Retour à Buenos Aires

Jeudi 9 avril, j’arrivais à Buenos Aires dans la matinée, 5 mois après en être partie. J’ai toute la journée devant moi, j’ai rendez-vous le soir avec Martin, le géologue que j’avais rencontré à Bariloche le soir de Noël et qui va m’héberger. Je sais déjà où j’ai envie d’aller : la réserve écologique qui était fermée en novembre pour cause d’inondation. Et bien c’était une très jolie réserve, plein de beaux arbres et d’oiseaux. Il y a des promeneurs, des coureurs, des cyclistes, mais sans excès. J’y passe donc quelques heures calmes, contente de cette promenade.

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Zut, moi qui avais justement prévu de nourrir des crocodiles !

Même avec ma blessure au pied et mes claquettes, je me sens encore pleine d’énergie pour marcher jusqu’au quartier Recoleta où habite Martin. Car la ville est gigantesque, et même si sur le plan on a parfois l’impression que tout peut se faire à pieds, c’est loin d’être le cas ! Je retrouve Martin et on passe une partie de la soirée dans un pub pour regarder un match de foot Uruguay – La Boca (club de Buenos Aires) en mangeant une gigantesque milanesa.

Le lendemain, Martin travaillant, je me suis dirigée vers le fameux cimetière de Recoleta, qui est le Père Lachaise local. Je me suis trouvée bien stupide quand, après en avoir fait tout le tour, je n’ai pas trouvé l’entrée… Tant pis, je continue ma promenade ailleurs. Le soir on rejoint Hernan, un de ses amis qui est aussi un joueur d’ultimate, ça me rappelle des bons souvenirs ! Mais Martin, footballeur passionné a l’air sceptique : pour lui ce n’est pas un sport ! Je remarque que j’ai toutes les peines du monde à comprendre ce que dit Martin. Déjà l’accent de Buenos Aires est très fort, et en plus il n’articule pas vraiment, ce qui fait que je lui fais répéter chaque phrase, ou que je fais semblant de comprendre. Après avoir mangé, nous allons à une soirée couchsurfing dans un bar. En arrivant on se colle dessus des petits drapeaux pour dire de quel pays on vient et quelle(s) langue(s) on parle, et c’est parti pour parler avec des inconnus. Hernan a déclaré que j’allais être leur « wingman », c’est-à-dire leur aide pour draguer des nanas, mais il se débrouille très bien tout seul. Je me rends compte que je commence à être sérieusement fatiguée, de devoir passer par le même discours depuis 6 mois que je rencontre des personnes quotidiennement. En plus je n’arrive jamais à répondre à la question « d’où viens-tu en France ? ». Ha si seulement je le savais !
Etrangement, c’est la première fois que je peux parler français avec des non-français, et ça change tout ! Je discute une bonne heure avec un gars qui me dit qu’il est déjà allé en France, à St-Lô en Normandie, pour assister à un concert de Zaz ! Et comme il n’y avait plus de place, il lui a écrit un message privé et elle lui a offert une place VIP, le chanceux ! C’est marrant parce que tous les argentins avec qui j’ai parlé de musique française la connaissent et l’aiment beaucoup car elle est déjà venue faire des concerts en Argentine.

Quand vient l’heure de rentrer, je réalise enfin qu’on est venus en voiture, mais que Martin a bu pendant la soirée. Je monte quand même, et puis je me mets à gamberger. Et une fois que je commence à avoir peur, ce n’est plus possible de faire abstraction. Je me dis que ça serait vraiment trop bête d’avoir un autre accident juste 3 jours avant de rentrer ! Alors qu’on dépose Hernan chez lui, je sors de la voiture et annonce que je vais finir en taxi. Les deux garçons me regardent ahuris, et j’ai beau leur expliquer ce qui ne va pas, impossible de leur faire comprendre. Ils m’assurent que Martin n’est pas saoul, et que s’il semble dormir sur son volant c’est juste parce qu’il a des problèmes d’estomac. Loin d’être convaincue et le moral dans les chaussettes, je les laisse en plan pour prendre un taxi, et tant pis si j’ai cassé l’ambiance.

Mon dernier week-end a été plutôt calme et banal. Au petit matin, Martin part à l’hôpital car il a vraiment trop mal au ventre et qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Les médecins lui ont dit qu’il avait trop mangé et qu’il devait faire une diète. Du coup on ne fait pas grand-chose de la journée, à part un peu de shopping pour lui. Je rigole parce que dans les magasins où il va, les tailles de vêtements sont toutes petites, un S pour homme serait à ma taille. Le soir nous partons à La Plata, où il partage un appartement le week-end avec sa sœur.

Le dimanche, Martin part à un match de foot tandis que je vais me balader avec un autre de ses amis. qui aimerait bien aller en France un jour, notamment pour acheter des parfums français. Et le soir, nous voilà de retour à Buenos Aires car je dois partir lundi matin à l’aéroport.

Prochain et dernier article : un petit bilan de ce voyage !

L’article échec total

Le dimanche soir (on en est au 5 avril), je prenais le bus de nuit qui partait de Puerto Iguazu pour aller à Corrientes. Il doit arriver là-bas vers 6h du matin, et ensuite j’espère chopper un autre bus assez rapidement pour aller à Mercedes. Je passe une assez bonne nuit malgré les différents arrêts du bus. A 6h10, il stoppe une nouvelle fois, et je me demande, endormie et paniquée, si je dois descendre là. Je rassemble vite fait mes affaires, remet mes chaussures et file vers l’avant du bus. Le chauffeur me confirme qu’on est à Corrientes. On est à une station essence, ça a l’air un peu bizarre comme endroit, ça doit être tout petit comme ville. En dormant à moitié je donne mon billet de bus derrière lequel il y a mon numéro de bagage, et récupère mon sac. Une nana derrière me dit que j’ai perdu mon ticket et me le redonne. En fait ce n’est pas le mien, mais je le mets dans ma poche quand même histoire de ne pas le jeter par terre. Le bus part, et je commence à me dire que je ne sais pas bien comment je vais prendre mon prochain bus. J’entre dans la station service et demande à une dame où se prennent les bus. Elle me regarde un peu bizarrement, et me dit que là on est bien à Corrientes, mais à 15km du centre et de la station de bus. Merde. Bon. Je réfléchis intensément. Enfin, intensément comme un matin à 6h30.
Un autre bus s’arrête pour laisser descendre des passagers. Je me précipite et demande si je peux monter jusqu’au terminal de bus. Le gars me demande avec quelle compagnie je suis arrivée, et comme ce n’est pas la même, il refuse et s’en va. Heureusement en même temps s’arrête un nouveau bus, de la compagnie avec laquelle je suis venue. Rebelote, le chauffeur me demande comment je suis arrivée là et veut voir mon ticket de bus. Et c’est là où j’ai de la chance, puisque j’ai gardé dans ma poche le ticket tout froissé qui n’est pas le mien, mais on s’en fiche, au moins il y a le nom de la compagnie de bus dessus. Il me laisse grimper, yes !

