient la clé, mais si certains ont du temps à perdre, qu’ils s’amusent à associer quelques villes à des symboles 🙂

Les étapes :
1-Buenos Aires 2-Mendoza 3-Lavalle 4-Upsallata 5-Santiago 6-Valparaiso 7-Pucon 8-San Martin de los Andes 9-Bariloche 10-El Bolson 11-Esquel 12-Futaleufu 13-Chaiten 14-La Junta 15-Puerto Cisnes 16-Puerto Gaviota 17-Puerto Aysen 18-Coyhaique 19-Cerro Castillo 20-Puerto Tranquilo 21-Puerto Guadal 22-Entre Puerto Guadal et Chile Chico 23-Cochrane 24-Caleta Tortel 25-Villa O’Higgins 26-Entre Chili et Argentine 27-El Chalten 28-El Calafate 29-Parc Torres del Paine 30-Entre Puerto Natales et Punta Arenas 31-Ushuaïa 32-Rio Gallegos 33-Puerto Madryn 34-La Serena 35-Arica 36-Iquique 37-San Pedro de Atacama 38-Salta 39-Purmamarca 40-Tilcara 41-Humahuaca 42-Cachi 43-Cafayate 44-Iguazu 45-Mercedes 46-Colonia Carlos Pellegrini

Voici donc la fin finale de ce blog, que j’ai eu tout compte fait beaucoup de plaisir à mettre à jour !

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Wake up and make your dreams come true : an end

Ça y est, nous voilà à la fin de ce blog !

Petit bilan scientifique : Pendant ces 160 jours de voyage j’ai parcouru environ 13 000 kms en bus, marché au moins plusieurs centaines de kilomètres, pris 4kg (de muscles, ça va de soi), mangé une bonne centaine de sandwichs et sûrement autant d’empanadas, j’ai été piqué bien 200 fois par des moustiques, j’ai passé environ 400h dans des bus, mini-bus, voitures, bateaux, sans jamais m’ennuyer. Je ne me suis prise aucun coup de soleil ce qui est un bel exploit, et je suis allée de 1m sous le niveau de la mer jusqu’à 4300m d’altitude, rencontrant des températures de 0°C à 48°C.

Lors de ma cinquantaine d’étapes, j’ai parlé à plus de 300 personnes différentes, dont une bonne cinquantaine de français, des argentins, des chiliens, des israéliens, des allemands, des brésiliens, des américains, des anglais, des suisses, des belges, des canadiens, des espagnols, des autrichiens, des italiens, des hollandais, des polonais, des danois, des uruguayens, des irlandais, des australiens, des vénézuéliens, des japonais, des colombiens, des finlandais, des costaricains et des paraguayens.
Parmi toutes ces personnes, il y avait un architecte, une chargée d’accueil dans un centre de vacances, un conducteur de camion, une télé-vendeuse, une sage-femme, des acteurs de théâtre, des retraités, une chercheuse en biologie des abeilles, un web programmeur, un chargé de relations sociales dans une ONG et une chargée de dossier dans la même ONG, un ingénieur civil, des géologues, des marins, un guide touristique, un chargé d’affaires, un facteur, un œnologue, un paysagiste, une tradeuse en énergie, une prof, des étudiants en management du sport, architecture, langue, biologie, histoire de l’art, psychologie, filière bois, lettres modernes… —————————————————————————————————————————————————– Avant de partir en voyage, on ne s’imagine jamais vraiment ce qui va se passer. Comment aurais-je pu imaginer que j’allais voir autant de choses incroyables, que j’allais rencontrer ces personnes qui allaient me toucher par leur force, leur générosité, leur joie de vivre, leur énergie, que j’allais vivre de manière si simple et si heureuse… ? J’avais quelques images en tête de l’Argentine, je n’avais aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler le Chili. J’ai été surprise tant de fois par la beauté de ces deux pays, par l’aspect sauvage et désert de certains paysages, par l’immensité et la grandeur d’autres, par la magie qui habite certains lieux. J’ai parfois ri du choc de tomber sur un endroit fabuleux, parfois ouvert grand la bouche de surprise, parfois poussé des « oh » et des « ah » de stupeur, parfois pleuré de joie, parfois admiré en silence un sourire sur les lèvres. Et toujours je me suis dit que j’étais heureuse, d’être là.