A Corrientes, j’ai 3h d’attente avant mon prochain voyage. Un peu fatiguée, je reste là sans faire grand-chose, étonnée aussi de l’efficacité – ou de la désorganisation – de la société de nettoyage qui par moments passe toutes les 10mn passer le balai sous nos pieds. J’observe le balai des porteros, ces hommes qui s’occupent de mettre les bagages en soute. Pour l’explication, en Argentine dès qu’on est dans un terminal de bus, les porteros sont en charge de mettre un numéro sur chaque sac, de le balancer en soute, et de donner le numéro correspondant à la personne. En échange de ça, il est de coutume de donner un pourboire. J’ai déjà vu un portero refuser de charger un sac car aucun pourboire ne lui avait été donné. Alors j’ai pris l’habitude de garder ces billets de 2 pesos en effroyable état pour mes trajets en bus. Pour récupérer son sac, c’est pareil, il faut leur donner un pourboire, ce qui est franchement agaçant quand tu vois ton sac juste là et que tu n’as besoin de personne pour le prendre. Ça m’est déjà arrivé de l’attraper toute seule une fois, et je me suis bien faite crier dessus !

Après 2 ou 3h de bus, me voilà enfin à Mercedes. Pour les personnes qui se demanderont s’il y a des mercedes là-bas : et bien je n’en ai vu aucune haha ! La ville n’est pas très grande, morte quand j’arrive car c’est l’heure de la sieste et que tout est fermé, mais sinon elle a l’air plutôt agréable et pas du tout touristique. Je trouve une auberge où Béa la propriétaire est tout à fait charmante et attentionnée. Je suis l’unique voyageuse, mais elle m’assure que la semaine dernière c’était rempli. Je me retrouve dans un dortoir de 3 pour moi, ça a l’air calme comme tout, parfait !

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Je règle la logistique pour aller à la réserve « Esteros del Ibéra », la raison pour laquelle je suis là. Dans les guides c’est écrit que c’est un peu compliqué d’aller là-bas et que pour cette raison peu de personnes font le déplacement. Pour de vrai ce qui est compliqué c’est de s’entendre correctement avec l’unique compagnie qui propose à la fois le trajet et le logement. Parce que la nana de l’agence est tout à fait incompétente, qu’elle me donne à chaque fois des prix différents, que la réduction que je suis censée avoir avec mon mini-guide ne marche que dans le cas où je prends un package qui vaut plus cher que chaque chose prise séparément, que finalement elle peut me faire une réduction sur ci et ça mais elle ne sait pas faire une réduction de 10% alors je dois tout vérifier pour ne pas me faire arnaquer. J’ai presque envie de laisser tomber tellement ça paraît mal parti. Mais étant donné que j’arrive à la fin de mon voyage et que je ne peux plus vraiment changer d’itinéraire, je respire un grand coup et me décide à y aller.

Au final c’est bon, je prends le van le lendemain midi et arrive à Colonia Carlos Pellegrini en début d’après-midi. Sur la route rectiligne et défoncée, je me rends compte au fur et à mesure des kilomètres que cette réserve n’est pas du tout ce à quoi je pensais. Je croyais aller dans une sorte de forêt amazonienne à échelle réduite, qui serait luxuriante de végétation et qui regorgerait d’animaux sauvages de tout genre. En fait je ne vois aucun arbre à l’horizon, tout simplement parce que « Esteros del Ibéra », étangs de l’Ibéra en français, signifie en langue guarani « les eaux qui brillent » : ce sont des marécages et des étangs. Mais qui ont la réputation de posséder une faune et une flore très variée, avec une faune autochtone menacée et protégée.

Tant pis tant mieux, on verra bien ce que ça donne. J’ai déjà payé pour une promenade à pieds avec un guide, et une balade à cheval. Pour le tour en barque, ce qui a l’air le plus intéressant, j’attends de voir car je suis à cours de liquide. Oui parce qu’évidemment c’est juste pour ma dernière semaine que j’ai dépassé le plafond de retrait et que ma deuxième carte ne marche pas dans les distributeurs de la petite ville.

Le van me laisse devant mon auberge, où Nelson, un grand jeune m’accueille. C’est le fils des proprio, et en fait c’est avec lui que je vais faire la promenade guidée. Je découvre les « cabanes ». Là encore, aucun autre voyageur en même temps que moi, j’ai donc une petite maison pour moi toute seule, super ! Dans la soirée, on part faire la promenade. Sachant que j’avais payé environ 15€, je m’attendais à une bonne marche. Et non, j’aurais du me souvenir que parfois on se fait avoir. Bien comme il faut cette fois encore ! On a fait 10mn de voiture, visité 10mn le centre pour visiteurs, on a marché 10mn dans un sous-bois où on était censé pouvoir observer des singes, sauf qu’ils étaient cachés, et lui il avait un petit livre pour me dire que ça c’était tel oiseau et ça c’était tel arbre. On a aussi marché 10mn aller-retour sur une passerelle en bois au dessus de l’étang. Et voilà, bim, 150 pesos.

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Carpincho

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Après la petite balade, mon guide privé me laisse pour aller à son cours du soir. Il m’a proposé de repasser après, à 22h30 pour une promenade nocturne et une bière.

Papa, tu peux passer au paragraphe suivant, risque important d’évanouissement !
Je tente de prendre une douche, sans réussir à comprendre comment faire sortir l’eau par le pommeau. Echec, il faut plus qu’un diplôme d’ingénieur pour trouver le fonctionnement. Je sors, mets une claquette, essaye de chopper la deuxième eeet glisse sur le sol mouillé. Heureusement j’ai des bons réflexes alors je me rattrape au lavabo. Alors que je me suis à peine appuyée dessus, il décide de prendre son envol. Heureusement comme j’ai des très bons réflexes, je le rattrape à temps. Occupée à vouloir le remettre en place, je n’ai pas vu que le pied du lavabo à son tour réclamait son indépendance. Il s’écrase au sol et se brise. Sur un de mes pieds. Je me retrouve donc avec un lavabo dans les mains et un pied qui pisse le sang.
Et merde.
Le point positif c’est que le miroir ne s’est pas cassé, j’ai évité 7 ans de malheur. Je pose le lavabo au sol, évidemment le tuyau est trop court, il se détache et commence à tout arroser. Je le plante dans la canalisation du lavabo. Bon, et maintenant ? Tant bien que mal, en tenant mon pied dans une main et à l’aide d’une serpillère j’arrive à rejoindre la chambre pour attraper ma trousse premier secours sans trop en mettre partout. Une compresse et du scotch d’électricien, tadadam ! Quand ça aura fini de guérir ça me fera une belle petite cicatrice en forme d’empanada sur le pied !
Après mure réflexion, je me dis qu’il faudrait que j’aille voir à l’hôpital si j’ai besoin de points de suture. Oui parce que bien qu’il n’y ait que 800 habitants, j’avais vu l’hôpital sur le plan.
Je sors dans la nuit avec la lampe frontale en laissant la salle de bains en mode scène de meurtre. A la première maison, je demande oú est l’hôpital. Le monsieur me répond que c’est à 4 rues d’ici. Ok, je m’élance clopin-clopant. Le gars me hèle. Je me dis qu’il va me proposer de m’emmener. Non, il me dit que sa femme qui travaille à l’hôpital vient de lui dire que c’est complètement fermé et qu’il n’y aura pas de médecin avant demain 7h. Et qu’à 7h c’est juste pour les gens malades. Euh bon, d’accord.
Je retourne dans la cabane, fais un peu de ménage avec les moyens du bord, et me fais du riz.