Beaucoup de personnes trouvent ça fou, de partir seule comme ça avec un sac à dos, sans plan vraiment défini. De mon côté je ne trouve pas ça si dingue que ça. Tout d’abord parce que c’est plus facile que ce qu’on pense, et ensuite parce que j’ai croisé un paquet de gens qui étaient dans le même cas que moi. Je crois que le plus difficile dans l’histoire, c’est de prendre la décision de partir. Une fois là-bas, tout se met en place tranquillement. J’ai du me faire arnaquer quelques fois, mais jamais je n’ai fait de mauvaise rencontre. Je n’ai quasiment eu aucune contrainte, et le fait d’être seule me permettait une liberté incroyable. Aucun compromis à faire, le seul but était de faire ce que j’avais envie de faire. Ceux qui sont fous, c’est ceux qui font du camping. Ça pour moi c’est trop hardcore, parce qu’il faut se trimballer plein d’affaires, et que ce n’est vraiment pas confortable. Mais pour autant je trouve ça super chouette comme mode de voyage, et j’aimerais bien aimer un peu plus le camping.

Je n’aurais rien à changer dans ce voyage, il a été fantastique comme ça. J’ai été satisfaite de mes préparatifs, de la légèreté de mon sac, de mes multiples changements de plan, d’être rentrée plus tôt, d’avoir pu partager avec vous mes aventures, d’avoir amélioré un peu mon espagnol, d’avoir appris des tas de choses sur l’Argentine et le Chili, d’avoir pris mon temps, d’avoir réalisé un rêve.
J’étais partie avec un tee-shirt sur lequel il était écrit « wake up and make your dreams come true », il était parfait pour l’occasion.

Enfin, je voudrais remercier tout le monde : ceux qui m’ont supportée dans mon projet de voyage, celles qui m’ont encouragée à faire le blog, ceux qui m’ont incité à le continuer, ceux qui m’ont lue, ceux que j’ai rencontré pendant le voyage et qui ont fait de ce voyage ce qu’il a été, ceux qui m’ont aidée avec l’espagnol même s’ils ne risquent pas de passer ici, ceux qui m’ont donné des conseils en matière d’itinéraire ou autre, ceux qui m’ont prêté des affaires pour remplir mon sac, ceux qui ont été là dans les bons moments comme dans les moins bons, et ceux qui ont été contents de me revoir en France.

Pour la suite, je ne sais pas encore vraiment où mes pas me porteront. Je voudrais juste faire quelque chose dans la vie qui me plaise vraiment, même si ça signifie faire une nouvelle formation et changer complètement de travail. Je voudrais habiter dans un endroit avec de la nature, où je me sente bien, recommencer à faire du sport, et bien sûr, continuer à voyager ! Il y a tellement de pays dans lesquels j’aimerais aller, et pourtant pour ma prochaine destination j’ai envie de découvrir tout simplement la France, parce que parfois les plus belles choses sont là juste sous nos yeux.

Ps : j’ai dit que c’était le dernier article, mais un petit bonus est à venir prochainement.

Retour à Buenos Aires

Jeudi 9 avril, j’arrivais à Buenos Aires dans la matinée, 5 mois après en être partie. J’ai toute la journée devant moi, j’ai rendez-vous le soir avec Martin, le géologue que j’avais rencontré à Bariloche le soir de Noël et qui va m’héberger. Je sais déjà où j’ai envie d’aller : la réserve écologique qui était fermée en novembre pour cause d’inondation. Et bien c’était une très jolie réserve, plein de beaux arbres et d’oiseaux. Il y a des promeneurs, des coureurs, des cyclistes, mais sans excès. J’y passe donc quelques heures calmes, contente de cette promenade.

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Zut, moi qui avais justement prévu de nourrir des crocodiles !

Même avec ma blessure au pied et mes claquettes, je me sens encore pleine d’énergie pour marcher jusqu’au quartier Recoleta où habite Martin. Car la ville est gigantesque, et même si sur le plan on a parfois l’impression que tout peut se faire à pieds, c’est loin d’être le cas ! Je retrouve Martin et on passe une partie de la soirée dans un pub pour regarder un match de foot Uruguay – La Boca (club de Buenos Aires) en mangeant une gigantesque milanesa.

Le lendemain, Martin travaillant, je me suis dirigée vers le fameux cimetière de Recoleta, qui est le Père Lachaise local. Je me suis trouvée bien stupide quand, après en avoir fait tout le tour, je n’ai pas trouvé l’entrée… Tant pis, je continue ma promenade ailleurs. Le soir on rejoint Hernan, un de ses amis qui est aussi un joueur d’ultimate, ça me rappelle des bons souvenirs ! Mais Martin, footballeur passionné a l’air sceptique : pour lui ce n’est pas un sport ! Je remarque que j’ai toutes les peines du monde à comprendre ce que dit Martin. Déjà l’accent de Buenos Aires est très fort, et en plus il n’articule pas vraiment, ce qui fait que je lui fais répéter chaque phrase, ou que je fais semblant de comprendre. Après avoir mangé, nous allons à une soirée couchsurfing dans un bar. En arrivant on se colle dessus des petits drapeaux pour dire de quel pays on vient et quelle(s) langue(s) on parle, et c’est parti pour parler avec des inconnus. Hernan a déclaré que j’allais être leur « wingman », c’est-à-dire leur aide pour draguer des nanas, mais il se débrouille très bien tout seul. Je me rends compte que je commence à être sérieusement fatiguée, de devoir passer par le même discours depuis 6 mois que je rencontre des personnes quotidiennement. En plus je n’arrive jamais à répondre à la question « d’où viens-tu en France ? ». Ha si seulement je le savais !
Etrangement, c’est la première fois que je peux parler français avec des non-français, et ça change tout ! Je discute une bonne heure avec un gars qui me dit qu’il est déjà allé en France, à St-Lô en Normandie, pour assister à un concert de Zaz ! Et comme il n’y avait plus de place, il lui a écrit un message privé et elle lui a offert une place VIP, le chanceux ! C’est marrant parce que tous les argentins avec qui j’ai parlé de musique française la connaissent et l’aiment beaucoup car elle est déjà venue faire des concerts en Argentine.

Quand vient l’heure de rentrer, je réalise enfin qu’on est venus en voiture, mais que Martin a bu pendant la soirée. Je monte quand même, et puis je me mets à gamberger. Et une fois que je commence à avoir peur, ce n’est plus possible de faire abstraction. Je me dis que ça serait vraiment trop bête d’avoir un autre accident juste 3 jours avant de rentrer ! Alors qu’on dépose Hernan chez lui, je sors de la voiture et annonce que je vais finir en taxi. Les deux garçons me regardent ahuris, et j’ai beau leur expliquer ce qui ne va pas, impossible de leur faire comprendre. Ils m’assurent que Martin n’est pas saoul, et que s’il semble dormir sur son volant c’est juste parce qu’il a des problèmes d’estomac. Loin d’être convaincue et le moral dans les chaussettes, je les laisse en plan pour prendre un taxi, et tant pis si j’ai cassé l’ambiance.

Mon dernier week-end a été plutôt calme et banal. Au petit matin, Martin part à l’hôpital car il a vraiment trop mal au ventre et qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Les médecins lui ont dit qu’il avait trop mangé et qu’il devait faire une diète. Du coup on ne fait pas grand-chose de la journée, à part un peu de shopping pour lui. Je rigole parce que dans les magasins où il va, les tailles de vêtements sont toutes petites, un S pour homme serait à ma taille. Le soir nous partons à La Plata, où il partage un appartement le week-end avec sa sœur.

Le dimanche, Martin part à un match de foot tandis que je vais me balader avec un autre de ses amis. qui aimerait bien aller en France un jour, notamment pour acheter des parfums français. Et le soir, nous voilà de retour à Buenos Aires car je dois partir lundi matin à l’aéroport.

Prochain et dernier article : un petit bilan de ce voyage !