Finalement pas de promenade de nuit pour moi !

Maman passe au paragraphe suivant, tu ne vas pas aimer non plus !

Etant donné que c’est une journée bien pourrie comme il faut, ça continue pendant la nuit. Je n’arrive pas à dormir, puis je me réveille au milieu de la nuit, attaquée par un moustique. Je me décide à me lever pour me parfumer à l’anti-moustiques. J’allume la lumière, et là une petite souris entre dans la chambre, par un trou en bas de la porte…Génial… ! Je n’ai pas crié, ni paniqué, juste blasée de cette rencontre. Bon, pour l’instant je suis en sécurité sur le lit, elle ne va pas y grimper, hein ? J’espère juste qu’elle ne va pas rentrer dans mes affaires posées au sol. Depuis mon perchoir j’ouvre la porte, et j’arrive en lui faisant peur à la faire sortir. Je referme la porte, met un oreiller devant pour l’empêcher de rentrer, et retourne dormir. A 6h15, des coqs plein d’énergie me réveillent. Je me lève, me prépare, et file à l’hôpital en trainant la patte. A 7h15 quelqu’un arrive enfin ouvrir l’hôpital. Elle me fait un beau pansement, et me voilà repartie.

J’arrive tant bien que mal à mettre mes chaussures et pars à ma randonnée à cheval où je suis avec une famille belge et une argentine. Le moment où on est dans les marécages est marrant mais sinon rien de transcendant, j’avais préféré l’épopée chevaleresque au Cerro Castillo !

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Lorsque je reviens à l’auberge, on m’apprend que le plombier est passé et que je dois leur payer 700 pesos de réparation. Là je me dis que je n’aurais peut-être pas eu une mauvaise idée de ne pas venir ici. Je compte tout l’argent qu’il me reste : 700 pesos environ, mais il m’en faut 200 pour le bus du retour. Bon, pas de barque ça c’est sûr. Je leur donne mes 500 pesos, leur dit qu’ils comptent les 135 que j’avais payés pour la seconde nuit que je ne ferai pas, et que je payerai les pesos restants dans leur agence à Mercedes.

En milieu d’après-midi me voilà donc de retour à Mercedes, les poches vides. Impossible de retirer de l’argent, ni de changer la tonne de pesos chiliens que je me trimballe toujours avec moi. Dernière option : changer LE billet de 20€ qui voyage avec moi depuis le début de mon voyage. Je me sens riche là et paye les 65 pesos restants. J’avais déjà acheté mon dernier billet de bus pour Buenos Aires le lendemain soir, mais à force de réflexion je le change pour le soir même. Plus qu’une dizaine d’heures à attendre.

Iguazu partie 2, la partie de plaisir continue !

En rentrant des chutes brésiliennes le temps était toujours magnifique, de quoi profiter un peu de la piscine. Par contre je ne ferai aucune rencontre intéressante dans cette auberge. Beaucoup trop de français que j’évite, et dans ma chambre il y a une coréenne qui rote magnifiquement bien, et une finlandaise un peu trop prout-prout qui voyage avec une brésilienne qui me snobe carrément. Par contre coup de bol et du hasard encore une fois, j’apprends grâce à facebook que la française Julie que j’avais rencontrée à Puerto Madryn fin février et qui se dirigeait vers Ushuaïa est aussi à Iguazu !

Le lendemain matin, j’arrive à 7h30 aux chutes argentines pile poil pour l’ouverture. Un gentil guide qui parle aussi français me dit que la veille il y a eu 11 000 visiteurs et que c’était un sacré bordel ! Il me recommande donc d’aller tout de suite à la Garganta del Diablo, THE chute la plus impressionnante, et ensuite de faire le circuit inférieur puis le circuit supérieur. Je suis son conseil, et pars le long de la voie du petit train pour 30mn de marche. Je suis seule, pas un chat ! Enfin, pas de chat par contre il y a des papillons, plein de papillons ! Comme la veille, je suis toute contente. Dès que j’en vois un, je le suis quelques minutes pour l’admirer. Puis j’essaye de me raisonner : « Eloïse, c’est pas possible, tu ne peux pas suivre chaque papillon qui passe, reste concentrée ! ». Tant bien que mal je continue le chemin. Alors que je me dis que c’est chouette, il ne va y avoir personne à la chute, je suis rattrapée et dépassée par…ben oui, le petit train ! Petit train archi blindé, 150 personnes environ je dirais, qui me scrutent tous comme si j’étais un spécimen de la forêt, une espèce bizarroïde qui MARCHE. Moi, je rigole d’avoir été aussi bête, je vais être loin d’être seule !

Au bout du chemin de terre, une passerelle de 1000m s’élance au dessus de la rivière. A un moment, on peut voir des restes de passerelle, vestiges restants de la dernière inondation qui a tout emporté. Le débit habituel de la rivière est d’environ 1750 m3/s, mais en 1982, 1983 et 1992 le débit est monté jusqu’à 39 000 m3/s ! Et parfois il y a aussi des grandes sécheresses qui laissent les chutes anorexiques.
Lorsque j’arrive au bout de la passerelle, je suis sidérée. De la beauté du lieu, de la puissance de l’eau à cet endroit, du bruit, de tout, c’est juste indescriptible. Aucune photo ni vidéo ne peut rendre ne serait-ce qu’à moitié ce qu’on ressent devant ces chutes. On ne m’a donc pas menti, ces chutes sont incroyables.
Je reste là un bon moment, en me battant pacifiquement pour conserver ma place un mètre au dessus de l’endroit où l’eau se jette avec force dans le vide. Je fais des vraies photos, et aussi des captures mentales des sons, de l’atmosphère, de la magie qui se dégage.