L’article échec total

Le dimanche soir (on en est au 5 avril), je prenais le bus de nuit qui partait de Puerto Iguazu pour aller à Corrientes. Il doit arriver là-bas vers 6h du matin, et ensuite j’espère chopper un autre bus assez rapidement pour aller à Mercedes. Je passe une assez bonne nuit malgré les différents arrêts du bus. A 6h10, il stoppe une nouvelle fois, et je me demande, endormie et paniquée, si je dois descendre là. Je rassemble vite fait mes affaires, remet mes chaussures et file vers l’avant du bus. Le chauffeur me confirme qu’on est à Corrientes. On est à une station essence, ça a l’air un peu bizarre comme endroit, ça doit être tout petit comme ville. En dormant à moitié je donne mon billet de bus derrière lequel il y a mon numéro de bagage, et récupère mon sac. Une nana derrière me dit que j’ai perdu mon ticket et me le redonne. En fait ce n’est pas le mien, mais je le mets dans ma poche quand même histoire de ne pas le jeter par terre. Le bus part, et je commence à me dire que je ne sais pas bien comment je vais prendre mon prochain bus. J’entre dans la station service et demande à une dame où se prennent les bus. Elle me regarde un peu bizarrement, et me dit que là on est bien à Corrientes, mais à 15km du centre et de la station de bus. Merde. Bon. Je réfléchis intensément. Enfin, intensément comme un matin à 6h30.
Un autre bus s’arrête pour laisser descendre des passagers. Je me précipite et demande si je peux monter jusqu’au terminal de bus. Le gars me demande avec quelle compagnie je suis arrivée, et comme ce n’est pas la même, il refuse et s’en va. Heureusement en même temps s’arrête un nouveau bus, de la compagnie avec laquelle je suis venue. Rebelote, le chauffeur me demande comment je suis arrivée là et veut voir mon ticket de bus. Et c’est là où j’ai de la chance, puisque j’ai gardé dans ma poche le ticket tout froissé qui n’est pas le mien, mais on s’en fiche, au moins il y a le nom de la compagnie de bus dessus. Il me laisse grimper, yes !

A Corrientes, j’ai 3h d’attente avant mon prochain voyage. Un peu fatiguée, je reste là sans faire grand-chose, étonnée aussi de l’efficacité – ou de la désorganisation – de la société de nettoyage qui par moments passe toutes les 10mn passer le balai sous nos pieds. J’observe le balai des porteros, ces hommes qui s’occupent de mettre les bagages en soute. Pour l’explication, en Argentine dès qu’on est dans un terminal de bus, les porteros sont en charge de mettre un numéro sur chaque sac, de le balancer en soute, et de donner le numéro correspondant à la personne. En échange de ça, il est de coutume de donner un pourboire. J’ai déjà vu un portero refuser de charger un sac car aucun pourboire ne lui avait été donné. Alors j’ai pris l’habitude de garder ces billets de 2 pesos en effroyable état pour mes trajets en bus. Pour récupérer son sac, c’est pareil, il faut leur donner un pourboire, ce qui est franchement agaçant quand tu vois ton sac juste là et que tu n’as besoin de personne pour le prendre. Ça m’est déjà arrivé de l’attraper toute seule une fois, et je me suis bien faite crier dessus !

Après 2 ou 3h de bus, me voilà enfin à Mercedes. Pour les personnes qui se demanderont s’il y a des mercedes là-bas : et bien je n’en ai vu aucune haha ! La ville n’est pas très grande, morte quand j’arrive car c’est l’heure de la sieste et que tout est fermé, mais sinon elle a l’air plutôt agréable et pas du tout touristique. Je trouve une auberge où Béa la propriétaire est tout à fait charmante et attentionnée. Je suis l’unique voyageuse, mais elle m’assure que la semaine dernière c’était rempli. Je me retrouve dans un dortoir de 3 pour moi, ça a l’air calme comme tout, parfait !