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J’ai repris le chemin inverse, sans reprendre le train bien sûr. Ce qui fut un bon choix puisque j’ai pu surprendre en pleine liberté des singes sautant de branche en branche, quelques wagons remplis de touristes, et un coati grimper à un palmier. Et des papillons, on s’en doute ! J’ai recroisé le guide qui parle français, et me suis élancée sur les deux boucles de passerelles qui circulent entre différentes chutes. Stratégiquement, je comprends pourquoi d’habitude le conseil est de terminer par la Garganta del Diablo, c’est pour finir en apothéose. Là du coup il n’y a pas de crescendo dans les découvertes. C’était moins impressionnant, mais ça restait très très beau, on ne va pas faire la blasée quand même. J’ai pu admirer quelques minutes les pérégrinations d’énormes fourmis portant une armure dorée, mais je ne me suis pas risquée à en prendre une sur ma main, pas folle la guêpe.

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Le jour suivant, direction Güira Oga, « la maison des oiseaux » en langage guarani, un centre de réhabilitation pour animaux blessés par des chasseurs, victimes de trafic ou abandonnés par des particuliers. A la base ce centre recueillait uniquement des oiseaux, puis cela a changé pour protéger toutes sortes d’animaux. On m’annonce à l’accueil que la visite est guidée et dure 1h30. Ça me paraît correct comme temps, mais en fait c’était horriblement court ! Tout d’abord on nous a chargé dans la remorque aménagée tirée par un tracteur jusqu’au début de la visite où un film était projeté. Le film était vraiment sympa et ouvrait bien la curiosité pour la suite. Les animaux sont recueillis, voient un vétérinaire qui décide s’ils ont besoin de soin, certains devront passer par une étape de réapprentissage comportemental, certains seront relâchés après un certain temps dans leur environnement sauvage, d’autres devront rester là à vie, d’autres ne survivront pas. Puis alors que je commençais à lire les différents panneaux explicatifs en dehors de la salle de projection, la guide part avec le groupe. Erf. Je fais des photos pour lire plus tard, et part rattraper les autres. En courant. Ça résume la visite. J’étais en permanence la dernière, ça m’a énormément frustrée de n’avoir aucun répit. On arrivait devant une cage, parfois la guide expliquait pourquoi l’animal avait été recueilli, souvent non, et on se dirigeait aussitôt vers la suivante. C’est comme ça qu’on a entre-aperçu des toucans, des aras, des perruches, des aigles et faucons, un tatou, des tortues, un yacaré (petit caïman local), des singes, un ocelot, des chouettes… Il m’aurait fallu au moins deux fois plus de temps pour en profiter et poser des questions, grande déception donc que ce centre ! Histoire de me redonner le sourire, j’ai passé 15mn à l’entrée du parc à suivre un énorme papillon bleu qui me plaisait beaucoup.

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Je marche dix minutes jusqu’à arriver à La Aripuca dont le nom vient d’un piège pour attraper des petits animaux sans les blesser, utilisé par le peuple Guarani. Ici a été reproduite une version géante du piège avec des troncs d’arbres issus de tempêtes ou de déforestation illégale. L’entrée est constituée de deux souches dont l’une est estimée à 500 ans et l’autre à 1000 ans d’âge ! L’endroit a pour vocation de sensibiliser à la conversation de la faune et de la flore dans cette région où la forêt appelée « Bosque Atlanticodel Alto Parana » qui s’étend sur le Brésil, le Paraguay et l’Argentine ne représente plus que 8% de sa surface initiale ! C’était intéressant, mais j’aurais bien voulu en apprendre encore un peu plus.

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Puis j’ai fait une bonne heure de marche pour rentrer jusqu’à la ville, croisant des tas de gamins pieds nus, les pieds orange. A dix minutes de la fin, une superbe averse s’est déclenchée. J’ai sorti mon kway, pas pour moi mais pour mon sac, et j’ai continué à marcher tranquillement sous les trombes d’eau, heureuse. Le soir avant de prendre mon bus je suis allée boire un verre avec la française Julie, et comme d’hab j’étais trop contente de revoir une tête connue. On nous a servi de la bière dans des verres à vin, pourquoi pas ! Quand on se raconte nos aventures depuis qu’on s’est quittées, elle me dit qu’elle ne devait rester que 5 jours à Ushuaïa chez son couchsurfeur, et puis finalement elle y est restée 3 semaines, ça m’a fait trop rire ! Et elle prévoit d’y retourner cet hiver, elle est folle ! Mais ça m’amuse, toutes ces filles qui rencontrent quelqu’un en chemin et changent tous leurs plans pour recroiser leur argentin une autre fois. Je dis toutes ces filles parce que je n’ai jamais croisé un gars qui ait rencontré une argentine !

Le nord et le nord, c’est pas pareil

A Amaicha del Valle, j’avais prévu d’aller faire une balade tranquille où il y a des cascades à voir. Mais il faisait tellement chaud et j’étais tellement bien à l’auberge, que je suis restée là à lire. J’ai appris que mon amie Lisa était à Salta, à quelques petites heures de là ! J’aurais bien fait un petit détour, sauf que vu le nombre de jours qu’il me restait et la grève de bus nationale le jour même, ça compliquait les choses. Je me suis contentée d’acheter un ticket de bus pour le lendemain 3h du matin, parce que pourquoi pas partir à 3h du matin hein ! Pour de vrai, c’est parce que je voulais arriver rapidement à Puerto Iguazu, et que soit c’était le bus de 3h pour pouvoir attraper le bus suivant à Tucuman à 11h30, soit je devais attendre un jour de plus. J’ai acheté mon petit déj du lendemain matin, et j’ai continué à me tourner les pouces comme je sais si bien le faire. Au moment de faire mon sac, un détail m’intrigue. Pourquoi y a-t-il une miette à côté de mon sac ? Je prépare je prépare, et là, je me rends compte que mon petit déj (une pâtisserie qui s’appelle « factura », c’est drôle) a disparu ! Soit c’est l’israëlienne qui avait vraiment la dalle, soit je n’ai jamais acheté de factura, soit c’était une illusion d’optique, soit…le chat punaaaaaise ! Sale bestiole, tous les mêmes ces chats ! La mère Sol, décidément trop gentille, est allée m’en racheter deux pour s’excuser de son chat gourmand.

Au milieu de la nuit, je me glisse silencieusement hors de la chambre et pars prendre mon bus. Evidemment, le temps de marcher 5mn et me voilà réveillée, plus envie de dormir. On arrive à Tucuman un peu après 7h. Là pour le coup, je suis toute embrumée, comme la ville. Je traîne un peu dans la gare pour acheter mon billet de bus suivant. Il ne restait plus que 3 places, et le bus aura environ 1h30 de retard. Ça veut dire que j’aurais pu prendre le bus de 8h ce matin, mais que si j’avais pris le bus de 8h je n’aurais probablement plus eu de place pour le suivant. Je pars m’occuper quelques heures en ville. Comme j’avais lu à deux trois endroits, cette ville n’est pas faite pour le tourisme. Elle est sale, elle pue, et elle n’a pas l’air très belle. Je me trouve un cyber qui sent la friture pour faire un petit article, et retourne attendre patiemment. Attendre, c’est tellement une habitude maintenant. Mais j’ai remarqué qu’autant passer 25h en bus ça ne me dérange pas, au contraire, autant attendre quelques heures dans une gare routière c’est pas trop mon truc.

Le bus qui devait arriver à 11h30 à la base, ou 13h nouvelle heure, a encore plus de retard que prévu. A 14h je me lève enfin, les bras en l’air en signe de victoire. Echec, ce n’est pas le bon. C’est finalement après 3h30 de retard que le bus arrive enfin et qu’on attaque les 20h de bus jusqu’à Iguazu, à la frontière avec le Brésil et le Paraguay. On nous passe Blended que je vois pour la deuxième fois en bus, Brick Mansion, et surtout, juste avant de dormir, Relatos salvajes (de Damian Szifron, « Les nouveaux sauvages » en français). Ce film argentino-espagnol est découpé en 6 petites histoires indépendantes, qui dans leur intensité m’ont fait penser à la série Black Mirrors. Tu en regardes une, tu as les yeux écarquillés tellement c’est horrible, et là on enchaîne avec une deuxième, une troisième, etc. A la fin tu te demandes juste comment tu vas pouvoir dormir après ça. Je dors quand même, et au petit matin je suis toute excitée de découvrir un paysage inédit jusque là. On est en train de longer la frontière paraguayenne et une forêt dense, on croise des pistes de terre rouge, des rivières boueuses dont on ne voit pas les berges recouvertes de végétation, parfois des trous dans la forêt montrent tristement que la déforestation est une réalité. Sur ma carte j’ai l’impression qu’Iguazu est tout près, mais on va lentement et les distances sont toujours plus grandes que ce qu’on pourrait croire. Tant mieux, je ne me lasse pas de regarder par la fenêtre, ça me plaît déjà d’être ici.

On finit tout de même par arriver, avec 5h de retard, sans que ça ne change quoique ce soit à mes plans. Je me dégotte une auberge, où pour 11€ j’ai le petit déj inclus et une piscine, wow ! Inclus aussi les français partout, évidemment ! Je planifie la suite puis profite de la soirée pour aller tout près d’ici au jardin des colibris, ou « picaflores » en espagnol. Dans la rue, le sol est rouge de terre, les arbres sont exotiques, l’air est différent, j’aime beaucoup. Sur la grille, c’est écrit de frapper dans ses mains pour qu’on vienne nous ouvrir. Le jardin est tout petit, des fausses fleurs/perchoirs/réserves d’eau sucrée sont accrochées aux branches, et une bonne centaine de colibris bourdonne allégrement au milieu. C’est dingue ! Ils piaillent un peu, font leur surplace et leurs petits mouvements d’avant en arrière pour « butiner », de quoi les observer parfaitement ! Il y en a des plus ou moins gros, de différentes couleurs. Certains ont un peu la flemme de faire sur surplace en volant et se posent carrément sur les fausses fleurs.

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Le lendemain matin je prends le premier bus pour aller aux fameuses chutes Iguazu. Toutes les personnes que j’ai croisées pendant mon voyage m’ont dit que c’était incroyable, aussi j’ai en même temps grand espoir de voir des trucs trop chouettes, et une légère appréhension d’être déçue. Les chutes peuvent se voir du côté brésilien pour une vue générale, ou bien du côté argentin pour être plus au cœur des chutes. Là-dessus, les avis disent qu’il faut voir les deux. Je m’élance tout d’abord du côté brésilien ce jour là. A la frontière c’est marrant, les argentins font bien le tampon de sortie du territoire, par contre on ne descend même pas à la frontière brésilienne, seulement le chauffeur qui part avec l’ensemble des passeports sous le bras. Je cherche ensuite le tampon dans mon passeport, mais niet, rien de rien ! Et pour le retour on sortira du Brésil sans même s’arrêter, c’est open country !

Je vais commencer par parler des points négatifs de cette journée, et ensuite on parlera des choses trop bien.

Bon alors, Iguazu (Iguaçu en brésilien), c’est une merveille naturelle, et donc forcément il y a un paquet de gens qui veulent voir ça. Ça veut dire qu’on passe une grande partie de son temps à se faire marcher sur les pieds, bousculer, tripoter, qu’il faut attendre patiemment que les gens prennent leur photo pour avancer, et qu’il faut faire preuve d’une grande maîtrise de soi quand on te demande 10x de te pousser pour ne pas être sur le selfie de x ou y. J’attribue quand même la palme du touriste le plus agaçant à l’allemand qui, quand je suis montée dans le bus navette à étage, m’a interdit de m’asseoir tout devant parce qu’il gardait la place pour 4 personnes. Pour ensuite râler et hurler tout le trajet. Je ne parle toujours pas allemand, mais je suis sûre qu’il râlait, si si.

Passons aux choses sérieuses maintenant.

Une fois sortie de la navette qui emmène près des chutes, je commence le petit parcours. Dès le début, des panneaux annoncent qu’il ne faut pas nourrir les coatis qui peuvent se montrer agressifs et peuvent être porteurs de la rage. Et les coatis sont partout, slalomant entre les gens, escaladant les poubelles pour y trouver des restes de nourriture. Le long des passerelles, le panorama se laisse admirer, dans toute sa grandeur et sa splendeur. J’avais vu les chutes de Niagara au Canada, ici j’ai l’impression de me retrouver en face de 100 Niagara. En tout il y a même 275 chutes d’eau, certaines petites, d’autres grandes, certaines puissantes, d’autres pas tellement. Ce que j’adore surtout, c’est l’environnement : des chutes et autour de la forêt, du vert partout, c’est génial ! En s’approchant d’une chute plus grande que les autres, une passerelle a été construite au dessus de la rivière pour mieux s’en approcher. La vue en aval est belle, avec ces chutes, ces arcs en ciel et ces touffes de hautes herbes qui sortent de l’eau agitée. La vue en amont est impressionnante, avec cette énorme cascade et ces nuages de minuscules gouttelettes qui nous trempent complètement. La vue entre les deux est à sourire, avec cette multitude de chutes tellement naturelle et sauvage.

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Coati

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Je me dirige ensuite au pied même de la chute d’eau. J’admire en essayant d’utiliser tous mes sens. L’eau tombe depuis tout là haut avec vitesse et se fracasse sur les pierres en bas dans un vacarme qui me plaît terriblement, en dégageant une brume rafraîchissante sur la peau ensoleillée. Et si je devais ajouter une odeur et un goût, je dirais que ça sentait la nature et que ça avait goût de bonheur. Pour compléter le tableau, des petits oiseaux pénètrent les rideaux d’eau à toute allure, et je me demande ce qu’il y a derrière la chute.