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Je règle la logistique pour aller à la réserve « Esteros del Ibéra », la raison pour laquelle je suis là. Dans les guides c’est écrit que c’est un peu compliqué d’aller là-bas et que pour cette raison peu de personnes font le déplacement. Pour de vrai ce qui est compliqué c’est de s’entendre correctement avec l’unique compagnie qui propose à la fois le trajet et le logement. Parce que la nana de l’agence est tout à fait incompétente, qu’elle me donne à chaque fois des prix différents, que la réduction que je suis censée avoir avec mon mini-guide ne marche que dans le cas où je prends un package qui vaut plus cher que chaque chose prise séparément, que finalement elle peut me faire une réduction sur ci et ça mais elle ne sait pas faire une réduction de 10% alors je dois tout vérifier pour ne pas me faire arnaquer. J’ai presque envie de laisser tomber tellement ça paraît mal parti. Mais étant donné que j’arrive à la fin de mon voyage et que je ne peux plus vraiment changer d’itinéraire, je respire un grand coup et me décide à y aller.

Au final c’est bon, je prends le van le lendemain midi et arrive à Colonia Carlos Pellegrini en début d’après-midi. Sur la route rectiligne et défoncée, je me rends compte au fur et à mesure des kilomètres que cette réserve n’est pas du tout ce à quoi je pensais. Je croyais aller dans une sorte de forêt amazonienne à échelle réduite, qui serait luxuriante de végétation et qui regorgerait d’animaux sauvages de tout genre. En fait je ne vois aucun arbre à l’horizon, tout simplement parce que « Esteros del Ibéra », étangs de l’Ibéra en français, signifie en langue guarani « les eaux qui brillent » : ce sont des marécages et des étangs. Mais qui ont la réputation de posséder une faune et une flore très variée, avec une faune autochtone menacée et protégée.

Tant pis tant mieux, on verra bien ce que ça donne. J’ai déjà payé pour une promenade à pieds avec un guide, et une balade à cheval. Pour le tour en barque, ce qui a l’air le plus intéressant, j’attends de voir car je suis à cours de liquide. Oui parce qu’évidemment c’est juste pour ma dernière semaine que j’ai dépassé le plafond de retrait et que ma deuxième carte ne marche pas dans les distributeurs de la petite ville.

Le van me laisse devant mon auberge, où Nelson, un grand jeune m’accueille. C’est le fils des proprio, et en fait c’est avec lui que je vais faire la promenade guidée. Je découvre les « cabanes ». Là encore, aucun autre voyageur en même temps que moi, j’ai donc une petite maison pour moi toute seule, super ! Dans la soirée, on part faire la promenade. Sachant que j’avais payé environ 15€, je m’attendais à une bonne marche. Et non, j’aurais du me souvenir que parfois on se fait avoir. Bien comme il faut cette fois encore ! On a fait 10mn de voiture, visité 10mn le centre pour visiteurs, on a marché 10mn dans un sous-bois où on était censé pouvoir observer des singes, sauf qu’ils étaient cachés, et lui il avait un petit livre pour me dire que ça c’était tel oiseau et ça c’était tel arbre. On a aussi marché 10mn aller-retour sur une passerelle en bois au dessus de l’étang. Et voilà, bim, 150 pesos.

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Carpincho

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Après la petite balade, mon guide privé me laisse pour aller à son cours du soir. Il m’a proposé de repasser après, à 22h30 pour une promenade nocturne et une bière.