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Je monte au niveau du haut de la chute, pour me rendre compte que je préférais être en bas. Mon grand plaisir de cet endroit, ça sera les papillons. D’abord il y en a plein qui volettent doucement et ils sont tous beaux. Et puis l’un d’entre eux vient se poser sur ma main. Il ne reste pas longtemps, mais un autre vient le remplacer. Il m’aime bien, je l’aime bien aussi, et on reste là dix bonnes minutes à admirer les chutes. Moi je me pousse régulièrement à cause des gens qui veulent prendre les photos, lui il me lèche consciencieusement la main sans s’affoler, je dois avoir goût de fleur. Un autre petit bleu vient se poser sur mon pied, je lui propose d’aller copiner avec le grand copain déjà là sur ma main. Une chinoise me fait des grands signes en se marrant, me dit « chin chon chuchu » et me prend en photo avec mes papillons. Je vais sûrement devenir une légende en Chine.

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De Salta à Amaicha en passant par Cafayate

Après s’être couchés bien tard en revenant de la peña à Salta, je me lève super tôt pour attendre le minibus qui vient me chercher pour une nouvelle excursion. Comme la veille, c’est un aller-retour sur une journée, sauf que comme je veux continuer au sud, je me contenterai de l’aller. Cette fois dans le groupe il y a des tas de jeunes ou moins jeunes adeptes du selfies. J’ai particulièrement aimé les deux vieilles assorties en léopard, et l’ado ventre à l’air qui fait des photos de mode avec ses semelles compensées. Heureusement, il y a aussi une irlandaise avec laquelle je sympathise et partage ma peine.

Session photos absurdes :

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La guide d’aujourd’hui est très bien aussi, j’apprends plein de choses sur la géologie de la région même si je ne comprends pas grand-chose, et sur les cultures de tabac dans les régions de Salta et Jujuy. Les champs sont d’abord utilisés pour cultiver du maïs ou d’autres choses, et à partir d’octobre le tabac est cultivé. Il est ensuite exporté à 80% aux Etats-Unis, au Japon, en Italie et en Australie. Les 20% restants sont consommés en Argentine.

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Parmi les différents arrêts que nous faisons sur la route, les plus impressionnants sont « La Garganta del Diablo » et l’amphithéâtre. La Gorge du Diable, ce sont des replis rocheux super hauts qui prennent une forme inhabituelle. L’amphithéâtre est aussi issu de mouvements géologiques lointains, et sa spécificité c’est que l’acoustique en son intérieur est incroyable ! En témoigne le guitariste qui s’entend merveilleusement bien même à 200m de l’autre côté de l’amphi. La guide nous dit aussi que plusieurs orchestres sont déjà venus ici enregistrer des morceaux.

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La Garganta del Diablo

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L’amphithéâtre

 

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L’amphithéâtre

La route était belle, mais j’avais été tellement sous le charme la veille sur la route vers Cachi que cette fois je suis légèrement moins enthousiaste. Et oui c’est le jeu, à force de voir des belles choses on devient exigeant ! On arrive à Cafayate, petite ville réputée pour son vin, notamment le blanc Torrontès. Il y a des bodegas partout qui se visitent et offrent des dégustations de vins. Tout le monde file manger, puis on repart à quelques minutes de là dans une bodega où nous faisons une mini visite de 10mn et où on nous sert trois vins : un blanc moelleux (le Gata Flora), un blanc sec dont j’ai oublié le nom, et un vin rouge, le Malbec. J’aime bien les deux vins blancs, par contre même si je commence à apprécier le vin rouge, je me rends compte que je n’aime vraiment pas le Malbec. Je laisse le petit groupe reprendre la route pour Salta, et me dirige vers Cafayate.

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L’auberge est super sympa, avec un grand jardin qui donne sur les montagnes, et des grappes de raisin qui pendent au dessus de la table à manger dehors. Le proprio Luis est assez spécial, gay comme tout, il m’appelle « mon amour » (en français) et veut que tout le monde se sente chez lui. Le soir on a donc fait asado avec les résidents de l’auberge. Ensuite assis autour d’un grand feu, un des volontaires jouait de la guitare en chantant, ensuite remplacé par un de ces hommes qui chantent ces traditionnelles chansons folkloriques que tous les argentins connaissent. Il y avait un peu trop de monde pour moi, entre le grand groupe d’israëliens et la dizaine d’argentins, je ne me suis pas vraiment sentie à l’aise. J’ai respecté les règles de politesse, sans plus chercher à connaître les gens. Alors que je me préparais à aller dormir, le proprio m’a quasi forcée à sortir avec eux dans un bar. Je me suis dit qu’il serait moins lourd si je venais vite fait, je les ai donc suivi. Là-bas, il m’a offert un Fernet-coca, la boisson argentine sur laquelle j’ai changé d’avis : en fait je trouve ça vraiment ignoble, on dirait un peu un médoc. J’ai fait tourner le verre pour qu’il se termine plus vite, j’ai discuté 2 minutes avec les gens, et je suis enfin allée dormir.

Le lendemain un énorme programme m’attendait :  profiter du soleil en lisant en maillot de bain dans le hamac. C’est ça qui est bon !

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Dans le groupe d’israëliens, une des filles dont je n’ai jamais compris le prénom a décidé de s’incruster avec moi pour la suite. Forcément si je dis « s’incruster », c’est que j’étais pas forcément pour. J’ai fait quelques efforts pour ne pas être désagréable et essayer de la connaître un peu quand même. Les filles en Israël doivent faire leur service militaire pendant 2 ans (3 pour les hommes), mais elle y est restée 3 ans, à surveiller la frontière entre l’Egypte et Israël. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle a fait l’armée et que c’est une warrior, mais elle se balade avec 25kgs d’affaires ! Son backpack est gigantesque, et son « petit sac » est plus lourd que la totalité de mes affaires ! Du coup quand on a pris le bus pour les ruines de Quilmès et qu’on devait marcher encore une heure pour y arriver, elle est allée payer quelques pesos pour laisser son sac dans une maison. De mon côté, ça ne me dérangeait pas de marcher avec mon sac, j’aime bien l’avoir sur le dos, il fait presque partie de moi.

Les ruines, j’ai été déçue. C’est une ancienne ville inca là encore, qui a résisté 130 ans aux colons espagnols avant d’être finalement vaincus ! Un guide nous fait 5mn d’histoire au début, et puis on se promène au milieu des ruines. J’aurais voulu en savoir plus, ou voir plus de choses, je ne sais pas. J’ai largement préféré les ruines vues à Tilcara, Tant pis !

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On a repris le bus pour aller jusqu’à Amaicha del Valle, tout petit village mignon où aucun touriste ne s’arrête. Dans la grande auberge, il n’y avait que nous et la famille qui y habite. Sol la mère prof d’anglais, Juan son mari prof d’histoire, et leurs deux enfants de 4 ans et 5 mois. Sol, ça veut dire soleil en espagnol, et cette femme est en effet un rayon de soleil. On se sentait tellement bien dans cette auberge que le jour suivant, encore une fois, on est juste restées là à lire et se reposer, dans le hamac ou en profitant de la vue depuis le haut du jardin :

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Et cet article est affreux, je me plains tout le temps aha !

Des couleurs, des adieux et des merveilles

A peine rentrés de notre aventure dans les montagnes d’Humahuaca, nous nous retrouvons dans un pick-up pour une nouvelle excursion. Il y a le chauffeur, l’allemande, l’espagnole, une suisse de l’auberge et moi à l’intérieur, et dehors dans la « remorque » il y a encore l’argentin et un autre couple d’argentins. Direction Hornocal. La route était défoncée, je n’avais pas peur car le guide était prudent, par contre je plaignais les 3 à l’extérieur assis sur un vieux matelas. Après 1h de montée, on arrive au point de vue à 4200m d’altitude. Face à nous, la montagne aux 14 couleurs, zébrée dans des tons rouges, sombres, blancs… Cela est du à l’oxydation des roches, donnant des couleurs différentes selon leur âge. Tout le groupe reste en haut, mais je descends sur la petite butte au dessous pour avoir une vue encore meilleure, où je peux m’asseoir seule au calme. Qu’est ce que c’est bien. Quand le soleil s’invite et illumine certaines parties de la montagne, c’est encore plus stupéfiant.

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La montagne aux 14 couleurs

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De gauche à droite et tous avec le sourire : Alejandra l’espagnole, Eloïse la française, Anne l’allemande, Mikaëla la suisse et Pablo l’argentin

Je grimpe la côte que j’ai descendue, sous les yeux effarés du groupe qui me trouvent folle, ils sont tous morts d’avoir marché 300m en pente douce. Quand on arrive au pick-up, on retrouve la nana argentine assise à l’intérieur, pas bien du tout. Le mal de l’altitude l’a frappée bien comme il faut, elle n’est pas descendue malgré la coca et plein d’eau. Il suffit qu’on redescende de quelques centaines de mètres pour qu’elle se sente déjà mieux. Dehors la route est magnifique. Le chauffeur nous demande si on aime l’aventure, et devant les réponses positives, prend un raccourci par une route encore plus en pente et caillouteuse que l’autre. Oulala les pauvres derrière, ils n’ont pas compris ce qui se passait !

On passe une dernière soirée tous ensemble, et le lendemain matin j’ai enfin pris ma décision quant à la suite du voyage. Je voulais aller à Iruya, un petit village apparemment très beau, à la fin d’une route réputée magnifique. Mais il faut 3h pour y aller, et je commence à manquer de temps car dans 15 jours je dois être à Buenos Aires pour mon avion. Faire l’aller-retour dans la journée me semble beaucoup, du coup je zappe complètement et décide de repartir au sud à Salta. C’est donc le jour des au-revoirs avec Alejandra qui va passer en Bolivie. On est triste de se quitter, c’était vraiment une bonne rencontre ! Au lieu de ça je repars avec Anne l’allemande, avec qui je m’entends bien sans plus.

A Salta je nous dirige vers l’auberge où j’étais la dernière fois. Même chambre, même lit, personnes différentes. Après seulement 30mn de discussion, le couple de parisiens qui occupe la chambre m’exaspère déjà au plus haut point. Mais c’est quand même un plaisir de se retrouver deux fois au même endroit, cette impression d’être dans un lieu connu, c’est presque comme être à la maison.

Le lendemain matin, l’allemande repart à Buenos Aires tandis que je pars de mon côté en mini-bus pour un aller-retour jusqu’à Cachi, petit village sans grand intérêt, c’est plus la route qui m’attire. Le guide Javier est sympa comme tout et nous donne une montagne d’informations sur des thèmes divers et variés. Dans le bus, il y a 14 argentins tranquilles et gentils, et moi-même. La route m’a incroyablement plue, elle est dans mon Top 3 des plus beaux trajets ! Je suis aussi contente de voir qu’après 5 mois de voyage j’arrive encore à être émue devant des paysages.

Ça avait commencé doucement. Une portion de route rapide, puis ça se rétrécit et on se retrouve entouré d’une dense végétation, on se croirait dans la forêt tropicale, ça sent l’humidité à plein nez. Tout change, et on traverse cette fois une zone aride avec de nouveau ces montagnes colorées et des tas de cactus. Le guide nous a promis qu’on allait quitter les nuages et passer au dessus, à 3500m. Quelle montée inoubliable ! La route faisait des zigzags, et on pouvait admirer des montagnes recouvertes de vert, à moitié cachées par des nuages et à moitié illuminées par les rayons du soleil.

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Malheureusement, aucune photo ne reflète exactement ce que je voudrais.

Nouveau bouleversement dans les paysages, nous sommes maintenant au milieu d’une grande étendue avec cactus (c’est le Parc des Cardones), montagnes colorées au premier plan, condors haut dans le ciel, et cimes enneigées au loin. Le guide Javier nous apprend comment « cocar » les feuilles de coca, ses effets, comment ça marche, et tout le monde sort ses feuilles et se plie à l’exercice.

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Nous voila enfin dans le petit village de Cachi où nous sommes libres d’aller manger où bon nous semble. Je goûte au charquisillo (cf coin culinaire) en compagnie d’un joli chat aux poils longs qui aimerait bien y goûter lui aussi. Le village est calme, avec des très hauts trottoirs en pierre, des maisons blanches, une place centrale carrée qui témoigne de l’architecture coloniale espagnole, et des caroubiers.

En repartant, on s’arrête deux minutes à côté d’espaces servant à faire sécher des piments rouges. Ça sent bon ! Et puis sur la route du retour, comme nous l’avait annoncé le guide, il n’y a plus rien à voir. En effet, les nuages montent et s’épaississent au fur et à mesure de la journée, et la belle route qui serpente a disparu, on ne voit plus à 100m.

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Javier nous raconte le carnaval qui se passe dans le village de Cerrillos et qui dure une semaine. Ils font la fête, ont plein de coutumes, notamment celle de placer un brin de basilic derrière l’une ou l’autre des oreilles pour renseigner sur son statut amoureux, ou bien de se balancer des seaux d’eau dessus.