Papa, tu peux passer au paragraphe suivant, risque important d’évanouissement !
Je tente de prendre une douche, sans réussir à comprendre comment faire sortir l’eau par le pommeau. Echec, il faut plus qu’un diplôme d’ingénieur pour trouver le fonctionnement. Je sors, mets une claquette, essaye de chopper la deuxième eeet glisse sur le sol mouillé. Heureusement j’ai des bons réflexes alors je me rattrape au lavabo. Alors que je me suis à peine appuyée dessus, il décide de prendre son envol. Heureusement comme j’ai des très bons réflexes, je le rattrape à temps. Occupée à vouloir le remettre en place, je n’ai pas vu que le pied du lavabo à son tour réclamait son indépendance. Il s’écrase au sol et se brise. Sur un de mes pieds. Je me retrouve donc avec un lavabo dans les mains et un pied qui pisse le sang.
Et merde.
Le point positif c’est que le miroir ne s’est pas cassé, j’ai évité 7 ans de malheur. Je pose le lavabo au sol, évidemment le tuyau est trop court, il se détache et commence à tout arroser. Je le plante dans la canalisation du lavabo. Bon, et maintenant ? Tant bien que mal, en tenant mon pied dans une main et à l’aide d’une serpillère j’arrive à rejoindre la chambre pour attraper ma trousse premier secours sans trop en mettre partout. Une compresse et du scotch d’électricien, tadadam ! Quand ça aura fini de guérir ça me fera une belle petite cicatrice en forme d’empanada sur le pied !
Après mure réflexion, je me dis qu’il faudrait que j’aille voir à l’hôpital si j’ai besoin de points de suture. Oui parce que bien qu’il n’y ait que 800 habitants, j’avais vu l’hôpital sur le plan.
Je sors dans la nuit avec la lampe frontale en laissant la salle de bains en mode scène de meurtre. A la première maison, je demande oú est l’hôpital. Le monsieur me répond que c’est à 4 rues d’ici. Ok, je m’élance clopin-clopant. Le gars me hèle. Je me dis qu’il va me proposer de m’emmener. Non, il me dit que sa femme qui travaille à l’hôpital vient de lui dire que c’est complètement fermé et qu’il n’y aura pas de médecin avant demain 7h. Et qu’à 7h c’est juste pour les gens malades. Euh bon, d’accord.
Je retourne dans la cabane, fais un peu de ménage avec les moyens du bord, et me fais du riz.

Finalement pas de promenade de nuit pour moi !

Maman passe au paragraphe suivant, tu ne vas pas aimer non plus !

Etant donné que c’est une journée bien pourrie comme il faut, ça continue pendant la nuit. Je n’arrive pas à dormir, puis je me réveille au milieu de la nuit, attaquée par un moustique. Je me décide à me lever pour me parfumer à l’anti-moustiques. J’allume la lumière, et là une petite souris entre dans la chambre, par un trou en bas de la porte…Génial… ! Je n’ai pas crié, ni paniqué, juste blasée de cette rencontre. Bon, pour l’instant je suis en sécurité sur le lit, elle ne va pas y grimper, hein ? J’espère juste qu’elle ne va pas rentrer dans mes affaires posées au sol. Depuis mon perchoir j’ouvre la porte, et j’arrive en lui faisant peur à la faire sortir. Je referme la porte, met un oreiller devant pour l’empêcher de rentrer, et retourne dormir. A 6h15, des coqs plein d’énergie me réveillent. Je me lève, me prépare, et file à l’hôpital en trainant la patte. A 7h15 quelqu’un arrive enfin ouvrir l’hôpital. Elle me fait un beau pansement, et me voilà repartie.

J’arrive tant bien que mal à mettre mes chaussures et pars à ma randonnée à cheval où je suis avec une famille belge et une argentine. Le moment où on est dans les marécages est marrant mais sinon rien de transcendant, j’avais préféré l’épopée chevaleresque au Cerro Castillo !

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Lorsque je reviens à l’auberge, on m’apprend que le plombier est passé et que je dois leur payer 700 pesos de réparation. Là je me dis que je n’aurais peut-être pas eu une mauvaise idée de ne pas venir ici. Je compte tout l’argent qu’il me reste : 700 pesos environ, mais il m’en faut 200 pour le bus du retour. Bon, pas de barque ça c’est sûr. Je leur donne mes 500 pesos, leur dit qu’ils comptent les 135 que j’avais payés pour la seconde nuit que je ne ferai pas, et que je payerai les pesos restants dans leur agence à Mercedes.

En milieu d’après-midi me voilà donc de retour à Mercedes, les poches vides. Impossible de retirer de l’argent, ni de changer la tonne de pesos chiliens que je me trimballe toujours avec moi. Dernière option : changer LE billet de 20€ qui voyage avec moi depuis le début de mon voyage. Je me sens riche là et paye les 65 pesos restants. J’avais déjà acheté mon dernier billet de bus pour Buenos Aires le lendemain soir, mais à force de réflexion je le change pour le soir même. Plus qu’une dizaine d’heures à attendre.