Je récupère mon sac à l’auberge, et file chez Juan qui va m’héberger pour la nuit. On est allés à une autre pena, plus connue des gens du coin. Là on a retrouvé une amie à lui, qu’il n’avait pas vu depuis perpèt. On a mangé asado bien évidemment, puis écouté les groupes de musique. Les gens viennent ici librement avec leurs instruments, se disposent dans les différentes pièces aux murs épais et isolants, et animent la pena d’une atmosphère joyeuse et conviviale. Les hommes qui chantent ont des voix surprenantes, avec beaucoup de puissance et de justesse, même les plus jeunes. Les gens présents dans les salles accompagnent parfois les chanteurs, les chansons semblent connues de tous.

De Tilcara a Humahuaca

Retour dans le passé, le 22 mars.
De retour de la marche aux caves, on a sympathisé avec Anne l’allemande. Qui elle même avait sympathisé dans son auberge avec une française et une espagnole. On s’est donc donné rdv le lendemain matin pour une promenade en autonomie. En attendant on est allées pour la deuxième fois a un resto qui faisait des parilladas/asados/barbecue de fou. Le truc étrange c’est qu’Alejandra a la spécificité d’avoir perdu l’odorat (mais pas le goût) il y a 10ans. Du coup je me rends compte que mine de rien on fait souvent des allusions aux odeurs qui nous entourent. Et je trouve ça trop triste, toutes ces odeurs qu’elle loupe. Notamment l’odeur de l’asado argentin.
Le lendemain matin le groupe de 5 filles se met en route, accompagné de 5 chiens errants. Il y a deux espagnoles, deux françaises, et une allemande. Pour les chiens, j’imagine qu’ils sont tous argentins.
Évidemment, l’allemande ne parle pas espagnol, donc tout le monde parle anglais. Enfin quand je suis avec les espagnoles je parle espanglais, avec l’allemande je parle anglespagnol, et avec la française je parle latin. Après 2h de petite montée, nous arrivons a la Garganta del Diablo, c’est a dire la gorge du diable. Je m’attends a une chute d’eau de folie avec remous et écume. Sauf qu’après avoir cherché et cherché encore, on ne voit qu’un petit bout d’eau marron en bas, loin. En fait on m’apprendra plus tard que non non non, la Garganta del Diablo c’était la chute tousuite en descendant les escaliers. Ok, c’était donc un petit filet d’eau qui tombait de 3m, et que j’avais presque pris pour une sortie d’égout. On a continué ensuite vers une autre cascade en traversant 10x un petit cours d’eau qui zigzague au fond du canyon rempli de cailloux. Je discute avec Anne l’allemande qui me dit qu’elle aimerait bien voir des condors. Je lui fais part de ce que j’ai appris pour les reconnaitre. Et trois minutes plus tard, bam ! Au moins 5 condors planent dans les airs au dessus de nous ! Aaaah enfin une chose cool qui nous arrive a Tilcara a part la nourriture ! La cascade ne m’a pas enchantée plus que ça, je lui ai tourné le dos en mangeant du saucisson.

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P1060081En chemin on avait rencontré un argentin, qui était venu jusqu’ici en voiture, le tricheur. Il nous propose aimablement de nous redescendre. Toutes les filles acceptent, contentes. De mon coté j’ai encore envie de marcher, en plus maintenant il fait beau, et en plus a 6 dans sa voiture ça ne me plait pas. Du coup Alejandra a dit qu’elle restait avec moi car on était acolytes et qu’elle avait peur de pas me retrouver, et ensuite tout le monde a finit par changer d’avis. Et personne n’a été déçue car on a pu bien profiter du paysage. Une fois en ville, on a subtilement dirigé le groupe vers notre resto préfèré.

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De gauche à droite : Anne l’allemande, Alejandra l’espagnole, Eloïse la française, Fatima l’espagnole, Julie la française

Avant de repartir pour l’escale suivante, nous allons a la forteresse de Tilcara, a dix minutes a pied de l’auberge. Et pour une fois, youhou, je trouve l’endroit trop cool ! C’est un ancien village inca, en partie restauré selon les techniques de l’époque, situé sur une petite colline. Les petites maisons sont en pierre avec des entrées très étroites, des poutres en « bois » de cactus mort, et des toits en mélange de terre et herbes sèches. Bien sur, des cactus agrémentent la scène. Sur le point le plus haut se trouve une pyramide décapitée. Autour de nous, les montagnes se dressent de part et d’autres, colorées comme d’habitude dans cette région, et la moitié du ciel est envahi par des nuages noirs. Les premiers éclairs nous disent qu’il est l’heure d’aller prendre notre bus.

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Nous voilà a présent a Humahuaca, ville de 20 000 habitants pas du tout touristique, située a 3000m d’altitude, ce qui me vaudra un bon mal de crâne après la nuit.
On se fera une petite marche jusqu’à un point de vue qu’on s’accordera a trouver naze. Journée repos ou grâce a l’iPhone de l’espagnole j’en profite pour appeler Clairette et les parents qui passent quelques jours ensemble. Ils sont allés au ski alors que je suis en tenue d’été, j’aime bien le contraste.
Le lendemain matin au réveil Anne l’allemande débarque dans notre auberge. Avec l’argentin qui est dans notre dortoir, on est partis en bus a la recherche d’une nouvelle cave, avec les indications du proprio de l’auberge. Après 1h de marche dans un lit de rivière, le paysage change et devient rouge tout rouge.

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On cherche la fenêtre dans la montagne pour ensuite trouver la Inca Cueva. Enfin, avec Alejandra on a un doute que ce soit bien ça, parce qu’elle n’était pas si bien cachée que ça, et qu’elle est plus petite que ce que nous avait dit le proprio. On mange des gâteaux face a des ancestraux dessins d’animaux et de gravures un peu plus récentes selon mes analyses. Ou peut etre écrivaient ils aussi « Felipa te amo » a l’époque.

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Comme on veut être surs de ne pas avoir loupé la cave, on commence a grimper la colline. Enfin au final les 3 autres s’arrêtent car l’altitude les tue, tandis que je continue jusqu’en haut. Ou il n’y a pas d’autre cave, juste un petit sentier qui serpente sur le flanc des montagnes et au milieu de quelques habitations en ruine.
A 13h, nous sommes de retour sur la route pour chopper le bus du retour. On n’est pas persuadés d’avoir le bon horaire, alors on décide de faire du stop en même temps, des fois que ça soit plus rapide.
Ça n’a pas été plus rapide. Plusieurs bus sont passés devant nous sans s’arrêter, nous faisant joyeusement de grands signes de mains comme pour dire « ahahaha, vous allez attendre longtemps les gringos ! ».
Au bout d’1h30, après passage de quantités de voitures, un bus s’est enfin arrêté. Je me suis demandée si le stop marchait moins bien en Argentine, ou seulement dans la région, ou parce qu’on était plusieurs même si on s’était séparés en 2 groupes de 2.

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